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Élection présidentielle : la France pour une civilisation de la limite

Nation politique par essence, la France doit redevenir la voix de la mesure et de la sagesse dans un monde toujours plus dangereux. En ce sens, face à l'individualisme libéral qui transgresse toute limite au nom du désir de jouissance, elle doit promouvoir le sens profond des limites.

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La France est la nation politique par excellence. La politique est l’activité par laquelle un peuple se gouverne lui-même. Encore faut-il que ce peuple soit libre et avant tout, qu’il soit un peuple.  Mais la politique n’est pas une fin en soi. Elle est ce qui permet à un peuple de persévérer dans son être. Chaque peuple réalise une manière singulière d’assumer et de réaliser les propriétés communes à toute l’humanité. Chaque peuple possède son génie propre. La multiplicité des peuples manifeste la richesse de l’humanité, ses diverses facettes.

Depuis plusieurs décennies, la France tend à abandonner son génie propre au profit d’un modèle uniformisant les cultures et les modes de vie. Depuis plus de cinquante ans, la politique française a tendu essentiellement à se déposséder au profit des mécanismes d’autorégulation que sont le marché et les droits illimités de l’individu ; au profit d’instances de « gouvernance » chargés d’aménager et d’arbitrer ces mécanismes. « Gouvernance », beau leurre sémantique pour désigner la mort du gouvernement de soi ! On a cherché à convaincre la France qu’elle ne pouvait perdurer qu’en cessant d’être elle-même, en cessant de s’occuper d’elle-même ; qu’en se fondant dans des ensembles économiques, politiques et culturels dans lesquels, lui a-t-on dit, elle aurait plus de poids. On lui a expliqué qu’elle devait s’allier à l’empire américain ou encore à l’Allemagne « pour construire une Europe forte » ou encore qu’elle devait être l’avant-garde de l’humanité enfin réconciliée et indifférenciée et, à ce titre, être ouverte à tous les individus, à toutes les cultures, à tous les capitaux. Bref, on a cherché à la couper de son génie propre.

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Mais la France ne s’est pas laissée totalement subjuguer par ces sirènes. Quelque chose en elle se cabre contre l’imposture d’une politique niant les conditions de la politique. La France ne veut pas être une « post-France », une « trans-France ». La France se réveille de ce mauvais rêve et veut demeurer elle-même. Mais quel est le chemin de la reconquête de soi-même ? Comment sortir de ces décennies de dépossession de soi-même ?

Il y a quelques années, Nicolas Sarkozy avait emprunté au philosophe Edgar Morin l’expression « politique de civilisation ». Il s’était bien sûr empressé d’oublier le mot et la chose qui tombèrent comme beaucoup d’autres dans la vaste poubelle à belles paroles de l’ancien président. Et pourtant, comme la France a besoin de renouer avec la civilisation qu’elle porte en elle ! Et comme les peuples du monde attendent que la France redevienne la France. Les peuples du monde attendent non pas une France impériale et intrusive, non pas une France donneuse de leçons et post-coloniale, supplétif des intérêts des multinationales américaines, mais d’une France voix de la mesure et de la sagesse dans un monde toujours plus dangereux et imprévisible ; bref de la France héraut de la liberté des peuples face à l’économisme arasant les différences culturelles et tuant leur âme. Il est grand temps que la France s’investisse dans une véritable politique de civilisation. Héritière de Jérusalem et d’Athènes par l’intermédiaire de Rome, la France est dépositaire d’une extraordinaire sagesse humaine. Il est grand temps que nous puisions à cette source pour relever les défis immenses qui s’imposent à nous.

Face à l’individualisme libéral qui transgresse toute limite au nom d’un désir de jouissance et d’accumulation indéfini, il convient de promouvoir le sens et le respect des limites.

