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Rwanda : la France n’est pas complice

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Publié le

25 septembre 2017

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[qodef_dropcaps type= »normal » color= »red » background_color= » »]d[/qodef_dropcaps]epuis plus de vingt ans, les promoteurs de « l’idéologie du génocide », tentent de faire porter à la France la responsabilité de la catastrophe contre toute évidence. Mise au point par un témoin de premier ordre.

 

Depuis 1994, et le déroulement des dramatiques évènements qui, au Rwanda, ont causé la mort de plusieurs centaines de milliers de civils dans des conditions atroces, il est une accusation terrible, insinuante, récurrente, qui consiste à accuser la France de « complicité de génocide ». Rien de moins. Certes les mots ne sont-ils pas prononcés de manière aussi crue quand leurs auteurs sont des journalistes ou des associations françaises, susceptibles de répondre devant un tribunal du chef de diffamation ! Ce mouvement, incarné par le journaliste et éditeur Patrick de Saint Exupéry, parle plutôt de « l’inavouable », terme pudique recouvrant de fait la réalité du génocide de 1994.

Évidemment, lorsque de telles accusations proviennent du pouvoir rwandais, notamment de son chef, le général-président Paul Kagamé, aux commandes du pays depuis 1994 (et reparti en août 2017 pour un nouveau mandat de 7 ans obtenu au prix d’une modification de la Constitution, sur la base d’un score stalinien), de telles précautions ne sont pas nécessaires. En 2008, le pouvoir installé à Kigali fera même paraître un rapport de 800 pages, le « rapport Mucyo », pour accuser la France et son armée de complicité de génocide.

L’ennui, c’est que ce rapport dont Alain Juppé, le ministre des affaires étrangères en place au moment du génocide, a dit qu’il s’agissait d’un « tissu de mensonges », est un véritable roman à charge imaginé de toutes pièces pour accuser sans preuves l’armée française de tous les crimes les plus ignobles. Le recours à quelques faux fac-similés, grossiers et risibles tant les erreurs y sont relevables par le non-initié le moins averti, achèvera de discréditer cette œuvre.

Côté français et européen, la campagne de dénigrement et de démolition est plus subtile, et probablement plus efficace puisqu’elle permet de berner encore visiblement quelques bonnes âmes sincèrement indignées que la France ait pu ainsi que son armée se comporter « si mal » au Rwanda en 1994. Il n’est pas possible ici de refaire en détail l’histoire de cette guerre. Mais il faut tout de même rappeler que le Rwanda, ancienne colonie allemande jusqu’en 1918, puis sous administration belge est devenu indépendant en 1960 comme beaucoup d’États africains.

De monarchie dominée par la caste des Tutsis (20% environ de la population), le Rwanda est devenu une république largement aux mains des Hutus, cette majorité de paysans jusque-là dominée socialement. Cette mutation ne se fait évidemment pas sans casse. Elle est l’occasion de terribles règlements de compte (« la Toussaint sanglante ») qui amèneront un grand nombre de Tutsis à prendre le chemin de l’exil. Parmi eux, un enfant de 4 ans, Paul Kagamé, qui se réfugiera avec sa famille, de lignage royal, en Ouganda voisin.

Ce garçon devenu jeune homme fera une belle carrière dans sa patrie d’adoption, aux côtés du président Museveni, dont il deviendra le chef des services de renseignement militaire. Formé à l’école de guerre américaine de Fort Leavenworth, Kagamé se révèlera très vite un chef de guerre et un stratège hors pair. Organisant la rébellion tutsie, le FPR Front Patriotique Rwandais en armée à la discipline prussienne, son double objectif sera la revanche et la conquête du pouvoir.

Objectif atteint en 1994 après 4 ans de guerre étrangère et civile qui, déclenchées depuis l’Ouganda avec le soutien de Museveni, et ponctuées de terribles massacres, de Hutus par les Tutsis du FPR dans le nord du pays, et de Tutsis par les Hutus dans le reste du pays, se soldent par les accords d’Arusha en septembre 1993.

 

Refus américain d’une intervention française

 

Entretemps, le pouvoir légal du Président Habyarimana avait obtenu dès 1990 du Président Mitterrand le soutien militaire de la France face à cette agression militaire. En dé- cembre 1993, la France retire ses troupes du Rwanda, conformément aux accords d’Arusha et l’ONU prend la place avec une force multinationale, la MINUAR commandée par le général canadien Roméo Dallaire, qui montrera rapidement les limites de ses compétences en même temps que sa fascination pour Kagamé.

Le 6 avril 1994, l’avion du président Habyarimana, dont l’équipage est français, est abattu alors qu’il se présente pour atterrir à Kigali. C’est aussitôt le signal de la reprise des combats et de la marche en avant des unités militaires du FPR et simultanément le déclenchement de nouveaux massacres qui vont se répandre et s’amplifier durant quatre-vingt-dix jours à travers le pays. C’est le « génocide ». Le mot est prononcé pour la première fois par Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, qui au nom de la France, demande une intervention militaire pour faire cesser les massacres. Pendant ce temps la MINUAR assiste impuissante au génocide. Mieux, dix jours après son commencement, Dallaire accepte sans sourciller que soit divisé par 10 l’effectif de ses troupes qui passent ainsi de 2600 hommes. Au prétexte qu’il faut assurer leur sécurité !

