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Le hanap, nécessairement inutile
Il est des objets dont la fonction s’efface si parfaitement derrière la forme qu’elle en devient presque un alibi. Le hanap est de ceux-là. Vase à boire, pense-t-on, et pas tant que cela. Car il n’est pas tant destiné à étancher la soif qu’à en suspendre le geste. [...]
La folie de l’or rouge : la passion du safran
Le safran est une épice issue d’une fleur dont la floraison a lieu d’octobre à novembre. Parmi les épices, il est considéré comme un exhausteur de goût. Contrairement au poivre, ce n’est pas une épice instantanée. Il faut le faire infuser (au minimum deux à quatre heures) afin de réhydrater ses filaments. Cette contrainte, assortie à sa rareté, en fait une épice unique dans l’histoire de la gastronomie. [...]
10 mai 1869 : un chemin de fer, un clou et un télégraphe pour relier l’Amérique

Le 10 mai 1869, à Promontory Summit, dans l’Utah Territory, une petite ville de tentes et de baraquements s’est improvisée dans la poussière. Plusieurs centaines de personnes se pressent autour de deux locomotives qui se font face. Dirigeants, ingénieurs, ouvriers et invités se tassent avec toute la dignité que la circonstance exige pour assister à une cérémonie minutieusement préparée comme un événement national. Car, ce jour-là, la jonction du Central Pacific et de l’Union Pacific doit marquer l’achèvement du premier chemin de fer transcontinental américain. Le clou d’or (qui doit marquer la jonction officielle des deux lignes) est prêt, le télégraphe aussi, tendu comme un nerf. À peine la tâche accomplie, la nouvelle doit filer à travers les États-Unis. Deux compagnies, un continent, un clou : le récit officiel peut commencer. Et avec lui, une grande cause nationale, lancée sous Lincoln, et désormais offerte au pays comme preuve que l’Union peut, malgré la guerre civile qui vient de se terminer, se recoudre elle-même.…

Y a-t-il des sapeurs de gauche ?
Jadis, la droite était le parti de la sape. Du côté de la gauche, on faisait un effort pour mal s’habiller, le plus souvent sans faire exprès. À droite, de Gaulle s’habillait chez Starck, Pompidou en vacances portait des espadrilles blanches et des chaussettes jaunes, assorties à son pull… et, puisqu’il n’y a pas d’élégance sans élégance morale, citait Eluard, les larmes aux yeux, en conférence de presse. Après ? Après, ce n’est plus la droite. Giscard le centriste histrionique, Chirac le gauchiste qui avait un physique de droite (et objectivement une sacrée allure), Sarkozy l’américanolâtre sans convictions profondes : sans commentaire. Il y eut bien Fillon, mais il ne fut pas président – à cause de son goût pour les costumes, justement… [...]
Le nivellement général de la France est-il de droite ?
Si vous faites attention, en vous promenant du côté de Précigné, de Saint-Bertrand de Comminges ou de La Châtre (et en fait dans des milliers d’endroits en France), vous repérerez, au bas des édifices construits pour durer (églises, gares et ponts), des bornes métalliques rondes indiquant, en lettres en relief, « nivellement général de la France ». L’altitude du lieu est précisée au mètre près, parfois au centimètre, voire au millimètre. Il ne s’agit pas là d’une initiative politique – les nivellements politiques sont plus sournois – ni du mot d’ordre d’un syndicat de l’Éducation nationale, ni du constat tranquille qu’on n’a jamais tant uniformisé, étréci et rabaissé les canons du bon goût social, mais d’une entreprise décidée par les hommes sages qui, en redingotes et pantalons à sous-pieds, partirent à l’assaut géographique du monde. C’est Eugène Rouher, ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, qui lança par circulaire le nivellement général de la France le 15 juillet 1857. « Le Conseil général des ponts et chaussées en confia la mise en œuvre à son avocat le plus ardent, Paul Adrien Bourdalouë (1798-1868) », qui avait nivelé l’isthme de Suez, avec de grands niveaux à bulle et à lunettes, et des mires parlantes, et avait ensuite nivelé le département du Cher, et la Loire. [...]
Carte noire pour Maximilien Friche : Ingérable, je suis
Faut absolument que tu apprennes à gérer tes émotions, me dit-elle. Elle ajoute, en penchant la tête sur le côté en signe d’empathie prescrite, que cela devient certes insupportable pour les autres, mais c’est surtout pour moi qu’elle dit ça, dans mon intérêt. Pour mon bien donc ! Elle parle de mon attitude, de mes emportements, de mon sarcasme permanent, de mon agressivité latente. Si elle savait la quantité de rage enfouie en moi, elle ne ferait pas tant état de ce qui déborde dans ma vie publique. Rien qu’une flaque. Celle qui se penche sur mon cas ce matin est une amie. Elle ressemble à ma chef au travail, une gardienne du camp. [...]
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21 avril 753 av. J-C, la naissance de Rome : des vautours, une charrue, des cabanes et des archéologues

Rome est née un 21 avril, en 753 avant notre ère. Rien que cette date, c’est déjà tout un programme. D’abord parce que c’est notre ère, pas la sienne. Ensuite parce que les Romains eux-mêmes n’auraient jamais formulé les choses ainsi. Ils n’auraient pas parlé d’un « 21 avril 753 av. J.-C. ». Ils auraient dit ante diem XI Kalendas Maias, le onzième jour avant les calendes de mai. Quant à l’année, à Rome, on datait par les consuls : telle loi, tel traité, tel désastre survenait sous le consulat de tel et tel. Sinon, il y avait aussi l’ab Urbe condita : les années depuis la fondation de Rome. Système commode, à un détail près : c’est quand, au juste, la première année ? 753 ? C’est là que tout se complique.

Car la date de 753 n’avait rien d’évident. Timée situait la fondation en 814 avant notre ère, Cincius Alimentus en 728, Denys d’Halicarnasse autour de 751, etc.…

Du volcan à l’assiette : le salers, la pépite de l’Auvergne
La pâte onctueuse du salers teintée d’ocre est issue de la richesse minérale des herbages dont se délectent les vaches. Sous la croûte naturelle du fromage auvergnat réside la préhistoire du Cantal. À l’ère primaire (540 millions d’années), le Massif central était une haute chaîne de montagnes. Aussitôt l’érosion attaqua le massif et le réduisit à l’état de pénéplaine. À l’ère tertiaire (entre 66 millions et 2,5 millions d’années), les plissements pyrénéens et alpins s’élevèrent. Cette éruption provoqua par contrecoup l’ébranlement du Massif central. De grandes cassures disloquèrent la vieille pénéplaine. Des blocs gigantesques s’érigèrent en montagnes, d’autres descendirent en fossés d’effondrement. Par ces cassures montèrent les roches éruptives. Ainsi le Massif central fut rajeuni par les dislocations et le volcanisme qui dressa les principaux sommets. En quelques millions d’années, les Monts du Cantal devinrent les ruines des gigantesques volcans. Pour les bovins, ils constituent aujourd’hui d’immenses pelouses ondulées. [...]
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