Pour tout dire, j’avais parié pour hippie. Le Marc Menant qui m’avait séduit sur CNews, dont j’aimais bien depuis longtemps la fausse désinvolture, le côté touche-à-tout, libertarien, libertin, végétarien, intéressé par les ovnis et le surnaturel ? Assurément un hippie qui aurait bien tourné. Raté. Même s’il en a l’âge, Marc Menant est passé à côté de la grande révolution des sixties. Il était ailleurs. D’ailleurs il ne boit pas, ne fume pas, refuse les drogues, pratique footing et sport quotidien et écoute Brel et Brassens.
Une seule des obsessions de ce temps l’avait marqué : l’aventure, la grande. Les voyages, l’héroïsme. Façon Jack London, Pardaillan, Rackham le Rouge, Wyatt Earp, la Bande à Bonnot, peut-être ? Non. C’est par Mermoz et les têtes brûlées de l’Aéropostale que le petit Marc Menant est fasciné. Comme eux, il rêve de dépassement mais refuse la rigueur militaire, ce qui l’éloigne d’une carrière de pilote. Comme Mermoz, il connaît mille métiers, sinon mille misères, avant d’être rattrapé sur le tard par Serge Nedjar, patron de CNews, comme son héros par Didier Daurat. Bien sûr, ce sont ses portraits historiques qui m’ont attiré : je suis de ceux qui ne ratent pas le « Face à l’info ». À côté de Zemmour, Menant y brille avec une chronique historique lyrique, brillante. Un vrai show. Menant fait ça à l’ancienne. En conteur. Sans documentaliste pour agrémenter l’affaire d’habillages, d’images, cartes et croquis. Et ça marche. On est suspendu à sa parole. Qu’il croque Beethoven en voyou punk, réhabilite Dagobert ou précise les dessous du « J’accuse » de l’Émile.
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Sa passion pour l’histoire est connue depuis longtemps. Comme son visage et sa voix. Depuis les seventies, chez les « Visiteurs du mercredi » ou sur RTL. Chroniqueur sportif à la base (ce qui décidément mène à tout), on s’aperçoit en discutant qu’il a quasi-tout fait : inventer le principe du commentaire avant même Philippe de Dieuleveult ou Nicolas Hulot, mener des émissions sur l’Histoire, certes, mais aussi sur le surnaturel, le végétalisme – cela avant même que Télérama n’apprenne à épeler végan – et plus encore. En fait, il commença en 1969 comme imitateur au Salon de l’Enfance (en Claude Vega ou en Henri Tisot, donc. Savoureux) avant de suivre le Tour de France dès 74 avec Chapatte, pour finalement y participer lui-même clandestinement, afin de le raconter de l’intérieur (assez gonzo d’ailleurs. On n’est plus loin de Hunter S. Thompson). Ah ! Il a présenté les jeux de 20 heures, fait le monsieur météo, sauté en deltaplane et couru les 24 heures du Mans. Il s’est promené nu à la radio, je crois bien, et a écrit de nombreux livres : huit romans, une biographie (celle de Mermoz, évidemment !), quatre essais (deux sur le surnaturel, et deux où il remet en question la toute-puissance de la médecine), enfin un livre historique « le petit roman d’Haïti ». Entre dilettantisme selon les pisse-froid, et esprit encyclopédique façon XVIIIe. Cet homme, visiblement n’arrête pas.
Après un passage à vide, c’est avec CNews qu’il renaît. Et avec « Face à l’info » qu’il explose aux yeux du public. Les autres intervenants sont compétents, Madame Kelly arbitre sans rigidité… Mais ce qui compte et marque, c’est le duo Zemmour/Menant. Dupond et Dupont comme les surnomme madame. Il est le seul à pouvoir tenir tête au sulfureux petit baron, à lui renvoyer la balle. Un bol d’air, d’intelligence et d’indépendance en ces temps de propagande.
Alors, bien sûr, et pour la première fois dans une longue carrière, on prête à Marc Menant les idées de son entourage supposé : ne pas cracher au visage de Zemmour quand on le croise dans un couloir est déjà, pour la pensée du jour, un acte de haute trahison ; alors débattre avec lui… Aussi Marc, un athée assumé qui dénonce volontiers l’islamisme et ce qu’il fait aux femmes, son compte est bon en cette période de procès d’intention. Même si, régulièrement, Zemmour le reprend amicalement après une de ses chroniques en le traitant de quasi gauchiste, adepte d’un discours libertaire : trop dur envers Napoléon ! Trop tendre envers Victor Hugo ou un quelconque héros de la Révolution française ! Ces joutes complices font le sel de l’émission. Pas de leur faute, après tout, si « Face à l’Info » fait des audiences exceptionnelles. Dieu ! Cet homme est encore plus bavard que moi. Il faut dire que nous sommes, de tout le building CNews, les deux seuls à ne porter aucun masque, évidemment. Alors, la conversation est vite lancée :
Je suis profondément un anarchiste. Je ne supporte pas l’ordre, les contraintes. J’ai fait des études d’officier de marine marchande mais je foutais le bordel
– Donc, on vit en dictature ?
– Je n’arrête pas de le dire à l’antenne. Je ne comprends pas, moi viscéralement accroché à la liberté, moi dont le père a été déporté pour faits de résistance, que l’on perde aussi facilement et radicalement nos droits fondamentaux. Sans culture, sans vie, on est plus que des agitateurs de vent ! Ma grande chance c’est d’être dans une maison, CNews, qui me laisse exister, d’avoir deux filles, une femme formidable.
– Et politiquement ?
– Je suis profondément un anarchiste. Je ne supporte pas l’ordre, les contraintes. J’ai fait des études d’officier de marine marchande mais je foutais le bordel. Et je suis devenu, moi, un facho simplement parce que je travaille avec Zemmour. Les gens dits « de droite » mettent l’ordre avant l’humanisme, c’est là le point de rupture, mais je me sens néanmoins plus proche d’eux que de ces gens de gauche qui sont d’une mièvrerie, d’un catéchisme… Et sont désormais complices d’un décervelage, d’un discours de haine qui les rend complices du pire.
– Et le complot, le grand reset ?
– Emmanuel Macron, grand comploteur, Machiavel planétaire, ce serait lui prêter une intelligence supérieure. Or malgré sa réussite je ne le classe pas dans les génies de l’humanité.
Enfin, Marc Menant, tout mince dans son petit costard slim, s’en est allé à sa séance photo. Benjamin, le photographe, a voulu, un moment, le faire sauter façon Beatles. J’ai souri intérieurement. N’était-ce pas un peu abuser ? Mais non, ce type est un éternel adolescent. Grandir ? Moi jamais ! disaient les grandes chansons de rock.





