Comment le décolonialisme réhabilite la race

© Un grand graphiste gramsciste grandiose pour L'Incorrect

Depuis quelques années ce n’est plus l’intellectuel qui dicte le bien et le mal mais c’est le groupuscule. Le même sectarisme, mais la contrainte physique et la violence de la meute en plus.

 

En décembre 2011, durant les présidentielles, Marine le Pen avait été empêchée de se rendre à Dauphine, où elle avait été conviée à venir débattre avec les étudiants, par une centaine de militants « antiracistes ».

 

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En novembre 2015, c’est Manuel Valls qui avait été chahuté à son arrivée à Sciences-Po par plusieurs dizaines d’étudiants d’extrême-gauche. A peine un an plus tard, toujours à Sciences-Po, une rencontre opposant Matthias Fekl à Florian Philippot avait été prématurément avortée au nom du barrage fait à la haine. Drôles d’antifascistes tout de même, qui ne supportent pas plus le pluralisme politique que la contradiction intellectuelle.

Ce qui s’est passé ce 25 mars, dans les murs de la Sorbonne, est d’une toute autre gravité. Alors que les Suppliantes allaient être interprétées, les comédiens ont dû renoncer à monter sur scène sous la pression de militants du Cran et de l’Unef qui voyaient dans les masques antiques utilisés par Philippe Brunet la version moderne du « blackface ».

 

Le combat prétendument antiraciste mais réellement racialiste vient de franchir une nouvelle étape

 

Parce que tout d’abord, c’est la Sorbonne qui a été touchée. La Sorbonne n’est ni Paris VIII, ni ce cinéma de Memphis où Autant en emporte le vent fut interdit, ni l’opéra de Florence où Carmen tua Don José. La Sorbonne a marqué les huit derniers siècles de l’histoire de France et a accompagné les grandes mutations de l’histoire de la pensée. Elle est la gardienne du savoir, fermée à toute idéologie et rebelle face aux obscurantismes.

 

 

Parce qu’ensuite, c’est la création qui est mise en péril. Dans le temple de la connaissance qu’est cette université, ce n’est pas seulement une troupe de théâtre qui a été bousculée, ce sont des siècles de culture humaniste qui ont été congédiés au nom d’une anti-culture aussi crasse qu’elle est militante.

Congédiée l’histoire de l’antiquité grecque qui nous apprend que les masques alors utilisés dans les pièces de théâtre avaient notamment pour objectifs de reproduire fidèlement et démesurément des types de passions et de personnages convenus et d’y ajuster des cornets pour augmenter le volume des voix, afin que chaque acteur puisse être vu et entendu de tous.

 

Drôles d’antifascistes tout de même, qui ne supportent pas plus le pluralisme politique que la contradiction intellectuelle.

 

Congédié Bergson dans lequel ces chacun devrait se plonger pour enfin comprendre la signification réelle et contemporaine des cas de « blackfaces » avérés. Nous y comprendrions que le rire s’accompagne nécessairement d’une « anesthésie momentanée du cœur », qu’il n’est rien d’autre qu’une résonnance des intelligences.

Nous y comprendrions que le moqueur adopte une position critique par rapport à lui-même, conscient qu’il est de la distance qui existe entre la manière dont il perçoit l’autre et ce qu’il est réellement, tandis que le moqué s’amuse de la représentation caricaturale qui peut être faite de lui.

Congédié Lévi-Strauss. Ou du moins travesti. Entre 1952 et 1983, l’ethnologue opère une distinction essentielle entre le racisme, qui est la hiérarchisation entre groupes homogènes d’individus du fait du partage par ces groupes de patrimoines génétiques distincts ou d’aptitudes originales, et l’attachement à un mode de vie, une culture et la protection de sa prééminence au sein d’une communauté politique particulière.

 

 

Selon lui, « il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de penser au-dessus de toutes les autres, et d’éprouver peu d’attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s’éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché ».

Le décolonialisme, à l’œuvre ce 25 mars, congédie la distinction de Lévi-Strauss. Il réhabilite le concept de race par sa division du monde entre deux groupes humains : le non-racisé, le blanc dominateur et oppresseur par nature, et le racisé, le non-blanc dominé et opprimé par le premier. Chaque rapport humain ne peut être selon lui qu’interprété à l’aune de cette division du monde binaire et primaire.

 

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Néanmoins, le décolonialisme retient la nécessité de l’imperméabilité des cultures, qu’il réinterprète comme un antagonisme racial impératif : pour qu’une race puisse survivre, elle doit se préserver de tout contact avec une autre race.

 

A l’anti-culture, ces entrepreneurs identitaires ajoutent l’antihumanisme

 

Car c’est là le projet de société qui se cache derrière le sympathique combat antiraciste et les appels à la fraternité humaine. Une société de la « bunkerisation » des communautés, une société multi-conflictuelle car multicommunautaire, une société de la défiance généralisée.

La nation est la concordance parfaite entre l’ordre culturel et l’ordre géographique. Nos élites progressistes et diversitaires l’ont peu à peu délégitimée et déconstruite pour lui substituer un fantasme de société multiculturelle, où l’ordre géographique coïnciderait avec divers ordres culturels différents mais nécessairement compatibles entre eux. Veillons à ne pas vivre demain dans un pays où l’ordre géographique serait morcelé en autant d’ordres culturels.

Paul Godefrood

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pgodefrood@lincorrect.org

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