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Le Pommeau du hameau : histoire de l’élixir de Bretagne

Première découverte déconcertante : les Bretons n’ont pas toujours bu du cidre ! Il fut un temps barbare où les Celtes du pays d’Armorique (Arvorig : « le pays qui est devant la mer ») buvaient de l’eau saumâtre. Du vin, il ne fallait pas y compter ! Le vin que l’on faisait venir du sud de la France était la boisson noble réservée aux seigneurs. Le paysage agricole breton était dominé par les cultures céréalières (avoine, seigle) et la production de cervoise (orge, avoine). Seuls quelques pommiers existaient dans les jardins clos des monastères.

Les moines, à qui l’on doit la sauvegarde de la culture occidentale, furent aussi les inventeurs des vergers modernes. Les copistes se firent jardiniers et sélectionnèrent les meilleurs greffons pour créer de multiples variétés de pommes. Dès lors la culture intensive se développa, particulièrement dans l’est de la Bretagne (pays de Rennes et les marches de Normandie).…

Sainte Quitterie : Libre et Gasconne

Il y a des prénoms comme ça, qui semblent condamner les jeunes filles contemporaines à être cataloguées dans le petit monde, pas si enchanté que ça d’ailleurs, de la bourgeoisie catholique. Sixtine, Albane, Aliénor, Astrid, Victoire, Blanche, font partie du lot. Quitterie aussi – Quitterie surtout, peut-être. Faites le test en fermant les yeux. Une maman qui crie « Quitterie ! » dans la rue, pour appeler sa fille, a toutes les chances d’avoir une certaine allure et un visage qui rappelle la France des tableaux de maître. Si elle a une poussette, une bague de fiançailles de deux kilos et les clés d’un monospace dans son sac, on est sur un jackpot. Ladite Quitterie, sa fille, si on est en été, a probablement les cheveux sagement attachés et une robe à fleurs. Vous voyez ça d’ici. Eh bien, malgré la tendresse que nous avons tous, ou que nous devrions tous avoir, pour ces mamans-là et pour leurs petites demoiselles, il serait dommage de laisser une sainte comme Quitterie au monde des ingénieurs, des officiers et des notables en général, quoi que ce terme veuille dire.…

La pyxide, écrin de la Présence

Il est de bien petites boîtes auxquelles on confia ce que le monde ne pouvait contenir.

La pyxide est de celles-là. Son nom vient du grec pyxis, la boîte en buis, de pyxos, le buis. Dans l’Antiquité, elle conserve bijoux, onguents ou menus trésors : rien encore de sacré dans ce contenant qui emprunte simplement son nom au bois dont on le faisait. Le christianisme allait pourtant lui donner une destination autrement vertigineuse : recevoir et conserver le Corps du Christ.

L’usage est ancien. Dès les premiers siècles chrétiens apparaissent de précieuses pyxides d’ivoire, naturellement cylindriques puisque taillées dans l’épaisseur d’une défense d’éléphant. Certaines, au VIe siècle, montrent déjà le Christ multipliant les pains : le décor annonce la fonction, et la boîte destinée au pain eucharistique porte sur ses flancs le miracle qui le préfigure.

Oublions un instant le tabernacle auquel nos églises nous ont habitués. Au Moyen Âge, la Réserve eucharistique pouvait habiter le sanctuaire autrement : posée sur l’autel ou, très souvent, suspendue au-dessus de celui-ci.…

La pince à linge est-elle de droite ?

Aujourd’hui je chanterai la pince à linge. Celle en bois, en deux parties biseautées, avec son ressort spiralé, qui ressemble à un crocodile quand on la presse et dont on s’émerveille, petit, de la résistance qu’elle oppose à la pression. Celles qui sont rassemblées dans le panier à pinces, calme troupeau attendant d’être mis au travail, et celle que l’on a oubliée sur l’étendoir et qui, placide, a attendu la prochaine lessive pour être utile, accueillant avec indifférence le vent, le soleil et même la pluie, qui l’ont giflée, rôtie ou trempée en pure perte, petit soldat perdu attendant le retour de la patrouille.

