Les élections ont été cruelles pour le Rassemblement national qui n’a gagné aucune région ni aucun département, contrairement à tout ce qu’annonçaient des sondages. Incontestablement, la PACA est une grosse désillusion. Aucun sursaut n’a eu lieu au second tour, sauf peut-être dans le Grand-Est où Laurent Jacobelli est passé de 21% à 27%, grâce au report des voix de Florian Philippot. Nationalement, le RN est à huit points derrière son score de 2015 au second tour (19% contre 27%). En tout et pour tout, le RN passe de 358 à 252 conseillers régionaux, avec des retraits marqués dans les Hauts-de-France et en Auvergne-Rhône-Alpes. De même, les départementales ont été un revers brutal pour le parti de Marine Le Pen, qui ne conserve que 26 des 62 conseillers obtenus en 2015, dans 8 départements contre 14 auparavant.
La faute à l’abstention
Rapidement, cet échec a été expliqué par l’abstention, qui a atteint un seuil inédit (65,7%) et peut s’expliquer par plusieurs facteurs : la conjoncture sanitaire, le défaut d’information, la mauvaise organisation par l’Intérieur ou la méconnaissance des échelons administratifs intermédiaires. Évidemment, le désenchantement politique général y est pour beaucoup.
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Si l’on compare les résultats aux sondages, il semblerait que le RN a souffert plus qu’aucun autre parti de l’abstention. Dans nos pages, l’analyste politique Jérôme Sainte-Marie l’expliquait par la sociologie électorale du parti : « L’électorat du RN est un électorat particulièrement difficile à mobiliser, puisqu’il ressemble dans sa structure à l’électorat abstentionniste : jeune, peu diplômé, peu inséré socialement ». Publiquement, tous les cadres du RN ont relayé pareille analyse pour expliquer la désillusion électorale, et pointer du doigt le problème structurel qui touche la vie politique française. Il s’agit d’« une crise profonde la démocratie locale » a déclaré Marine Le Pen au soir des élections. Pour Julien Odoul, la tête de liste en Bourgogne-Franche-Comté, le problème touche la vie politique dans son ensemble : « Les Français sont avides de politique, mais au moment des élections il y a comme un mur, une volonté de se mettre hors du jeu. Il faut leur redonner goût à la démocratie ». Et d’ajouter : « L’abstention nourrit le système. Elle participe au morcellement de notre nation ».
La dédiabolisation, pari perdant ?
Pourtant, cette rhétorique, qui a l’avantage de ne pas questionner les responsabilités du parti sur l’incapacité à mobiliser son électorat, n’a pas unanimement convaincu. « On s’est planté complètement » reconnaissait Gilbert Collard sur BFM TV. Certains ont pointé du doigt l’organisation interne du parti pour les élections. « Les candidats se retrouvaient bridés dans leur communication par des consignes trop verticales, et cette verticalité nuit à l’implantation locale » explique Romain Lopez, maire RN de Moissac que nous avons interrogé. Tout comme Robert Ménard, Jean Messiha qui a quitté le parti en 2020 considère qu’il existe « un problème de désincarnation et de crédibilité du parti à travers toutes la France ». Selon lui, « il y a des candidats qui ne sont pas sérieux, pas compétents et au bout d’un moment l’électeur se pose des questions ».
« Si le RN avait gagné une région, ça aurait tué toute velléité d’une autre candidature dans le camp national. Maintenant que le RN s’est vautré, ça laisse une fenêtre de tir »
Jean Messiha
Nombreux sont ceux qui accusent la stratégie politique de la présidente du RN. Depuis la dernière présidentielle, le parti a en effet changé de visage en évoluant sur les sujets cruciaux que sont l’UE, l’euro, Schengen, ou encore l’islam. Romain Lopez le concède : « Auparavant le RN catalysait le vote des mécontents, qui est désormais catalysé par l’abstention ». Jean Messiha, pour qui la bonne dynamique du parti depuis 2011 a été brisée par un changement de stratégie survenue en 2017, abonde : « Il y a eu la phase de dédiabolisation qui a consisté à se débarrasser de toutes les personnes un peu sulfureuses et de tous les discours outranciers et blessants. Mais après 2017, la dédiabolisation a laissé place à la normalisation, c’est la stratégie de l’évitement ». Jean-Marie Le Pen va encore plus loin, dans sa dernière vidéo : « Tout est né de la volonté de délepénalisation du mouvement. […] Le FN avait une vocation alternative ». Et d’ajouter : « Ou Marine Le Pen revient aux fondamentaux, (ce) qui ne consiste pas seulement à les énoncer mais à les faire vivre, […] ou c’est la disparition ».
Des conséquences pour la présidentielle ?
Pour les cadres du parti dont Julien Odoul, les ambitions présidentielles ne sont pas pour autant remises en cause par ces résultats. L’élu de Bourgogne-Franche-Comté relativise la victoire des Républicains : « En 2015, les mêmes personnalités de la droite fanfaronnaient après leur victoire aux régionales mais n’ont pas été qualifiées ensuite au second tour des présidentielles. En 2019, le parti LR s’est effondré, et cette année, ce n’est pas une victoire : les sortants ont été reconduits mais ils ont vu leur score s’effondrer par rapport aux dernières élections ». Il reste optimiste – « Les sondages prouvent que Marine Le Pen est toujours attendue au second tour » – alors que Jérôme Sainte-Marie avertissait dès après le premier tour : « Ces élections auront des conséquences politiques, alors même que leur signification est assez limitée ».
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Rien ne garantit cependant que les Français se remobilisent d’ici les élections présidentielles, surtout s’ils ne considèrent plus le RN comme parti-gourdin pour le pouvoir en place. En ne faisant pas la preuve de la capacité du parti à obtenir les 50+1 et ne créant ainsi aucune dynamique pour asseoir son hégémonie à droite, cet échec pourrait avoir de lourdes conséquences pour la suite. C’est l’analyse que fait Jean Messiha de la configuration : « Si le RN avait gagné une région, ça aurait tué toute velléité d’une autre candidature dans le camp national. Maintenant que le RN s’est vautré, ça laisse une fenêtre de tir ». Plus que jamais, la candidature d’Éric Zemmour est d’actualité.