Cet attentat était pour lui le seul moyen non seulement de conquérir le pouvoir, mais encore de le légitimer en s’appuyant sur ce qui deviendra « l’idéologie du génocide

Malgré les demandes de la France, les États Unis tiendront bon dans leur refus d’une intervention française et il faudra atteindre le 22 juin, pour que la Résolution 929 soit adoptée qui permet à la France de prendre la tête d’une opération multinationale pour faire cesser le génocide et pallier l’incurie de la MINUAR et de l’ONU. C’est l’opération Turquoise, autorisée sous Chapitre VII (emploi de la force en cas de légitime défense), et limitée à deux mois. 22 juin – 22 août 1994 : deux mois d’opération intense. J’ai raconté ailleurs (Les larmes de l’honneur, Éditions Hugo et Cie) ce que furent le quotidien et les évènements majeurs de cette intervention franco-africaine au cœur de la région des Grands Lacs. Je conserverai jusqu’à mon dernier souffle une très grande fierté d’y avoir participé à la tête de Légionnaires du 2e REI, du 2e REP et de la 13ème DBLE, « les meilleurs soldats de la France ! », qui ne m’auront donné que des satisfactions durant ces deux mois au Rwanda.

 

La France bouc-émissaire

 

Cette opération, imparfaite parce que déclenchée trop tard du fait de l’opposition des États-Unis, a néanmoins eu le mérite de sauver directement des milliers de vies, Tutsis, bien sûr, mais aussi Hutus, et de contribuer à stabiliser une situation humanitaire tendant à devenir désastreuse, en fixant au Rwanda des centaines de milliers de Hutus prêts à se lancer dans un exil à marche forcée devant l’arrivée des troupes du FPR de Kagamé. Celui-ci en a conçu une haine terrible pour notre pays, l’accusant d’emblée de collusion avec le pouvoir de son prédécesseur et surtout de complicité avec le pouvoir intérimaire de ceux qui avaient succédé à Habyarimana. En réalité, comme l’ont expliqué plus tard certains des compagnons d’armes de Kagamé, cet attentat faisait partie de son plan de conquête. Kagamé savait bien qu’il ne pourrait jamais conquérir le pouvoir par les urnes, le déséquilibre entre Tutsis et Hutus jouant trop en sa défaveur.

Cet attentat était pour lui le seul moyen non seulement de conquérir le pouvoir, mais encore de le légitimer en s’appuyant sur ce qui deviendra « l’idéologie du génocide ». La France est un bouc-émissaire indispensable pour Kagamé. On vient de le voir encore au cours de ces dernières semaines de préparation et de déroulement d’une campagne électorale dont les résultats étaient évidemment connus à l’avance. Ceci lui permet aussi d’évacuer le débat de sa propre responsabilité dans l’attentat ayant couté la vie à son prédécesseur, à son homologue burundais et à l’équipage français du Falcon présidentiel. Ce qui est remarquable, c’est aussi la capacité de ce régime totalitaire à disposer de « porteurs de valise » au sein de certains réseaux d’influence en Europe et en France.

Ce phénomène fait partie d’une stratégie globale qui a un nom : désinformation. J’ai rédigé il y a quelques années une étude pour le Collège d’Enseignement Supérieur de l’Armée de terre (CESAT) intitulée : « Désinformation, le cas rwandais ». J’ai pu démontrer combien la désinformation la plus professionnelle est au cœur de ce dramatique dossier rwandais. Ainsi de nombreux mensonges, de nombreux fantasmes sont-ils soigneusement répandus, entretenus sans crainte de ridicule. Et l’objectif stratégique, car il y en a toujours un derrière toute opération de désinformation, a été atteint : discréditer la France et sa politique africaine de façon à en réduire l’influence, en particulier dans cette région d’importance géostratégique d’Afrique centrale.

Récemment, un nouvel épisode de cette opération de désinformation s’est déroulé avec un article fumeux de Patrick de Saint-Exupéry dans la revue XXI dont il est coactionnaire avec son ami Laurent Beccaria. Ce qui est à souligner, ce n’est pas tant le contenu de l’article, « insignifiant » comme l’a dit le professeur Bernard Lugan, que le formidable battage médiatique des mainstream qui ont aussitôt emboité le pas, voulant voir à tout prix dans cet article sans consistance, sans élément nouveau, ni encore moins de faits et de preuves, une étape « essentielle » dans l’établissement de la culpabilité de la France et de son armée dans le génocide rwandais !

Certes la politique étrangère de la France n’est pas exempte de critiques dans le passé ou même l’actualité récente : on peut citer pêle-mêle la participation à la désintégration de la Yougoslavie, l’intervention catastrophique en Libye, l’incroyable soutien apporté en Syrie aux groupes terroristes islamistes. Et au Rwanda, la France a peut-être commis des erreurs. Elle a en tout cas commis celle, à mes yeux, de transférer la lourde charge du maintien de la paix et de la stabilité de cet État et de la région à l’ONU et à son bras armé la MINUAR. En tout état de cause, il est aussi ridicule qu’aberrant d’accuser la France de complicité de génocide au Rwanda, alors que notre pays n’a pas ménagé ses efforts pour dénoncer ce drame et y mettre fin sans délai, dans un contexte de grand « je-m’en-foutisme  » de la communauté internationale et d’opposition larvée des États-Unis et de l’Administration Clinton alors en place.

Chacun sait que le ridicule ne tue plus. Certes. Mais « trop, c’est trop » !

 

 

 

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