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Arménie : jour de commémoration à Erevan
En Arménie, le 24 avril est un jour de deuil. Ce jour-là, en 1915, à Constantinople, capitale de l’Empire ottoman, les Jeunes Turcs arrêtent et exécutent l’élite arménienne. Au même moment, partout dans l’Empire, le processus de génocide se met en place, avec un objectif affiché : anéantir le peuple arménien. Cela commence par l’arrestation des notables. Il s’agit de priver la population de ses chefs afin que la déportation se fasse sans résistance. Puis c’est l’arrestation des hommes, rassemblés dans un coin des villes et exécutés sur place. C’est enfin la déportation des femmes, des enfants et des vieillards. D’immenses convois se forment, marchant vers le désert de Syrie, condamnés à mourir de faim, de soif, de maladie ou d’épuisement. Une route de l’horreur : des massacres, des viols généralisés, des tortures atroces… Les enfants sont emmenés en esclavage, convertis de force à l’islam. 1,5 million de victimes sur les 2,25 millions d’Arméniens que comptait l’Empire. [...]
Adrian Vermeule : « L’Histoire, que certains croyaient terminée, recommence »
Comment avez-vous réagi à l’attaque virulente du président Donald Trump contre le pape Léon XIV ? Comment cette saillie a-t-elle été accueillie par l’opinion publique américaine ?

Très mal, et très mal, du moins auprès de la composante catholique incontournable de la coalition MAGA. Léon XIV est de loin la personnalité publique la plus populaire aux États-Unis. On m’a dit qu’il existait un vieux proverbe français : « Qui mange du Pape en meurt. » Le président souffre désormais au moins d’une grave indigestion.

Cette confrontation peut-elle se lire comme un retour de la question classique des rapports entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel ? En quoi est-ce le signe d’un changement d’époque ?

C’est, à mes yeux, le point le plus frappant. Depuis des semaines, tant avant qu’après cet épisode particulier, la sphère publique américaine est saturée de théologie politique, de questions sur la relation entre les pouvoirs « temporels et spirituels » (pour reprendre les termes du député Riley Moore), de débats entre de hauts responsables publics et des évêques, ainsi que de tensions entre les composantes catholiques et protestantes de la coalition MAGA. Quels que soient le bien-fondé ou les détails des questions récemment posées, le point essentiel est que nous avons désormais une sphère publique post-libérale (mais démocratique), dans laquelle la vérité, y compris la vérité théologique, fait à nouveau l’objet de débat. [...]
Avec les déplacés du Sud-Liban
Les embouteillages de Beyrouth, tout le monde les connaissait. Mais depuis quelques jours, les rues sont encore plus encombrées. Et pour cause ! Des dizaines de milliers de déplacés ont convergé vers la capitale libanaise. On reconnaît facilement leurs voitures à leurs plaques d’immatriculation, marquées des lettres N pour la ville de Nabatieh et S pour Saïda. Les écoles et salles municipales sont saturées, alors certains d’entre eux dorment dans des tentes posées à même le sol, dans des parkings ou encore dans des jardins publics. Et si dans les rues, la vie semble continuer comme avant, si les cafés restent ouverts, si les épiceries poursuivent leur commerce, l’ambiance n’est plus la même. La guerre touche tout le monde. Personne n'est épargné. Chacun a un proche, un cousin – les familles sont grandes au Liban – qui a été contraint de quitter en vitesse son village pour fuir les bombes. Nombreux sont ceux, aussi, qui hébergent de la famille. Car même certains Beyrouthins délaissent leurs appartements pour se réfugier chez leurs proches dans des zones censées être plus sûres. Mais, en réalité, rien ne semble plus vraiment sûr. Tout change très vite et les chauffeurs de taxi, qui pourtant en ont connu d’autres, ne veulent plus se rendre dans les quartiers visés par les bombes. Si Israël annonce ne combattre que le Hezbollah, c’est tout le pays qui a été entraîné dans cette guerre que les Libanais n’ont pas voulue. [...]
Élections législatives hongroises : ce qui se joue à Budapest
Nommé Premier ministre une première fois en 1998, Orbán est revenu au pouvoir en 2010. Il occupe actuellement le poste pour la cinquième fois, et compte renouveler l’expérience pour une sixième fois à l’issue des élections. Compte tenu de sa longévité à la tête de la Hongrie, il n’échappe pas à un phénomène d’usure du pouvoir, en particulier auprès des jeunes générations, qui n’ont jamais connu d’autre dirigeant et aspirent au changement de la tête d’affiche, dans un pays où le président – sur le modèle italien ou allemand – n’exerce qu’une fonction représentative secondaire. [...]
La fin du rêve kurde de Syrie
Tout un symbole. Lorsqu’il prend le pouvoir, en décembre 2024, Ahmed al-Charaa, rejetant les couleurs rouge et noir du panarabisme et du baasisme, fait adopter par le pays tout entier le nouveau drapeau syrien, vert blanc noir, frappé de trois étoiles rouges. En revanche, il se garde bien de modifier le nom officiel du pays. La Syrie d’aujourd’hui, comme la Syrie d’hier, s’appelle donc bien officiellement la République arabe syrienne. Ce détail, loin d’être anecdotique, annonce, au contraire, tout un programme. Pour le nouvel homme fort de Syrie, il est hors de question d’imaginer une Syrie fédérale ou même une Syrie laissant une once d’autonomie à ses provinces. Et les Kurdes, lâchés par les Américains qui misent désormais sur al-Charaa, l’ont appris à leurs dépens ! [...]
Vers un schisme en Arménie ?
Le 27 novembre dernier, Nikol Pachinian recevait un groupe de huit archevêques et évêques opposés au catholicos Garéguine II. La rencontre, médiatisée, a pour objectif d’étaler publiquement la division de l’Église. Parmi les évêques, plusieurs d’entre eux demandent, en effet, depuis des semaines au catholicos de « se retirer volontairement » afin d’éviter des « secousses inutiles » dans l’Église. En réponse, quelques jours plus tard, le 4 décembre, vingt-sept hauts clercs de l’Église apostolique signent une déclaration de « loyauté inconditionnelle » envers le catholicos Garéguine II. Dès le lendemain, l’un des signataires était arrêté pour… trafic de drogue. Le prélat est, encore aujourd’hui, en prison. C’est le quatrième dans ce cas. [...]
La France face au chaos mondial
Comment analysez-vous la situation du Groenland ? Est-ce une rupture d'alliance ?

