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« Communion » : en quoi croit J.D. Vance ?

Si J.D. Vance est aujourd’hui vice-président des États-Unis, c’est grâce à un livre, Hillbilly Elegy, qui a propulsé cet avocat et investisseur originaire de l’Amérique rurale vers une célébrité instantanée. En racontant son histoire familiale marquée par l’abandon de son père, la toxicomanie de sa mère et la force de sa grand-mère, il a mis en lumière comme aucun autre les maux des « petits blancs » qui ont voté en masse pour Donald Trump. À l’annonce d’un nouvel ouvrage, portant sur sa conversion à la foi catholique, les attentes étaient élevées, mais vouées à être déçues, car un politique en campagne n’écrit pas avec la liberté d’un auteur sans attaches.

Communion conserve en partie l’aspect biographique qui a fait connaître Vance, mais avec un ton immanquablement plus politique. Il y raconte comment les difficultés de sa jeunesse, mais surtout la culture des milieux universitaires et professionnels d’élite, l’ont conduit à s’éloigner de la foi.…

Bronzer réac : (re)découvrir les classiques réactionnaires à la plage

Les Considérations sur la France de Joseph de Maistre

C’est le livre de « l’illumination ». Jusqu’alors, Joseph de Maistre (1753-1821) avait posé un regard platement conservateur sur les événements révolutionnaires. Dans Les Considérations, écrit de riposte qui stupéfie par l’ampleur de ses vues, le sénateur savoisien s’élève au tribunal de l’Histoire : la Révolution doit être réinscrite dans l’économie divine pour être pleinement comprise. Cette Révolution, radicalement mauvaise, est satanique dans son essence ; pourtant, Dieu l’emploie dans ses desseins cosmiques afin de châtier et régénérer la France pour s’être écartée de sa vocation évangélisatrice. Maistre se révèle un formidable phénoménologue du politique ; ainsi la Révolution est « une force qui mène les hommes » et dévore ses enfants ; il faut voir encore ses maximes sur la faiblesse des lois écrites, l’importance du mystère ou l’art du législateur. « Une constitution qui est faite pour toutes les nations n’est faite pour aucune.

Marin de Viry : Le royaume immédiatement

Comment et pourquoi la Ve République a-t-elle failli ?

La ve République est une grande règle. J’applique le mot de Bernanos dans le dialogue des carmélites : « Ce n’est pas la règle qui nous tient, c’est nous qui tenons la règle. » Nous ne l’avons pas tenue. Pour tenir la règle, il aurait fallu qu’un certain esprit public perdure, mais il s’est terriblement dégradé à partir de l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, puis avec la mondialisation. Et il aurait fallu que les hauts fonctionnaires gardent une certaine conception de l’action publique, mais ils l’ont perdue. Cette grande règle était simple : il existe des politiques de long terme et des principes fondateurs – souveraineté, solidarité sociale, laïcité, forte légitimité de l’autorité politique, par exemple – qui font consensus, sont dans le « trésor » politique de la république. Ils n’y sont plus. Pour qu’ils reviennent, il faudrait une volonté populaire puissante, qui rencontrerait une autorité et une proposition politiques fortes.…

Christophe Dickès : Marc Bloch et le christianisme

À l’occasion de l’entrée de l’historien Marc Bloch au Panthéon, Suzette, sa petite fille, a exprimé au nom de sa famille le souhait qu’aucune autorité religieuse ne soit présente à la cérémonie. La raison invoquée viendrait de Marc Bloch lui-même. En effet, en se penchant sur son Testament spirituel daté du 18 mars 1941 et rédigé à Clermont-Ferrand, nous pouvons lire : « Je n’ai point demandé que sur ma tombe fussent récitées les prières hébraïques, dont les cadences, pourtant, accompagnèrent vers leur dernier repos tant de mes ancêtres et mon père lui-même ». Il ajoutait : « Il m’était impossible d’admettre qu’en cette heure des suprêmes adieux, où tout homme a pour devoir de se résumer soi-même, aucun appel fût fait en mon nom aux effusions d’une orthodoxie dont je ne reconnais point le credo ».