Je chanterai la pince à linge qu’on fixe vite pour empêcher la serviette – ou la chemise, qu’importe le vêtement – de glisser, évitant qu’elle ne tombe et se resalisse, avant de placer la seconde, qui permettra d’étendre bien droit, évitant le pli et facilitant le repassage.…

Inspiration blockbusters (2/2) : Le madras

« Porter du madras, et les cheveux longs/Aimer les Beatles, et même Ursula [Andress, bien sûr] », chantait Michel Sardou dans la première chanson qu’il sortit, honnêtement loin d’être sa meilleure. Il faut dire que le madras était à la mode en France dans les années 60. Tissu léger, coloré, estival, il venait tout droit des États-Unis et, comme pas mal de trucs stylés de la deuxième moitié du xxe siècle, du style preppy de la côte est. Là-bas, on le portait avec des chinos fatigués, des bermudas un peu amples, des chaussures bateau en fin de vie. Chez nous, il serait bientôt l’un des accessoires de la jeunesse hippie, nonchalante et vaguement contestataire, celle d’un autre chanteur, Antoine – qui déclarait pourtant porter « des chemises à fleurs » dans ses célèbres Élucubrations.

Mais trêve de variété française nulle, faisons un tout petit peu d’histoire. Le tissu madras vient des colonies hollandaises établies en Inde.…

Saint Tropez : Martyr à la plage

Caius Torpetius, que la postérité appellera Tropez, naît à Pise, en Toscane, au Ier siècle de notre ère. Issu d’une famille patricienne (d’extraction chevaleresque, comme disent les snobs contemporains), officier dans l’armée, il gravit rapidement les échelons et se retrouve à la tête de la garde personnelle de l’empereur Néron. Décidément, pas ouf comme plan de carrière d’être officier d’élite et chrétien sans reproche sous l’Empire romain, et ce ne sont pas Saint Maurice, Saint Sébastien et tous les autres qui diront le contraire.

Car justement, Tropez est devenu chrétien, lui aussi. C’était pendant la captivité de saint Paul, dont il assurait la surveillance. À force de discuter avec le saint apôtre, le jeune Caius a fini par se dire que tout ça était remarquablement cohérent, et hop. Logiquement, arrive donc ce qui doit arriver : à Pise, alors que l’empereur est en train de faire un superbe discours devant toutes-et-tous, en rappelant que c’est Diane, dont il est en train d’inaugurer le temple, qui a créé le monde, le chevalier jusque-là irréprochable administre à son n+1 une gifle de réalité : il n’y a qu’un seul Dieu et toutes ces billevesées ne mènent nulle part.…

Comment s’habiller à la plage sans passer pour un plouc ?

Ajouter de la beauté à la vie, faute de pouvoir lui ajouter des années, voilà un programme fort sympathique, qui s’applique aussi bien à l’élégance qu’aux vacances. Et, puisque la plage est le lieu par excellence de la décontraction, la question se pose nécessairement : comment avoir un peu de gueule dans ce territoire a priori hostile qu’est le littoral ? Le chic à la plage n’est pas un paradoxe. Significativement, le groupe qui chantait « Vacances j’oublie tout », rap bancal de 1982 qui nous rend aujourd’hui bien nostalgiques, s’appelait Élégance. Ce qu’il y a de bien, c’est que l’élégance masculine est une succession d’uniformes, tandis que l’élégance féminine fait appel à la créativité – celle des femmes elles-mêmes ou, à défaut, celle d’autres femmes qui leur disent ce qu’ « on » porte. Dans les deux cas, il ne devrait donc pas y avoir de prise de tête pendant les grandes vacances.…

Des épées qui ne combattent pas

Il est des armes sans bataille, dont toute la puissance tient dans la sentence.

L’épée de bourreau appartient à cette famille d’objets singulièrement chargés d’histoire. Elle ne pare pas, ne menace pas, ne se croise pas avec une autre lame. Elle ignore la mêlée, le duel et cette part d’incertitude par laquelle le combat se donne parfois des airs de courage. Elle est une épée sans adversaire : non l’instrument d’une victoire, mais celui d’une sentence qu’il s’agit d’exécuter.

Sa forme le dit assez. À partir du xvie siècle, particulièrement dans l’Europe germanique, l’épée de bourreau devient un outil spécialisé qui se transmet souvent de père en fils. Large lame droite à deux tranchants, poignée maniée à deux mains, pointe émoussée ou tronquée : tout y est ordonné non à l’estoc mais à la taille. La pointe, inutile puisqu’il ne s’agit pas de percer, disparaît. La garde, inutile puisqu’il ne s’agit pas de se défendre, se réduit.…

L’Incorrect

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