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Abdel Raouf Dafri : le franc-tireur
Comment avez-vous procédé pour éviter l'écueil d’un simple remake mais aboutir à une réelle réinterprétation ?

Comme toujours, lorsque je travaille sur une fiction française, je regarde mon pays et l’état dans lequel il se trouve. Comment les différentes plaques tectoniques ont reconstruit le paysage des humeurs et des problématiques sociétales. En clair, je tente de lire et comprendre l’inconscient collectif de mes compatriotes et de mon pays. Et comme Malik est un personnage qui navigue dans un milieu carcéral et criminel, je me dois de savoir qui gouverne le crime aujourd’hui, en France. Pendant longtemps, ce sont les Corses qui ont régné, à travers les filières de la French Connection ou les cercles de jeux à Paris. C’est pourquoi, le caïd était Corse dans le film et l’esclave, un Arabe. Aujourd’hui, les Corses ne sont plus tellement des patrons. Ils ont été chassés de Marseille par les Arabes qui, désormais, tiennent la ville. Tant au niveau de la rue que dans le monde des affaires, celui des délinquants à col blanc. Du coup, il devenait pertinent d’installer un homme d’affaires arabe dont l’esclave serait un jeune homme noir. Mais un jeune homme noir issu d’un département français. En l’occurrence, Mayotte ! Et là, ce n’est plus le racisme que l’on pointe (comme dans le film), mais la sujétion d’un individu miséreux face à un tout-puissant. Bien-sûr le racisme de certains Arabes à l’encontre des noirs entre en ligne de compte, mais il n’est pas le principal moteur de la série sur le plan de la soumission. [...]
« Junk World » : objet filmique non identifié
En 2017, le monde ébahi découvrait en Junk head un véritable OFNI (objet filmique non identifié). Il avait fallu sept années à son unique concepteur, Takahide Hori, pour animer en stop motion les créatures de ce Brazil bizarre où des cyborgs combattaient des monstres mutants dans des souterrains indéterminés. Après le succès de niche mais mérité du premier opus, voici Junk world, un prequel censé se passer 1042 années avant le premier volet. L’équipe s’est étoffée jusqu’au trio, et le tournage n’aura pas excédé trois ans. L’histoire est encore plus folle, comme si l’idée première de Terminator était passée au mixeur des points de vue multiples du Rashomon de Kurosawa. [...]
BD : Marsault/Obertone, transportés par A.H.
Le RN reçoit le plus curieux brevet de citoyenneté républicaine avec cet album qui imagine comment Hitler, ressuscité, se présente à l’élection présidentielle de 2027. On sent que la stratégie de dédiabolisation du parti a réussi à exaspérer les auteurs, qui ne trouvent donc rien de mieux que d’imaginer que le diable, lassé d’Hitler qui lui fait de l’ombre, le renvoie sur terre dans une grande capitale de gauche multiculturelle pour qu’il y souffre mille morts en voyant la ruine de tous ses espoirs racistes. Voilà Adolf parachuté Gare du Nord. La vision qu’en donne Marsault est très éloignée de celle de Libération. Mais, chemin faisant, ayant compris les rouages du système politico-médiatique français et misant sur le peuple bafoué, voilà Hitler lancé dans la course au pouvoir et même carrément plébiscité. [...]
Théâtre : Honoré met Bovary au pilori
Madame Bovary traduisait déjà chez son auteur l’ambition de « déconstruire » les tropes romanesques. Entre les mains du metteur en scène Christophe Honoré, cette ambition se trouve dédoublée par une injonction pirandellienne. En faisant des personnages du roman la troupe d’un cirque, mais aussi les victimes plus ou moins consentantes d’une arène vidéo où la trivialité se dispute au voyeurisme, Honoré pousse jusqu’à la nausée cette idée d’un laboratoire de la fiction à ciel ouvert, qui rejouerait sans cesse l’anéantissement total d’une femme. [...]
Opéra : Bach par Pichon, tout est accompli ?
Après une Saint Matthieu fulgurante en 2022, Raphaël Pichon aborde l’autre sommet du diptyque pascal de Bach : La Passion selon saint Jean. Plus ramassée, plus tendue vers le récit, plus théâtrale aussi, elle semble mieux convenir à la battue souple et ardente du chef, qui l’a beaucoup fréquentée en concert avant cet album. Une lecture incandescente, marquant les traits et exaltant les contrastes : urgence dramatique plutôt que contemplation, clarté incisive davantage que clair-obscur. Le geste de Pichon, à la fois lyrique et impétueux, insuffle un pathos très humain (trop ?) à ces contrepoints inouïs, à ces couleurs imprévisibles, à ces harmonies sidérantes, dans un paroxysme de tension digne d’un Caravage. [...]
Affaire Grasset, quel séisme ?