Charles Gave : Le discours de J.D. Vance à Munich était parfaitement clair. Il a expliqué que dorénavant les États-Unis allaient s’occuper de la forteresse America, une forteresse qui irait de l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud. C’est la doctrine Monroe, que Donald Trump a rebaptisé Donroe. Et le Groenland est, à leurs yeux, stratégique puisque c’est de là que vous pouvez surveiller les bateaux qui sortiraient de la zone russe. C’est en quelque sorte le verrou qui bloquerait la flotte de l’Est.

Je me permets également une interprétation supplémentaire : c’est la volonté de Donald Trump de sortir de l’OTAN. Les pays européens ne le souhaitent pas et le Groenland offre la possibilité, par ce conflit, de casser l’OTAN. C’est comme un bonneteau : vous regardez à droite mais l’objectif se passe à gauche.

Philippe d’Iribarne : L’obsession américaine est depuis toujours la crainte de celui dont on dépend et qui a donc la possibilité de vous nuire. Si vous relisez Le Fédéraliste, la grande œuvre de philosophie politique américaine rédigée durant le débat pour la ratification de la Constitution fédérale des États-Unis en 1787, le sentiment d’un péril, qu’évoquent des termes tels qu’insecure, insecurity, danger, attack, y est omniprésent. Face à ce péril, la volonté de se défendre est affirmée sans trêve. Il est question de defense, self-defense, precautions, guarded against, resist, counteract, protect, armed, sentinel. Il s’agit d’atteindre une situation où l’on est en sécurité (preservation, safe, security, secure). Qu’est-ce donc qui est craint ? Le terme d’encroachment (dangerous encroachments, encroachments of the others) évoque bien ce dont il s’agit. C’est l’intrusion d’autrui dans ce qui vous concerne. La place centrale tenue par la référence à la propriété, et l’association intime, aux États-Unis, entre la notion de liberté et celle de propriété, sont associées au caractère prééminent de la protection contre cette menace. « Un homme, déclarait par exemple Madison lors de la Convention constitutionnelle de 1787, a la propriété de ses opinions et de leur libre communication, il a la propriété dans […] la sécurité et la liberté de sa personne. » En la matière, les États-Unis héritent de la tradition britannique pour laquelle ce qui permet d’être protégé, c’est d’être propriétaire, d’avoir édifié une barrière face à ceux qui vous menacent. Cette sacralisation de la propriété est si forte qu’elle a même conduit, au moment de la création de l’Union, à justifier le maintien de l’esclavage en affirmant que, comme l'esclave est la propriété de son maître, attaquer à l'esclavage conduit à s’attaquer à la propriété, donc à la liberté. Donald Trump est un héritier majeur de cette tradition. Il veut être propriétaire du Groenland pour assurer la sécurité des États-Unis. [...]
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Iran : les mollahs en sursis
Quelle est la situation aujourd’hui en Iran ? Les manifestations continuent-elles ?

On parle de milliers de personnes abattues par les escadrons de la mort aux ordres du régime des mollahs. Les gardiens de la révolution islamique et les miliciens du Basidj sont les maîtres d’œuvre de ces massacres de masse. Ils sont aidés par des supplétifs appartenant aux milices chiites irakiennes, aux Fatemyouns afghans et au Hezbollah libanais. Soyons clairs : à l’heure où je vous parle, ce sont au moins 20 000 morts qui ont été constatés par des personnels médicaux sur place. Mais toutes les sources avec lesquelles je parle s’accordent à dire que le nombre de personnes tuées est très supérieur. L’Iran vit une tragédie, une véritable horreur. Dans ce contexte, les Iraniens ne reviendront pas en arrière, même s’il y a moins de gens dans les rues. Le véritable risque, c’est que la situation se transforme en guerre civile, alors même que les oppositions iraniennes, pour la plupart laïques, étaient prêtes à prendre le relais. Il faut ajouter à cette terrible réalité le fait que 2/3 du territoire iranien est privé d’eau potable, qu’il n’y a presque plus d’électricité, ni de bois pour se chauffer. Près de 2/3 de la population iranienne vit en dessous du seuil de pauvreté, alors qu’avec son pétrole et son gaz, l’Iran devrait être l’un des pays les plus riches au monde. Les islamistes au pouvoir depuis 1979 ont ravagé l’Iran, qui était un pays de grande culture. [...]
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