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25 septembre 1926 : pourquoi fallait-il encore abolir l’esclavage ?

Tout d’abord, avant de rentrer dans le vif du sujet, une petite mise au point s’impose : abolir la traite et abolir l’esclavage, ce n’est pas la même chose. Et l’honorable SDN de distinguer les deux phénomènes dans l’article premier de sa Convention.

L’esclavage y est défini comme « l’état ou condition d’un individu sur lequel s’exercent les attributs du droit de propriété ou certains d’entre eux ». La traite, elle, comprend la capture, l’acquisition ou la cession d’une personne en vue de la réduire en esclavage, mais aussi l’achat, la vente, l’échange, le commerce et le transport de personnes déjà esclaves.

Les États signataires s’engagent donc, d’une part, à prévenir et réprimer la traite et, d’autre part, à poursuivre la suppression complète de l’esclavage « d’une manière progressive et aussitôt que possible ».

Autrement dit, interdire le commerce des esclaves ne signifie pas libérer ceux qui le sont déjà.

La traite est ainsi abolie par plusieurs États au début du XIXe siècle : par exemple, la Grande-Bretagne en 1807 ; les États-Unis interdisent l’importation d’esclaves à partir de 1808.…

Marcel Gauchet : Le macronisme ou l’échec au carré

Depuis 2017, d’Emmanuel Macron à Marine Le Pen, la vie politique française s’est organisée autour de la promesse de dépasser le clivage gauche-droite. Avec le recul, y voyez-vous une véritable recomposition du champ politique, ou au contraire le symptôme d’une désorientation plus profonde de nos démocraties ?

L’un n’exclut pas l’autre. Il y a des données qui vont dans le sens d’une recomposition du champ politique et d’autres qui vont dans le sens d’une désorientation générale des esprits. Les alliances qui sous-tendaient le clivage classique droite/gauche – l’alliance conservateurs/libéraux à droite, l’alliance gauche démocratique/gauche radicale dans le camp d’en face – se défont en créant les conditions de nouvelles convergences. Mais à côté de cela, la défiance extrême à l’égard du personnel politique, quel qu’il soit, l’individualisation radicale des choix et ce qu’il faut bien appeler l’effondrement intellectuel de nos « sociétés de la connaissance » engendrent une confusion qui rend très incertaine la stabilisation d’un nouveau système d’options.…

Olivier Rey : leurre et malheur de l’IA
L’intelligence artificielle est-elle une intelligence au sens propre ? Sinon, quel serait le terme le plus approprié pour la définir ?

Tout dépend évidemment de ce que l’on estime mériter le statut d’intelligence. Aristote distinguait trois types d’âme : l’âme végétative, présente dans tous les vivants ; l’âme sensitive (et motrice), s’ajoutant chez les animaux ; et l’âme intellective, s’ajoutant chez les êtres humains. Dans une telle perspective, intelligence était synonyme d’intelligence humaine. [...]
Mathieu Bock-Côté : Le bunker du milieu

Dans le vocabulaire courant, en France comme ailleurs, le centre désignait traditionnellement ceux qu’on appelait aussi les modérés. Il s’agissait d’une culture politique du juste milieu, prétendant souvent rassembler les meilleurs éléments de la gauche et de la droite, pour les délivrer de l’emprise des radicaux d’un bord et de l’autre, et mener une politique sous le signe de la raison, loin des passions idéologiques. Le centre dominait rarement le jeu partisan, et finissait par s’allier à la gauche ou à la droite – il permettait à chacune de ces familles politiques d’aller rejoindre une majorité électorale au-delà de sa base, chez les électeurs que l’on dit pragmatiques, d’abord attachés aux exigences de la vie quotidienne. Il finissait toutefois par gouverner, en parvenant à imposer ses cadres, et sa philosophie, quel que soit le résultat électoral – en France, on disait traditionnellement que le RPR fournissait les électeurs et les militants, alors que l’UDF, dans sa composante centriste, justement, fournissait les cadres de l’idéologie de gouvernement.…

Alain Finkielkraut & Eugénie Bastié : Le débat est-il mort ?

Comment analysez-vous l’évolution des débats et de la confrontation des idées depuis 2017 en France ?

