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Sainte Jeanne d’Arc : plaidoyer pour un retour à la France

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Publié le

11 mai 2020

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La quarantaine va nous priver, nous Lorrains, nous Orléanais, nous Rouennais, nous Français, des festivités prévues au mois de mai pour célébrer l’un de nos plus grands personnages historiques : sainte Jeanne d’Arc. Profitons-en, en ce mois ensoleillé mais enfermés que nous sommes, pour faire le point sur la vie de celle qui est encore trop moquée, ridiculisée et mal comprise dans notre époque où la foi en une sainte est plus compliquée que celle vouée à un virus ou en son possible agent destructeur.

 

Pour comprendre l’apport complet de celle dont nous fêtons le centenaire de la canonisation le 16 mai, il faut remonter à la source de la France et de sa mission divine. Sans cela, comment s’inspirer de son exemple et imaginer le renouveau à venir ? L’évêque saint Rémy, en plongeant Clovis dans le bain du baptême et son clan dans la religion chrétienne la nuit de Noël 496, ne créa pas seulement la France embryonnaire, mais lui donna un rôle, un système politique et une lignée. En clair, une mission.

Qui est clairement exposée dans le Testament du saint évêque : « Que de lui sortent des rois, des empereurs, qui, pour le temps présent et pour l’avenir, suivant la volonté de Dieu et l’accroissement de sa Sainte Église, soient fortifiés par sa grâce et affermis dans la justice de l’équité ; puissent-ils conserver le royaume et en reculer chaque jour les limites ; puissent-ils être élevés aussi sur le trône dans la maison de David, c’est-à-dire dans la Jérusalem céleste, pour y régner éternellement avec le Seigneur ».

 

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Le royaume de France sera la continuation de celui de David avec comme nouveauté l’Incarnation du Christ : l’un était dans l’annonce de sa venue, l’autre fera vivre son message et son verbe. La vie de la jeune Meusienne va être une sorte de mise à jour de ce destin français. Née le 6 janvier 1412 à Domrémy dans une Lorraine alors indépendante, Jeanne voit symboliquement sa naissance et son destin liés à celui de la France. La providence dévoile son projet : « Domrémy » signifie littéralement « la maison de Rémy », en continuation de l’action accomplie par l’évêque ; sa date de naissance, pour l’Épiphanie, célèbre le Messie venu dans le monde.

Les litanies en l’honneur de celle qui deviendra « la Pucelle d’Orléans » sont criantes, en voici un extrait révélateur: « Sainte Jehanne, suscitée par Dieu pour délivrer le pays de France, / Sainte Jehanne, choisie par Dieu comme Déborah et Judith pour confondre les puissants, / Sainte Jehanne, envoyée par Dieu pour rendre à la religion troublée sa liberté et sa gloire ».

 

Un contexte chaotique

 

La France du début du XVe siècle est dans une situation plus que catastrophique. Nous sommes dans la seconde phase de la guerre de Cent Ans, qui voit le confit séculaire entre les royaumes anglais et français se nouer en une guerre civile résultant de l’antagonisme fratricide des princes du sang de la dynastie royale des Valois. Depuis la crise initiale en 1392, le roi de France Charles VI, dit le Fol, est sujet à des troubles psychiques intermittents. Progressivement, le souverain Valois se voit contraint de délaisser le pouvoir au profit de son Conseil, devenu bientôt le siège de lutes d’influences entre son frère, le duc Louis d’Orléans, et son oncle, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne.

 

Dieu aime les Anglais, certes, mais chez eux. Bouter les anglais hors du royaume était, bien entendu, chose primordiale.

 

C’est la survie de la France en tant que royaume indépendant qui est en jeu face à la puissance d’outre-Manche. Pour contrer cette guerre civile avec les Bourguignons, Jeanne aura même cette phrase, quelques temps plus tard, sur le champ de bataille : « S’il vous plaît à guerroyer, allez sur les Sarrasins! » et montrera ainsi sa volonté d’unir le royaume contre les Anglais. Dans ce contexte particulier, et guidée par les voix de sainte Catherine, sainte Marguerite et de l’Archange Saint-Michel, la jeune fille va réussir, avec une garde de six hommes donnée par Baudricourt, à rencontrer le roi. Ensuite, on le sait, la jeune fille reconnaîtra le roi dans la foule puis s’engagera sous sa tutelle dans une guerre contre les positions anglaises.

L’action de Jeanne d’Arc nous a appris une chose : Dieu aime les Anglais, certes, mais chez eux. Bouter les anglais hors du royaume était, bien entendu, chose primordiale. À noter que, selon la tradition, jamais elle ne ft directement couler le sang de ses ennemis et qu’elle demandait à ses soldats une hygiène spirituelle irréprochable. Ces derniers avaient obligation de se confesser avant et après chaque bataille. Mais cela suffisait-il pour remettre le pays en ordre ? La réponse est non. Il fallait, et avant tout, remettre le Christ sur le trône de France. Cet événement, pilier de la science politique française, se nomme la Triple Donation.

