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Genesis Owusu, Requin Chagrin, Nine Inch Nails & Boys Noize : les critiques musicales de juin

RENVERSANT
REDSTAR WU & THE WORLDWIDE SCOURGE, Genesis Owusu, Ourness PTY LTD, Vinyle 40€99

Il y a exactement quatre ans, j’entrais dans le régiment de hussards de L’Incorrect. Disons-le, je n’étais pas tout à fait certain, à l’époque, de parler un jour d’un pareil disque. Euphémisme. Il faut pourtant se rendre à l’évidence : en ayant écouté des dizaines durant ce dernier mois, l’album de Genesis Owusu est le plus marquant de tous. Certes, j’aurais pu trouver une demi-douzaine de disques plus proches de mes goûts supposés, que sans doute certains de mes camarades auraient regardés d’un œil moins mauvais. Mais que voulez-vous, on ne se refait pas ! Dans cette errance urbaine, le hip-hop british façon Dizzee Rascal se mêle aux claviers acides, à la drum’n’bass et même à la pop méchante (oui, ça existe). L’effet est renversant. Tellement que l’idée de se frotter à des foules détestant notre bataillon m’a effleuré : hélas, le prochain concert à Paris est complet.…

© DR
Olivier Boudeaut, Olivia Ruiz, Bertrand Duguet… : les critiques littéraires de juin

DÉBRAILLÉ
UNE HISTOIRE D’AMOUR ET DE VIOLENCE, Olivier Boudeaut, Gallimard, 242 p., 20€50  

L’auteur d’En attendant Bojangles, premier roman au succès fulgurant paru il y a dix ans, raconte comment son père mourait au moment de sa gloire, le privant, quelque part, du plus précieux trophée pour un fils. Un père violent, cassant, odieux, et dont le comportement contamina celui de son enfant, jusqu’à ce qu’il se guérisse par l’écriture et l’amour avant de tenter de soigner ce lien filial malade. Après Beigbeder et Montaigu, c’est donc au tour d’Olivier Bourdeaut d’évoquer le père défaillant dans un livre de souvenirs et de résilience en réunissant ainsi tous les éléments d’un succès : le thème, sa science des situations et le ton de confidence complice qu’il parvient à instaurer immédiatement avec son lecteur. Dommage qu’il manque de style et que cette accumulation d’anecdotes ne dépasse pas le cadre d’un document humain parmi d’autres (Beigbeder, au moins, faisait le portrait d’une époque, à travers celui du père ; Montaigu celui de l’aristocratie défaite).…

« Un Très Mauvais Pressentiment » :  noces réussies entre la famille et l’horreur
Un jeune couple se rend au cœur de l’hiver chez la famille du fiancé qui va accueillir leur mariage dans leur maison reculée. L’événement qui devrait être heureux génère pourtant son lot d’angoisse, principalement chez l’héroïne, Rachel. On verra vite que l’inquiétude à s’engager pour la vie va prendre ici une dimension littéralement existentielle. Un Très Mauvais Pressentiment, la nouvelle série des frères Duffer, joue la carte de l’elevated horror (de l’horreur mais avec des sujets profonds) et accumule les signes imperceptibles qui feront sens plus tard dans un grand tableau horrifique que la belle entame – un ralenti surcadré avec la mariée en marche vers l’autel – annonce la catastrophe par des éclairs subliminaux. La narration se cale à la suite, une semaine avant la cérémonie. Une journée par épisode et c’est le décompte fatal qui se met en branle : comment en est-on arrivé là ? [...]
Daphné Tamage, première couronnée du roi René

Le premier prix littéraire du roi René a été décerné le 11 juin dernier, au Novo, en la ville d’Aix-en-Provence. Ce prix littéraire, fondé par les écrivains Enguerrand Guépy et Matthieu Falcone, a pour ambition de récompenser une œuvre littéraire qui fasse la part belle à la fiction et à la langue française. Pour cette première édition, le prix a été décerné à Daphné Tamage pour son roman Le Chant des contraires (Stock) paru en mars 2026. Dans ce deuxième roman faussement léger de la jeune romancière belge, il est pêle-mêle question d’oiseaux qui meurent, de foi chrétienne, de rapports amoureux et d’enfermement. Mise en abyme de sa claustration psychologique, la narratrice se retrouve encloisonnée dans sa chambre de bonne un soir de nouvel an. Affluent alors les souvenirs de ses amours ratées, d’emblée vouées à l’échec, de la foi qu’elle a perdu sans cesser de fréquenter son ami prêtre, de l’absence du père et de la subséquente place désordonnée que prennent ses amants qui pourraient avoir l’âge de l’être (son père).…

