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« Etty » d’Hagaï Levi : dévorée par la grâce

Les séries télévisées se suivent et ne se ressemblent pas : conçues comme des produits marketing uniques par des « créateurs de contenus » allaités aux algorithmes et à des cahiers des charges imaginés pour flatter les bas-instincts communautaires de chaque spectateur. Tout l’inverse de ce feuilleton conçu par le réalisateur Hagaï Levi (créateur de la série à succès En Thérapie), pensé davantage comme un long-métrage (au moins par son ambition formelle bien loin de l’économie habituelle de la série qui se cantonne à une enfilade sans fin de champs/contrechamps) et qui s’intéresse à Etty Hillesum, écrivaine juive néerlandaise qu’on pourrait comparer à Simone Weil – au moins pour la façon dont la Seconde Guerre mondiale a réveillé en elle une aspiration mystique.

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La grande trouvaille de la série, c’est d’abord son dispositif. Au lieu de situer l’action dans les années 40, nous sommes ici transportés dans une réalité alternative qui ressemble furieusement aux années 1980, des années 80 qui seraient ébranlées par une menace nazie diffuse et intangible.…

Les meilleures cuites littéraires

L’été, on boit. On boit aussi le reste de l’année, d’ailleurs, mais l’été a ses rites, les vacances ont leur rythme, et dans ces rites qui rythment nos journées estivales il y a tout ce qu’on boit, de la bière légère (parfaite après avoir jardiné) à la prune sévère (qui met fin à la journée). Comme on est en France, on parle en buvant de ce qu’on boit et de ce qu’on a bu, on évoque à mots couverts, si les enfants sont là, quelques débordements amusants et on finit, une fois qu’ils sont couchés, par raconter les ivresses exceptionnelles, les soûleries magnifiques et les cuites d’anthologie, de celles qui vous jettent en dehors de vous-même droit dans les bras des autres, dans une extase fraternelle et bonhomme où ne règne plus qu’une joie débordante d’être ensemble. On en profite aussi pour régler définitivement les questions de l’existence de Dieu, du sort promis à Sandrine Rousseau et de la prééminence de Whisky Galore !…

Camarade, encore un effort pour critiquer vraiment le cinéma bourgeois ! 

Inspiré du « male gaze » – le « regard masculin » de Laura Mulvey, le « bourgeois gaze » traduit ce biais sociologique qui fait que la grande majorité du cinéma mondial, tel Monsieur Jourdain causant en prose sans le savoir, suinte la bourgeoisie à l’insu de son plein gré. Si le « male gaze » supposait l’impensé du patriarcat dans les représentations cinématographiques, le « bourgeois gaze » traduirait celui du Capital. On pourrait se gausser de la multiplication des « gazes », pourtant Rob Grams, co-rédacteur en chef de la revue d’extrême gauche Frustration, se livre, dans cet essai inspiré par son article à succès, à quelques analyses frappées du bon sens. Oui, le cinéma français – notamment dans sa majorité « auteuriste » – parle et regarde du côté des CSP+ ; oui, Paris est bien plus filmé que la province ou les territoires ultra-marins ; oui, l’endogamie du milieu est étouffante et les techniciens, prolos du métier, déconsidérés.…

Le son sur le sable

GOOD INTENTIONS, Session Victim (2012)

Parce qu’il faut toujours avoir sous le coude un truc sur lequel danser quand le soleil se couche ou quand la nuit ne se termine pas. Ça aurait pu être mille autres titres house, mais celui-ci m’est particulièrement familier et évoque mille souvenirs ensoleillés. À égale distance des artifices électroniques et de l’organique humain, « Good Intentions » est une boucle imparable, entêtante, avec sa basse qui groove divinement et son clavier Rhodes d’une classe folle. C’est l’apogée d’un tribalisme musical et d’une transe occidentale qui nous oblige à danser sur les braises finissantes de notre monde déchu, le sourire aux lèvres.

Lire aussi : Qui a peur du grand méchant rock ?