Dont acte. Marc Bloch, juif rationaliste, était agnostique et ne pratiquait pas. Son célèbre livre, Les Rois thaumaturges (1924), dit assez qu’il ne croyait pas en la transcendance divine et encore moins aux miracles.…

« Mutiny » de Noam Scheiber : diplômés et d’extrême gauche

Les bouleversements politiques actuels viendraient-ils d’une « surproduction » de diplômés universitaires ? C’était la thèse de l’excellent essai de Peter Turchin, Le Chaos qui vient (publié par le Cherche Midi en 2024, et paru en poche chez Perrin en avril 2026), selon lequel toute société avec trop d’aspirants aux rôles élitaires finit par se désintégrer. Noam Scheiber, journaliste du New York Times, examine ce phénomène sur le terrain dans Mutiny, en partant à la rencontre de diplômés progressistes occupant des emplois à bas salaire et se tournant vers l’extrême gauche. Voyons-y un récit sociologique de la mouvance Occupy, qui s’est ensuite recyclée avec Bernie Sanders et, plus récemment, Zohran Mamdani à New York.

Ils sont diplômés d’universités américaines, parfois même boursiers. Sortant de l’école avec une dette étudiante s’élevant à plusieurs dizaines de milliers de dollars, ils se rendent vite compte qu’il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, particulièrement dans les arts et les sciences sociales.…

René Guénon : la tradition contre le monde moderne
Les toutes jeunes éditions Lif rééditent deux classiques de René Guénon (1886-1951), avec une préface inédite du fin connaisseur de son œuvre qu’est Rémi Soulié. Ce faisant, elles nous offrent l’opportunité de (re)découvrir la pensée de cet intellectuel inclassable, qui se consacra à la méditation de l’esprit traditionnel métaphysique et donc aussi à la critique du monde moderne qui est en est l’exacte négation. Plutôt que de l’homme, à la vie riche et énigmatique, parlons des idées qu’il expose dans ces deux livres. [...]
Intelligence artificielle : l’infinie connexion
Président d'Arte, Bruno Patino a longtemps été un fervent défenseur de la révolution numérique dont il a suivi avec attention les développements dans nos sociétés. Accro lui-même aux flux d'informations incessants délivrés par des algorithmes comme un paradis personnel dangereusement réversible, il a donné de ce nouveau monde, régi par l'économie de l'attention, un portrait critique sans appel dans son précédent livre, La Civilisation du poisson rouge. Remontant aux sources de l'internet, que ce soit la vision première de Tim Berners-Lee ou la Déclaration d'indépendance du cyberespace rédigée par le libertarien John Perry Barlow en 1996, il y mettait clairement à jour une trahison des utopies premières par le biais du capitalisme effréné des GAFAM dont les richesses accumulées viennent en premier lieu de l'extraction de nos données personnelles. [...]
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Mathieu Bock-Côté sans jamais oser le demander
Tout le monde connaît Mathieu Bock-Côté. Les politiques veulent le rencontrer, les médias veulent le recruter, les journalistes veulent l’interviewer. Entrez dans un bistrot avec lui : c’est suivre Madonna avec l’accent québécois. Les gens attablés chuchotent en le regardant, une grand-mère houspille son mari qui n’entend rien, les plus courageux lui adressent un pouce levé, les plus téméraires se lèvent pour le remercier, et les plus audacieux tentent le selfie. Compliqué. Car Mathieu Bock-Côté est grand. Très grand. Le voici obligé de se rapetisser comme Blaze dans La Folie des grandeurs. Ce n’est pas évident. Quand il franchit une porte, c’est une tornade. La Katrina du Labrador. Il ne marche pas : il bouffe le bitume, souvent en chantant, la tête haute, le regard droit devant, la vie en ligne de mire. Pourtant, Bock-Côté connaît le tragique de l’Histoire. Bien qu’intermittent de la foi, celui qui « préfère douter dans l’Église qu’en dehors » croit en revanche fermement au péché originel. Quiconque ambitionne d’instaurer le Paradis sur terre est un dictateur en puissance. Et puis il a tout lu. En anglais comme en français. Du plus obscur penseur américain du Wisconsin à Guénon, en passant par Foucault. C’est peut-être l’avantage d’être de Nouvelle-France. La vraie. D’ailleurs, il finira bien par dénoncer une appropriation culturelle de Mélenchon. La France coule dans ses veines. Il le doit à ses parents. Son père, Serge Côté, le professeur qu’on aurait tous aimé croiser, l’a élevé avec le vin et Chateaubriand. Et quand on a un grand-père qui s’appelle Charlemagne, on est marqué pour des siècles. [...]

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