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Gourou trumpiste ou vrai prophète ? Entretien exclusif avec Curtis Yarvin
En France, on vous présente comme l'homme qui chuchote à l'oreille de l'administration Trump. Qu'en est-il réellement ? Comment décririez-vous votre influence ?

C’est très éloigné de la réalité. Je n'ai pratiquement aucun contact avec les hauts responsables de l'administration Trump. Cela dit, beaucoup de jeunes membres de l'administration me lisent. Mais si les idées circulent aussi bien vers le haut que vers le bas, la plupart de mes idées ne s'appliquent absolument pas à leur travail quotidien. Ma réflexion est beaucoup plus abstraite et très peu de choses sont réalisables dans le cadre actuel.

Une expression est beaucoup employée chez nous pour qualifier votre pensée : « technofascisme ». Est-elle pertinente ?

Le mot « fascisme » ne devrait pas être utilisé, car il recouvre trop de sens. Concrètement, il désigne une organisation spécifique qui a existé dans un pays donné et qui a disparu depuis 80 ans. Abstraitement, c’est une étiquette péjorative qui est au communisme ou au progressisme ce que le terme « Gentil » est au judaïsme : ce n’est pas une foi, mais une absence de foi.

Bien qu’il existe des définitions intermédiaires qui peuvent avoir un sens, cela ne vaut pas la peine de s’y attarder. Il vaut mieux dire : si par « fascisme », vous entendez non pas un système de croyances positif, mais simplement une absence de croyance ou une perte de foi dans le progressisme américain du xxe siècle, alors je suis un « fasciste ». Si vous faites référence à une autre croyance positive, je peux y adhérer ou non.

Par exemple, il est bien connu que les fascistes aiment la condition physique. Moi aussi (en principe). Idem pour les uniformes impeccables. Applaudissons Hugo Boss ! Si nous faisons de l’exercice physique et portons du Hugo Boss, la prochaine étape consiste-t-elle pour autant à gazer les Juifs ? Je vais devoir vous répondre par la négative. Le mot « fascisme » ne signifie absolument rien – car il ne prédit rien. « Techno » n’a aucune signification claire – si ce n’est que je sais programmer un ordinateur et que je vis en Californie. [...]
« The Total State » : le Léviathan progressiste disséqué
Pourquoi sent-on que la liberté recule partout en Occident, alors que les institutions libérales censées la protéger deviennent de plus en plus puissantes ? C’est la question qu’aborde Auron MacIntyre, philosophe politique et animateur sur la plateforme américaine The Blaze, dans The Total State. Cet ouvrage aborde frontalement la question du régime politique, pour montrer en quoi nos institutions doivent être réformées pour sortir de la crise civilisationnelle dans laquelle nous sommes enlisés.

La thèse, audacieuse, entend démontrer que les constitutions des démocraties libérales, quoiqu’elles n’aient pas changé, ont été détournées de l’intérieur, dès lors que les pouvoirs qui devaient se contrôler mutuellement se sont mis à travailler de concert au même projet idéologique. MacIntyre pointe du doigt une élite dont la condition d’entrée est désormais de communier à une idéologie qui prétend défendre le progrès, la raison et la science contre la tradition, la foi et la contrainte. Cette « théocratie athée » fonctionne à la manière d’un réseau décentralisé d’institutions qui produisent un consensus élitaire, non par coercition, mais par peur de sortir du rang. Ce dispositif institutionnel, concentré dans les institutions de savoir et de culture, n’a plus besoin des élections pour opérer une révolution. Quand de nouvelles idées naissent dans les universités de l’Ivy League, le New York Times et The Economist les répètent, et elles font tache d’huile dans l’ensemble des médias occidentaux. Elles sont ensuite reprises dans des rapports produits par l’administration publique, puis enseignées dans l’éducation nationale, le tout sans la moindre intention malveillante ou conspiration. Voyons-y plutôt le produit d’institutions centralisées à outrance, et d’une classe « savante » qui s’abreuve à une unique source… au risque d’errer si elle venait à se corrompre. [...]
L’art de penser vu par Jean-Baptiste Brenet
Au fond, qu’est-ce que penser ? Quels sont les divers modes de cette activité essentielle de l’homme ? Pour répondre à cette profonde et antique question, Jean-Baptiste Brenet puise dans la philosophie développée au Moyen Âge par les Arabes et les Latins dans le sillage d’Aristote. Professeur de philosophie médiévale et arabe à Paris I-Sorbonne, auteur de savants essais et d’érudites traductions de médiévaux, il nous invite dans ce livre à parcourir, de sa plume alerte, diverses réponses philosophiques, données au fil des siècles, qui nous donnent encore aujourd’hui à penser. [...]
Pierre de Lauzun : « On ne peut considérer la guerre en Iran comme une guerre juste »

Qu’est-ce que la géostratégie, et quel rapport entretient-elle avec le bien commun ?