ALL I WANNA DO, The Beach Boys (1970)

Est-ce seulement possible d’évoquer l’été sans parler des Beach Boys ? Léon Bloy et Flaubert détestaient idées reçues et lieux communs : celui-ci mérite d’exister.…

Les poches de l’été

ATAVIQUE
IDIOTS, Joseph Conrad, L’Arbre vengeur, 78 p., 6,50 €  

Ce tout petit livre est si compact qu’il peut être glissé dans une poche de bermuda. Les dilettantes qui bronzent sans sac sont sans excuses. Il s’agit d’une des premières nouvelles de Conrad (Jacques Darras dans son « Quarto » assure que c’est la première tout court), publiée dans The Savoy en 1896, puis dans le recueil Tales of Unrest deux ans plus tard. On la connaissait dans la traduction de Jean-Aubry (1932, version de la Pléiade) ou celle d’Odette Lamolle (Autrement, 2010) ; elle nous est proposée ici dans une traduction de Dominique Dubois. L’histoire se passe à Tréguier, dans ces Côtes-d’Armor que Conrad a bien connues : un couple de paysans a un enfant, idiot, puis un autre, idiot aussi. « Alors, les jours de marché, on vit Jean-Pierre, devenu querelleur et cupide, marchander âprement pour ensuite, taciturne, se saouler consciencieusement et enfin rentrer chez lui au crépuscule à une allure digne d’une noce mais avec un visage suffisamment sombre pour convenir à un enterrement.

Plages de l’inquiétude

L’été brûle par les deux bouts. La chaleur est suffoquante. Heureusement, vous venez de repérer une petite crique. Une bande de plage, tout au plus, que semblent éviter étrangement les touristes comme les locaux. Vous étendez votre serviette, vous prenez le soleil, pas trop, vous scrutez les miroitements dociles de l’océan, mais quelque chose ne va pas. C’est comme un dérèglement de l’horizon, comme un tressautement dans le paysage, comme si le ciel n’était qu’un écran mal réglé. Au loin, vous percevez des rumeurs d’enfants et de jeux de plage, sauf que c’est une bande-son : il n’y a pas d’enfant, juste cette mer d’huile qui s’étend de part et d’autre de l’univers. Pas de doute, vous êtes bien sur une plage de l’inquiétude.


Espace vacant

Que vous soyez un garçon ou une fille, vous vous en souvenez forcément. C’est un souvenir cuisant : celui des premières expositions de votre corps malingre à la cruauté du soleil – mais aussi à celle du regard des autres.…

Richard Millet : « Quelque chose est en train de finir »

Vous datez la fin de la grandeur française, comme beaucoup, au Traité de Paris, quand la France renonce à l’Amérique. De quel empire, précisément, avez-vous la nostalgie ?

Si j’ai la nostalgie d’un empire, c’est celui qu’on aurait pu garder et étendre en Amérique du Nord. Le Traité de Paris de 1763 est une catastrophe pour la France, je pense que son déclin date de là. La France avait un grand empire mais elle n’en a rien tiré d’un point de vue linguistique, si l’on compare à l’Espagne ou à l’Angleterre. Cela a accentué son déclin, d’autant qu’aujourd’hui, la langue française régresse partout – y compris en France. Quant à ce qu’il nous reste comme « territoires d’outremer », et j’aime ce terme qui donne à rêver, Macron ayant, comme ses prédécesseurs, une politique désastreuse, ces territoires finiront par basculer dans l’indépendance avant d’être rachetés par la Chine ou l’Azerbaïdjan qui y travaillent activement.…

Qui a peur du grand méchant rock ?

Comment ce livre est-il né ?

Depuis une dizaine d’années, je suis engagé pour Rock & Folk dans une relecture historique des pochettes d’albums. C’est un moyen de raconter l’histoire du rock. D’autres options sont possibles. Il y a les monographies, dont beaucoup sont de très bonne qualité comparativement à ce qu’elles furent dans le passé. Ou bien les livres de souvenirs. Dans le domaine, il y a très peu de gens qui peuvent s’enorgueillir de mémoires intéressantes. De Caunes, Philippe Manœuvre ou Patrick Eudeline mis-à-part. Pour citer les plus emblématiques. En tout cas, ils ne sont pas nombreux. Moi, je ne pouvais pas écrire un livre de souvenirs, ça aurait été ridicule. J’ai donc choisi un autre angle pour parler du rock : sonder quel était l’inconscient de ce mouvement, ne pas le prendre au premier degré, et dégager ce qui, dans cette musique, était susceptible de créer un environnement toxique.…

L’Incorrect

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