Olivier Sebban : explorer les confins
Sebban ouvre son roman en nous télescopant en quelques pages des Hurons échappant aux Iroquois jusqu’à Marseille ravagé entre tricornes et cadavres, le tout dans une langue somptueuse et hypnotique. On est décidément très loin de la platitude commune, et cela fait du bien qu’on nous rappelle ce que peuvent le style et l’imagination en cette période tiède. 1720, la peste s’abat sur la cité phocéenne. Un enfant huron vient d’y débarquer accompagné d’une chrétienne. Un homme, Jonas, abandonnant sa femme et ses enfants à l’agonie, prend le large, lui, et fuit vers la Nouvelle-France. Les cadavres s’empilent dans la ville et l’enfant se retrouve bien vite doublement orphelin, errant entre les décombres et les cadavres. Sur l’autre rive de l’Atlantique, Jonas tue un homme qui l’agresse puis fuit les représailles dans la grande forêt canadienne. Deux destins croisés se déroulent à partir d’une même catastrophe, deux isolés arrachés à leur terre mais hantés par leurs morts tentent de survivre dans des circonstances inouïes. [...]
Maurice Dantec, une œuvre
Maurice Dantec aura réalisé le rêve alchimique de tous les écrivains de science-fiction : pulvériser les frontières entre littérature de genre et littérature blanche. Et il fallait bien sa puissance rhétorique pour réaliser cet exploit en seulement quelques romans. Écrivain parfaitement de son temps, aussi prophétique lorsqu’il s’agit d’imaginer l’Europe de demain, dont le ground zero aura été le conflit serbo-bosniaque, que clairvoyant lorsqu’il s’agit de s’attaquer sauvagement aux idoles du moment, Dantec aura traversé la France de Jacques Chirac comme le Léon Bloy de L’Entrepreneur de démolitions avec qui il partageait cette aisance pour la phrase-choc et ce goût pour un catholicisme médiéval.  [...]
Maurice Dantec, une vie
« Un jour, il m’a dit cela :  "La seule chose que je voulais, c’était écrire" », voilà l’unique témoignage que me donnera Sylvie, la veuve de Maurice Dantec, quand je l’interrogeais à son sujet. Le cœur-nucléaire du mystère qu’est tout homme, que fut éminemment cet écrivain fulgurant, pouvait se résumer ainsi. Un besoin viscéral de traverser la vie par l’écriture, de se traverser par l’écriture, de vivre cette vocation comme une expérience-limite. Comme nous étions loin, avec lui, au fil de ses pavés hallucinés et de ses diatribes flamboyantes, de l’auteur lisse qui a, depuis, colonisé Saint-Germain-des-Prés, qui passe dans les émissions littéraires avec un air poli et faiblard, ou alors indigné sur commande, constipé dans le consensus moral, venu refourguer sa pommade narcissique ou ses comprimés résilients. Dantec, lui, nous fit tourner au LSD. L’écriture fut pour lui un risque total, à frôler la folie, mais aussi à ouvrir des voies nouvelles, et la trajectoire que dessine dans le ciel des lettres françaises l’espèce de météore qu’il fut, montre sans doute un déclin tragique, mais, dix ans après son extinction, on mesure déjà à quel point son éclat fut insolite et intense ; à quel point le régime général, depuis, s’est globalement ralenti.  [...]
« The Christophers » de Steven Soderbergh : lourd mais vide
Après l’atroce The Insider, l’Angleterre ne réussit décidément pas à Steven Soderbergh. Un ex-peintre génial et bisexuel, retiré des pinceaux et désormais vieillard misanthrope se voit refourguer une assistante par ses enfants rapaces ; c’est une faussaire qui doit terminer sous le sceau du secret une série de portraits inachevés, « The Christophers », d’après l’unique grand amour du Léonard londonien. [...]

L’Incorrect

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