Parler de géostratégie dans le cadre de la géopolitique, c’est mettre l’accent sur la dimension stratégique. Qui dit pensée stratégique dit opposition de deux volontés ou plus, luttant pour l’emporter – éventuellement par la destruction ou au moins la neutralisation de forces adverses. Une telle opposition est la conséquence presque inévitable de la multiplicité des pouvoirs en présence, chacun gérant sa position par rapport aux autres sans connaître le fonds de sa pensée, et au risque d’être dominé.

D’où une difficulté majeure dans la recherche du bien commun. Alors que, dans le cas d’une autorité commune (notamment un pouvoir politique jugé légitime), on tente de résoudre la question en confiant un rôle ultime de recherche du bien commun à cette autorité, ici, c’est par définition impossible, puisqu’en général, elle n’existe pas ou n’a pas de force. Ce sont donc les acteurs eux-mêmes qui vont devoir chercher ce bien, au moins un certain bien, tout en tenant compte de l’incertitude créée par la volonté contraire qui leur fait face et qui peut être gravement dangereuse.…

Pascal Boyer : Sous le bulletin de vote, des millénaires d’évolution
Quel est le cadre général de vos recherches ?

Je travaille en anthropologie et en psychologie : mon travail consiste à essayer de comprendre comment notre évolution biologique nous a donné un équipement mental particulier, une sorte de boîte à outils, qui explique comment les êtres humains forment des familles, des groupes, des sociétés. C’est dans ce cadre que j’ai voulu expliquer en quoi notre psychologie, qui fait partie de notre nature humaine, explique les comportements politiques, même dans des sociétés de masse. [...]
Dominique Reynié : Feu sur l’euthanasie !
Fin février, l’Assemblée nationale approuvait en deuxième lecture la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté en une version très permissive, puisque beaucoup des « garde-fous » étaient finalement retoqués. Cette légèreté satisfaite avec laquelle une loi si grave, qui s’apprête à renverser le plus vieil et le plus universel interdit humain, nous faisant par-là sortir des voies de la civilisation, est avalisée par la représentation nationale, dans l’indifférence à peu près générale de nos compatriotes, a de quoi faire frémir. Le char moderne avance avec fureur ; il dévale la pente du progrès, renverse tous les obstacles, répand dans son sillage cette culture de la mort dénoncée par Jean-Paul II dans Evangelium vitae. [...]
Progressisme : chronique d’une défaite annoncée
On peut compter sur un ancien Young Leader, ce programme de la French-American Foundation par lequel sont passés Alain Minc ou Emmanuel Macron, pour dresser des comparaisons fécondes entre les destinées électorales de nos pays. Dans La France au miroir de l'Amérique, Aquilino Morelle étudie la succession des récentes mandatures américaines pour présager du futur hexagonal en matière d’alternance politique. Le sous-titre – « Quand les progressistes font triompher le populisme » – éclaire sa thèse : le wokisme conduit, par un effet de balancier, au retour de son inverse, le conservatisme voire la « réaction ». [...]
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Geoffroy de Lagasnerie : quand la gauche veut en finir avec la démocratie

Il n’est plus besoin de présenter Geoffroy de Lagasnerie, l’un des idéologues organiques de la gauche française, qui est à la philosophie et à la sociologie ce qu’Édouard Louis est à la littérature. Lagasnerie est un homme dont la notoriété publique tient à de petites provocations régulièrement commises sur France Culture où il a son rond de serviette, et développées dans des essais, ceci afin d’élargir à gauche toute la fenêtre d’Overton.

Lire aussi : Marcel Gauchet : l’ère des idéologies

Dernière polémique en date : une critique très virulente de la démocratie, exécutée dans L’Âme noire de la démocratie, court manifeste publié dans la collection qu’il dirige chez Flammarion. À travers une critique progressiste de la démocratie, Lagasnerie veut décomplexer la gauche et l’inviter à penser un régime alternatif et plus progressiste encore. Pour lui, la démocratie ne peut être le stade terminal du progrès.

De la démocratie au fascisme

L’essence du propos consiste à dire que la démocratie telle que conçue aujourd’hui – les partis politiques, les élections, le principe représentatif, le parlementarisme – serait viscéralement néfaste parce qu’elle favoriserait les pulsions populistes, nationalistes, réactionnaires, autoritaires, fascistes.…

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