Alain Finkielkraut : Je commencerais, si vous me le permettez, avant 2017. Les choses ont dramatiquement changé en 2002 avec l’apparition du libelle de Daniel Lindenberg, Rappel à l’ordre, enquête sur les nouveaux réactionnaires. Cet opuscule, commandé par Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, était une liste noire. Un certain nombre de gens étaient accusés de faire le procès du droit-de-l’hommisme, de la culture de masse, de l’islam et de l’antiracisme militant. Fort heureusement pour moi, je figurais dans cette liste, une dream team où l’on trouvait Marcel Gauchet, Philippe Muray ou Maurice Dantec. Nous étions considérés comme des dangers publics, ceux à qui il ne fallait surtout pas parler parce que nous nous mettions à l’écart des valeurs démocratiques, la première d’entre elles étant l’antiracisme, avec l’accusation d’islamophobie. À ce moment-là se ferme une parenthèse heureuse : la parenthèse antitotalitaire.…

Chantal Delsol : COVID, quand la vie humaine devient religion

Le difficile épisode historique mondial de la Covid-19 ne réclamerait qu’une description purement scientifique et épidémiologique, s’il n’avait été tellement significatif du bouleversement des mentalités.

Les populations humaines ont toujours été frappées, à intervalles irréguliers, par des épidémies qui parfois décimaient par millions. Le plus intéressant ici, c’est la différence abyssale de réaction devant la Covid et devant la grippe de Hong Kong en 1969, c’est-à-dire peu de temps avant – quelques décennies, soit une génération. Cette grippe grave, à l’égal de notre Covid, a frappé la France venant d’Espagne au moment de l’hiver 1969-70. On estime qu’elle fit 31 000 morts français en décembre-janvier (un million dans le monde), outre un si grand nombre de malades qu’on annulait des classes faute de professeurs et des trains faute de cheminots.  Des institutions ferment ; dans certaines régions, un quart de la population est alité. Les hôpitaux sont débordés par l’afflux de malades graves qui arrivent en brancard et meurent d’hémorragie pulmonaire, à tous les âges.…

Rémi Brague et Ferghane Azihari : Islam, c’est que de l’amour !

Une religion, une foi, un prophète, un code civil, une civilisation, des rites… : qu’est-ce que l’islam, cet objet si difficile à saisir ?

Rémi Brague : C’est un petit peu tout cela. Dans mon livre, je distingue quatre sens du mot « islam » qu’il ne faut surtout pas mélanger. « Islam » peut désigner soit une attitude religieuse de remise de soi entre les mains du principe suprême. Soit une religion avec des croyances fondamentales (Dieu, les anges, les prophètes, le Jugement dernier) et un certain nombre de pratiques, les fameux « cinq piliers » de l’islam. Soit une civilisation, avec ses pratiques, ses mœurs, ses normes, qui définissent un monde islamisé – à l’intérieur duquel, d’ailleurs, il n’y a jamais eu uniquement des musulmans. Soit, enfin, des hommes et femmes de chair et d’os qui ont avec la foi et l’héritage culturel de l’islam des rapports aussi variés que les Occidentaux envers leur christianisme.…

15 septembre 1916 : le jour où les chars entrent en guerre

Breaking news. 15 septembre 1916, 5 h 15 du matin, devant Delville Wood, dans la Somme, le capitaine Harold Mortimore, vingt-trois ans, fait avancer Daredevil, son Mark I, dans le no man’s land. Sa mission : partir en éclaireur et nettoyer une poche allemande, puis filer vers Flers pour soutenir l’offensive prévue pour 6h20. On me souffle dans l’oreillette que les deux autres chars qui devaient opérer avec lui sont en panne. Désormais seul, « Morty » ne se dégonfle pas pour autant : il gagne une tranchée allemande, pose l’engin à cheval sur le fossé et ouvre le feu. Voilà, le premier char de l’histoire au combat. Il est seul, pataud, un peu gauche, lent comme un escargot asthmatique, mais il y avance.

Pourquoi ce jour, pourquoi cet endroit ? Parce qu’en septembre 1916, cela fait déjà deux mois et demi qu’on s’écharpe dans la Somme. Pourtant, l’offensive franco-britannique, devait être LA grande poussée, mais voilà, Verdun, est entré en scène et les Français ont du lever le pied dans la Somme.…

L’Incorrect

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