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Continuer de boire sans (trop) grossir l’été

Commençons par la mauvaise nouvelle, celle qu’aucun vigneron, fût-il bio, gauchiste ou bénédictin, ne pourra vous épargner : l’alcool qui ne fait pas grossir n’existe pas. L’éthanol pèse environ 7 calories par gramme, soit près du double du sucre (4 kcal/g). Votre verre est donc une petite bombe énergétique, et aucune étiquette « vin de soleil » n’y changera rien. Reste qu’entre deux bombes, certaines sont plus discrètes. Tout se joue sur deux paramètres : le degré d’alcool et le sucre résiduel. Plus un vin titre haut, plus il sucre, plus il alourdit l’addition. Un vin nature à 15° fera ainsi davantage grossir qu’un conventionnel à 11° : le label n’a jamais réécrit les lois de la fermentation.

La barrière des 15 degrés. Bonne nouvelle pour les amateurs de bulles : les levures qui transforment le sucre en alcool s’asphyxient et meurent au-delà de 15°. Un vin, un cidre ou une bière ne peuvent donc pas, par la seule grâce de la nature, franchir ce plafond.…

Inspiration blockbusters (1/2) : Gekko et Bateman, la réussite qui fait flipper

Au pinacle de sa vanité, l’Amérique des années Reagan donne une image d’elle-même pleine de certitude et de succès. Du fric partout, de l’or, des limousines longues comme des paquebots, la Bourse et la finance en toile de fond : pas de doute, les années 80 se veulent celles de la réussite, et cette réussite, dans une approche que les blockbusters protestants empruntent sans le savoir à Max Weber, ne saurait être, pour commencer, que matérielle pour pouvoir être transformée en triomphe spirituel.

Gordon Gekko, héros de Wall Street (1987) d’Oliver Stone, est l’une de ces figures de pouvoir qui s’en mettent plein les poches. Incarné par un Michael Douglas au sommet de sa forme, ce trader cynique, à la pointe du progrès avec son téléphone « portable » gros comme une brique, débarque dans le paysage cinématographique avec un slogan simple : « Greed, for lack of a better word, is good.

Sedes Sapientiae, le trône de chair

Il est des images qui semblent avoir décidé, une bonne fois pour toutes, de ne pas bouger. La Sedes Sapientiae n’invite pas au regard pressé : elle impose cette lenteur souveraine des images qui ne cherchent pas à séduire, mais à tenir le monde en ordre. Ici, rien ne s’incline, rien ne minaude. La Vierge siège, l’Enfant trône, et le monde peut bien s’agiter : la Sagesse est assise.

Cette typologie emblématique de l’iconographie romane porte un nom admirable : Sedes Sapientiae, littéralement « Trône de la Sagesse », selon le vocable bien connu de la Mère de Dieu. Marie n’est pas seulement représentée sur un siège ; elle est elle-même ce siège, en toute sa personne : le trône vivant de son Divin Fils. Elle porte Celui qui la précède et donne chair à Celui qui l’a créée.

La profusion auvergnate de ces images ne relève pas seulement d’un goût régional pour les madones hiératiques ; l’Auvergne est le berceau de cette typologie aux origines mystiques.…

6 juillet 1880 : le jour où la République invente le 14 Juillet

Le 6 juillet 1880, une loi d’une étonnante brièveté est promulguée. Son titre : Loi qui établit un jour de fête nationale annuelle. Son article unique : « La République adopte la date du 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle ». Rien de plus. Nada. Pas un mot sur les deux événements que ce jour convoque : ni sur la Bastille, ni sur la Fête de la Fédération. Pas même une année : ni 1789, ni 1790. La fête nationale française naît donc d’un texte sec comme un coup de trique.