Dans l’affaire Grasset-Bolloré, beaucoup de choses ont été dites. Mais il me semble que tout est vu de trop près. Pétitions, fracas, déclarations tonitruantes, attaques et répliques, cravates de soie et teeshirt anarchie, antifascisme globalisant et anti-élitisme spontané, salle de café, bureaux et plateaux télé… Dézoomons un peu et accédons à un point de vue plus panoramique. D’un côté, Vincent Bolloré reproche aux auteurs pétitionnaires et à Olivier Nora de se vivre comme une caste qui voudrait échapper aux règles communes, et il a raison, mais il a tort de le leur reprocher. Les œuvres de l’esprit ne sont pas de même nature que les autres, c’est manquer de perspicacité que de ne pas s’en rendre compte. Le papier encré avec talent ne vaut pas le papier tout court. C’est même une haute tradition française que de le savoir et de le défendre. Nous ne sommes pas des Anglais. En face, Virginie Despentes, en déléguée de classe qui se sape comme elle pense, c’est-à dire comme une ado des années 80, explique que la littérature n’est pas un truc de « bourge » (bien qu’elle le soit statistiquement, d’ailleurs) tentant de déjouer par là un ressentiment populiste dont elle légitimerait le fondement.…

Harry Styles, Edgär, Morrissey : les critiques musicales d’avril
CONFIRMATION
KISS ALL THE TIME. DISCO, OCCASIONALLY, Harry Styles, Colombia-Sony Records, CD 15,99€

Il m’était impossible de passer à côté. Après Damiano David et Yungblud (j’aurais dû évoquer Sombr, aussi) je continue mon passage en revue des pop-stars incontournables de l’époque, cette fois-ci avec sans doute la plus massive, et pas la moins intéressante. En 2022, Harry Styles sort Harry’s House. Avant ça, je l’ignore presque tout à fait ; après la sortie de ce qui est, à sa façon, un chef-d’œuvre de pop contemporaine, il devient à mes yeux, malgré tous ses défauts et ses côtés insupportables, un artiste de grande envergure. Aux yeux du monde, maintenant, il fallait confirmer. Alors qu’en est-il ? Si le niveau, et l’effet de surprise, ne sont pas aussi forts, il faut avoir l’honnêteté d’avouer que c’est loin d’être raté. L’homme était parti à Berlin (où il dansait au Berghain la nuit, nous dit-on) pour enregistrer ces douze titres, et l’on sent que la musique électronique (et plus largement la musique qui fait danser) l’a intéressé durant la conception de ce disque.  Il n’est pas impossible qu’il ait aussi pensé à Bowie, qui entre 1977 et 1979, avait métamorphosé sa vie et sa carrière dans cette même ville. Pour l’un comme pour l’autre, ça n’a en tout cas pas raté. Emmanuel Domont [...]
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Jon Fosse, Chateaureynaud, Clara Boussion… : les critiques littéraires d’avril
FLASH FINALBLANCHEUR, Jon Fosse, Christian Bourgois, 80 p., 14 € Après son ambitieuse Septologie en trois volumes, Jon Fosse, le prix Nobel de littérature 2023, nous offre une simple novella, pure, radicale, éclatante. Exploitant toujours cette même pâte de langage comme mâchée sans cesse par un narrateur en proie à une crise, ce style fait […]
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