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Crise sanitaire : non à l’État maternant !

Ce samedi 4 septembre et pour le huitième week-end consécutif, de nouvelles manifestations contre le pass sanitaire sont organisées à Paris et un peu partout en France. Beaucoup jugent la politique du gouvernement disproportionnée d'avec la situation sanitaire, et dénoncent l’avènement d'un État maternant faisant de la santé la mesure de toute chose.

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© DR

Confinement, masque, passe sanitaire, vaccination quasi-obligatoire : depuis dix-huit mois, voilà ce à quoi l’État nous contraint. Pour certains, ce sont des mesures de simple bon sens pour lutter contre l’épidémie, un moindre mal qu’il faut accepter. Ne sommes-nous pas en guerre contre le virus et ne sont-ce pas les moyens les plus efficaces pour s’en protéger ? Ceux-là considèrent le plus souvent les opposants à ces règles comme des grincheux, des inconscients, des irresponsables, des obscurantistes voire comme des complotistes et même des criminels.

Puisque je suis l’un de ces opposants, je répondrais que je ne me sens ni grincheux, ni inconscient, ni irresponsable, ni obscurantiste, ni même criminel. Je trouve tout simplement ces règles disproportionnées et donc paradoxalement déraisonnables. Je dis paradoxalement puisque la majorité de nos concitoyens, semble-t-il, considère au contraire que ces règles sont justes et fondées scientifiquement. Ne voulant pas entrer dans le débat sur l’efficacité de celles-ci, je pars du postulat qu’elles ont effectivement une certaine efficacité immédiate. Mais mon opposition porte sur le caractère infantilisant de ces mesures. Je considère, de plus, que ces contraintes sanitaires sont révélatrices de l’esprit de notre époque et par-là peuvent susciter certaines prises de conscience et résolutions.

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Parler de disproportion implique l’estimation d’un rapport entre deux choses. Il s’agit donc de savoir à quoi on réfère ces règles sanitaires. Il est clair que l’État actuel et avec lui la majorité des citoyens considèrent que la santé est un bien tel qu’on peut lui sacrifier des libertés fondamentales (de circulation, de culte, de convivialité, etc.). Thomas Hobbes dans Léviathan (1651) fonde la légitimité de l’État souverain sur le fait qu’il est garant de la sécurité des citoyens lui ayant abandonné le droit naturel de se défendre eux-mêmes. Le danger de la mort violente caractérisant l’état de guerre de tous contre tous est ainsi perçu comme le mal absolu relativisant tous les autres biens. L’État achète sa souveraineté en offrant à ses sujets la paix dans laquelle ils peuvent jouir de leurs biens individuels et vaquer à leurs occupations privées. Le régime mental de la modernité consiste en la neutralisation de toutes les grandeurs au nom desquelles un être humain pourrait être amené à risquer sa vie. Cette logique a été tempérée pendant plusieurs siècles par les mœurs prémodernes mais aujourd’hui elle s’exprime dans toute sa vigueur. D’autant plus, on le voit aujourd’hui, qu’à la sécurité s’est jointe la santé puisque l’État souverain est devenu entre-temps un État provident. Au nom de la santé, désormais tout est possible. L’intimidant Léviathan est devenu une matrone étouffante qui refuse de laisser les citoyens prendre leurs responsabilités et discerner en conscience.

Confinement, masque, vaccination : admettons que ces mesures soient globalement efficaces pour protéger du virus et stopper sa propagation. Que ceux qui veulent absolument se protéger se protègent. Ils ne peuvent plus dès lors accuser les autres d’être de potentiels criminels puisqu’ils sont protégés. Si quelqu’un préfère s’exposer au virus plutôt que de sacrifier des biens qu’il estime supérieurs, tel que, l’an dernier, rendre un culte à Dieu ou, aujourd’hui, aller boire un verre en terrasse avec des amis, au nom de quoi l’État pourrait-il lui interdire ? Ou encore, si quelqu’un considère que le recul sur de tels vaccins n’est pas suffisant et qu’il ne veut pas être cobaye, au nom de quoi considérer ce doute raisonnable comme l’attitude d’un arriéré ? D’aucuns vont répondre que la santé étant collectivement prise en charge, il convient de veiller à ne pas faire porter à la collectivité (en l’occurrence les hôpitaux) un poids insupportable. C’est justement là que se révèle le principe ultime de l’État maternant.

Aujourd’hui, l’État nivelle et contraint au nom d’un bien absolutisé, la santé en lieu et place du salut de l’âme

Dans la « société des individus » (Marcel Gauchet), les citoyens ont délégué à l’État le soin de prendre en charge des pans entiers de leur vie. « L’individu total » finit logiquement par générer un État total. Mais les moyens technologiques étant bien plus performants qu’au mitan du XXe siècle, cet État total n’a plus besoin d’utiliser la violence pour se faire respecter. Il n’est pas non plus aux mains d’un parti unique. Il est l’instrument docile de notre projet d’émancipation de la condition humaine. Il est plébiscité par une majorité d’individus qui se croient libres mais qui sont en faits victimes de leurs propres peurs. Le moteur de la biopolitique actuelle, héraut du transhumanisme, est le refus des limites de l’ordre humain, refus dont le bras armé est l’État et dont les cerveaux sont GAFAM et Big Pharma. Or n’est-ce pas en assumant cet ordre que l’homme peut se dépasser en s’ouvrant à plus grand que lui ? Telle est la liberté de celui qui risque parce qu’il hiérarchise les différents biens humains. Aujourd’hui, l’État nivelle et contraint au nom d’un bien absolutisé, la santé en lieu et place du salut de l’âme.

Pas de place chez nous pour Antigone, Achille ou Socrate !

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