 

La Triple Donation

 

À Charles, alors roi déchu de ses pouvoirs matériels, elle va demander une première faveur, presque innocente. « Sire, me promettez-vous de me donner ce que je vous demanderai ? » Le roi hésite puis consent. Jeanne enchaîne donc, « Sire, donnez-moi votre Royaume. » Le roi stupéfait hésite de nouveau mais contraint et tenu par sa promesse proclame : « Jehanne, je vous donne mon Royaume ». Après quoi, voyant celui-ci tout interdit et embarrassé de ce qu’il venait de faire, Jeanne déclara : « Voici le plus pauvre chevalier de France: il n’a plus rien ».

 

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La future sainte demande alors qu’un acte notarié soit rédigé et signé par quatre secrétaires du Roi : « Notaire, écrivez, dit la Pucelle : le 21 juin de l’an de Jésus Christ 1429, à 4 heures du soir, Charles VII donne son royaume à Jehanne. Écrivez encore : Jehanne donne son royaume à Jésus-Christ. » Puis, par un des miracles dont la France devrait s’enorgueillir, c’est le Christ à travers les cordes vocales de la jeune fille qui maintenant proclame : « Moi, Seigneur éternel je donne mon royaume à Charles. » Ainsi, le 17 juillet 1429, dans la cathédrale de Reims, en présence de Jeanne d’Arc, Charles VII sera sacré par l’archevêque Regnault de Chartres. Le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, en tant que pair du royaume, est absent ; Jeanne lui envoie une lettre le jour même du sacre, pour lui demander la paix. Toujours cette nécessité d’unir le royaume.

L’effet politique et psychologique de ce sacre est majeur. Reims étant au cœur du territoire contrôlé par les Bourguignons et de manière hautement symbolique, il est interprété par beaucoup à l’époque comme le résultat d’une volonté divine. Il légitime Charles VII, qui était déshérité par le traité de Troyes. Par cet acte, la pucelle apporta au monde un acte de « re-patriarcalisation » incroyable. Jeanne va remettre un Père de la Nation sur le trône en commende du vrai roi de France, le Christ. Le Roi redevient ainsi son Lieutenant, celui qui tient lieu en représentation. Elle va d’ailleurs subir une mort sur les traces de son Seigneur. Son bourreau dira, apeuré devant le cœur encore intact après la crémation de la jeune fille : « Je crains fort d’être damné, car j’ai brûlé une sainte ».

 

La vraie guerre menée par la sainte sera avant tout celle contre la fin de la France en tant que « Fille Aînée de l’Église ».

 

Et ce sont les puissants de l’époque, ceux de l’Université de Paris, avec en arrière-fond les Anglais, qui se sont chargés de l’infamie. L’une des nombreuses paroles de la jeune fille lors de son procès devrait encore résonner à nos oreilles : « Tout ce que j’ai fait est par le commandement du Seigneur, je crois l’avoir bien fait, et s’il me demandait d’en prendre d’autre, je le prendrais, car ce serait par le commandement de Dieu ». Trop souvent, le camp dit « national » met sous le boisseau cet épisode et nous montre uniquement une « Jeanne » guerrière, quand parfois l’on remet en cause sa féminité et sa virginité. La vraie guerre menée par la sainte sera avant tout celle contre la fin de la France en tant que « Fille Aînée de l’Église ».

Pour sortir de l’enclave du siècle qui commence, ne nous faudrait-il pas, une fois encore, une nouvelle Jeanne d’Arc ? Cent ans après sa canonisation il serait temps de reprendre son action et d’opérer, une fois encore, une mise à jour vitale. Qui sont les Anglais d’aujourd’hui ? Les immigrés extra-européens et les religions orientales importées. Qui doit-on chasser du pouvoir ? La république. Qui doit-on remettre sur le trône ? Le Christ, simplement, et totalement. Nous rappellerons, pour terminer, les mises en garde et les malédictions prévues dans le Testament de Saint Rémy qui a faire naître la France.

 

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Force est de constater que ce message était pour nos aïeux, mais nous qu’en ferons-nous ? Et si nous devions revenir aux fonds baptismaux de la France pour la faire renaître ? « Si un jour cette race royale que j’ai tant de fois consacrée au Seigneur, rendant le mal pour le bien, lui devenait hostile, envahissait Ses Églises, les détruisait, les dévastait, que le coupable […] soit séparé du corps de l’Église par la formule inspirée par l’Esprit-Saint […] parce qu’il a aimé la malédiction, elle lui arrivera ; et n’a point voulu la bénédiction, elle s’éloignera. Et ce que l’Église a l’habitude de chanter de Judas le traître et des mauvais évêques, que toutes les églises le chantent de ce Roi infidèle ».

 

Par Sylvain Durain

 

Pour les lecteurs et les curieux, deux livres à lire impérativement : Jeanne d’Arc, le procès de Rouen de Jacques Trémolet de Villers, ainsi que La Vraie mission de Sainte Jeanne d’Arc de Louis-Hubert Rémy ; ensuite après la quarantaine vous vous rendrez dans le village de Domrémy pour y visiter la maison natale et la Basilique. Haut les cœurs confinés ! Notre destin nous appelle !

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