Parce qu’en 1880, après des débuts difficiles, la III? République veut s’enraciner. La crise institutionnelle du 16 mai 1877 est encore proche, mais le rapport de force a basculé. En janvier 1879, Mac-Mahon démissionne, et les monarchistes sont affaiblis. Jules Grévy lui succède, et l’heure est venue pour les républicains de tenir enfin les principaux leviers du pouvoir.…

30 juin 1827 : une girafe pour Charles X, ou la diplomatie au long cou

Le 30 juin 1827, Paris découvre une girafe. Une vraie. Quelques mètres de douceur tachetée, deux grands yeux pétillants aux longs cils, un cou époustouflant, des sabots délicats, et le Tout-Paris qui fond sous son charme. Si la Restauration n’était pas franchement réputée pour son sens du spectacle ce jour-là, pourtant, elle tient son événement : pas une ordonnance royale, pas une crise ministérielle, non, une girafe.

Offerte par Mehmet Ali, vice-roi d’Égypte et gouverneur ottoman, la belle vient des régions soudanaises, que ce dernier a récemment soumises. Elle rejoint Paris sous la houlette du naturaliste Étienne Geoffroy Saint-Hilaire. Le 9 juillet, elle est présentée à Charles X à Saint-Cloud. Mais avant même cette audience, la beauté tachetée est déjà une star : on l’a dessinée, chantée, portée en robe, en coiffure, en motif de vaisselle.

Sauf que derrière ce long cou gracieux se cache une affaire bien plus subtile.

Car Mehmet Ali n’a pas offert une girafe à Charles X par simple passion pour les ruminants.…

Les chauves-souris sont-elles de droite ?
Je viens de lire un ouvrage admirable, La Chauve-souris. Petite métaphysique en vol, qui m’a ouvert de nouveaux horizons sur les rhinolophes, les murins des marais, la grande noctule, le vespertilion bicolore, la pipistrelle commune et la barbastelle d’Europe. J’y ai appris que les femelles, réunies dans des gîtes de maternité, y mettent bas en mai de façon synchrone. Elles mettent bas suspendues au plafond, et le petit tombe, rattrapé par la membrane interfémorale de sa mère ; qui le confie à ses commères pour aller se nourrir et récupère son chauve-souriceau en le reconnaissant à l’odeur. Ces mises-bas collectives et simultanées, quelle que soit l’époque de la fécondation, en de gigantesques maternités publiques, m’ont fâcheusement évoqué une manière de communisme mammifère. Comme les chauves-souris sont aussi d’incroyables réservoirs à virus, la cause me paraissait entendue et l’animal, de gauche. [...]
Le feu dans le cœur : la vogue des sauces piquantes
La fascination pour « l’ailleurs » est vieille comme l’humanité. Au Moyen Âge, les aristocrates étaient friands des épices venues d’Orient. Les plats que l’on servait aux banquets étaient colorés et témoignaient de l’attrait pour les saveurs exotiques. Les chairs grillées étaient teintées de jaune, de bleu ou de violet. La mondialisation des échanges se poursuivit avec les Croisades puis avec la découverte du nouveau monde. [...]
7 juin 1494, traité de Tordesillas : quand le Brésil se mit à parler portugais
Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi le Brésil parle portugais quand une grande partie de ses voisins parlent espagnol ? On vous a peut-être répondu avec assurance : « Mais enfin, c'est à cause du traité de Tordesillas ! » Eh bien, en fait… oui et non. Oui, parce que Tordesillas compte. Non, parce que le traité ne dit jamais tout à fait ce qu'on lui fait dire. D'ailleurs, Tordesillas et tout ce qui tourne autour, c'est une véritable pouponnière d’idées reçues. Petit rappel utile (au cas où) : le 7 juin 1494, à Tordesillas, les représentants des Rois catholiques et du roi Jean II de Portugal s'accordent pour déplacer une ligne de partage déjà esquissée par le pape Alexandre VI en 1493 : désormais, elle passera à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert, départageant les zones de navigation et de conquête revendiquées par les deux couronnes. [...]

L’Incorrect

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