Limites territoriales, car tout peuple vit sur un territoire déterminé à l’intérieur duquel sa vie peut se déployer en sécurité. La négation des frontières qu’est le traité de Schengen est synonyme d’insécurité, insécurité matérielle mais aussi culturelle. La démesure de la construction européenne se manifeste dans son abrogation des frontières des États membres mais plus encore dans son refus de reconnaître définitivement ses propres frontières extérieures. L’Union européenne ne sachant pas qui elle est car niant d’où elle vient, ne sait pas où elle habite. C’est une construction qui s’est prise elle-même pour sa propre fin. Quand on ne sait pas ce que l’on veut construire, le meilleur moyen de se donner l’illusion de construire est de détruire ce qui existe. L’Union européenne est cette force de destruction des peuples pour fabriquer des individus hors sol et interchangeables, malléables aux intérêts des pouvoirs financiers et des lobbies.

Limites culturelles contre le multiculturalisme et le métissage généralisé en vue d’une indifférenciation toujours plus grande. Il est nécessaire de retrouver le vrai sens de la diversité culturelle

Limites culturelles contre le multiculturalisme et le métissage généralisé en vue d’une indifférenciation toujours plus grande. Il est nécessaire de retrouver le vrai sens de la diversité culturelle. Non pas la promotion d’une diversité culturelle des individus ou des communautés au sein de chaque peuple, ce qui tend à supprimer tout contenu culturel commun mais une reconnaissance mutuelle du génie propre de chaque peuple. Tel est le monde multipolaire qu’il s’agit de consolider contre l’uniformisation marchande et culturelle.

Limites éducatives contre la permissivité d’une pédagogie nihiliste où chaque élève est vu comme un consommateur ludique qui doit acquérir des « compétences » afin de devenir « entrepreneur de lui-même ». Non, l’éducation et l’instruction reposent sur le respect des limites. Tout d’abord celles qui assurent la sécurité des établissements scolaires. Mais aussi celles qui traduisent le respect dû à l’autorité du professeur. Celle-ci est fondée sur le savoir qu’il a la mission de transmettre à ses élèves. Cette mission, il la reçoit d’abord des parents, premiers responsables de l’éducation de leurs enfants ; ils lui délèguent ainsi une part de leur autorité. Il la reçoit aussi de l’État car à travers la croissance des jeunes générations, il en va du bien commun.

Limites écologiques exigeant un développement humain respectueux des ressources naturelles. Favoriser systématiquement dans les échanges économiques les circuits courts est une mesure de bon sens, à la fois écologique et économique puisqu’elle revivifie le tissu industriel et agricole national. La logique du libre-échange mondialisé accroît considérablement la consommation énergétique et épuise la planète. Il faut sortir de la toute-puissance du désir qui exploite et gaspille les réserves bel et bien limitées de la nature. La puissance n’est noble que si elle sait se limiter pour laisser les autres déployaient leurs propres ressources. Les limites écologiques exigent en amont la redécouverte des…

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Limites dans la consommation et la production. Qu’a engendré le gigantisme des multinationales se mouvant dans un marché mondial sans limites? Les délocalisations et donc le chômage. Qu’a engendré la promotion des hypermarchés? Des déserts urbains et l’asphyxie des producteurs locaux. Retrouvons la bonté de la proximité dans nos villes et nos villages et l’art de vivre fondé sur la civilité. Sortons de la démesure d’une agriculture industrialisée contribuant à dépeupler les campagnes et à démoraliser les paysans.

Limites internes à l’ordre humain, dont la clef de voûte est la différence des sexes. Là encore, la logique de l’individualisme libéral veut repousser toujours plus les interdits structurant le monde humain. Ces interdits protègent les plus faibles mais surtout protègent l’humanité elle-même contre tous les projets post-humains que des officines californiennes concoctent pour le plus grand profit de leur portefeuille d’actions. Ces vendeurs de rêves promeuvent la marchandisation du corps humain et de la reproduction au nom d’une conception dévoyée de la santé. Au service de groupes financiers et idéologiques ultra minoritaires, des multinationales veulent dicter aux instances internationales leur agenda transhumaniste. Cette hyper classe mondiale brutalise et intimide les peuples. Il en va de l’honneur de la France, au nom de l’idée qu’elle s’est toujours faite de la dignité humaine, de lutter contre cette déshumanisation généralisée qu’engendre l’économisme libéral.

Dès lors, qui dans les candidats à l’élection présidentielle est le plus à même de porter cette politique de civilisation ?

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