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Nupes : derrière l’union, de profondes contradictions

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Publié le

10 juin 2022

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Comment Nupes, un rassemblement fondé à la va-vite pour devenir le premier groupe d’opposition, pourra-t-il résister à ses divisions internes ? Car la vérité, c’est que cette union des gauches est minée par de graves oppositions sur des sujets fondamentaux. Petit tour d’horizon non-exhaustif.
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« C’est pas que j’y crois, c’est qu’il n’y a pas d’autres voies » disait il y a quelques semaines Fabien Roussel à propos d’une alliance électorale des gauches. Pas d’autres voies pour barrer la route de la droite et s’imposer comme la première opposition à la majorité, cela ne fait aucun doute. Mais en ce qui concerne la cohérence interne de l’alliance, c’est une autre affaire. Cette Nouvelle Union populaire écologique et sociale dite « Nupes » pourrait bien vite se retrouver bloquée sur de nombreux sujets essentiels.

Car Nupes abrite cinq formations politiques : La France Insoumise, l’EELV, le PCF, la PS et Generation.s. Or entre les féministes, les communistes, les socialistes, les trotskistes et les écolos, il existe des divergences intellectuelles et historiques majeurs, pour ainsi dire indépassables. Sur de nombreux thèmes, un bloc radical LFI-EELV semble s’opposer à un bloc républicain PS-PC. Si l’unité doit se faire, elle sera donc le bienheureux fruit ou d’un étonnant malentendu, ou de l’omission pudique des dissensions.

Lire aussi : La gauche, ou la ruine de la civilisation chrétienne

Sécurité : violences ou pas violences policières ?

Sur l’existence ou non de « violences policières », l’alliance est complètement désaccordée. Dernièrement, à propos du refus d’obtempérer lors d’un contrôle à Paris ayant entraîné la mort de la passagère, Mélenchon a déclaré toute honte bue que « la police tue ». Quelques jours plus tard, Roussel prenait ses distances avec ces propos : « Je ne ferai jamais d’amalgame en disant que la police tue ». Cette passe d’armes à distance signale une division profonde, et très ancienne. Le 19 mai 2021, le syndicat de police Alliance manifestait devant l’Assemblée nationale avec la participation de Gérald Darmanin, de Marine le Pen et des chefs des partis de gauche : le communiste Fabien Roussel (PCF), le socialiste Olivier Faure (PS), l’écologiste Yannick Jadot (EELV). Seul Mélenchon était absent, qualifiant le rassemblement de « manifestation à caractère ostensiblement factieux ».

EELV se range depuis avec Mélenchon et « appelle à un débat démocratique pour mettre fin aux violences policières », quand le PCF parle simplement d’« exigence d’une police républicaine exemplaire ». Le PS refuse de son côté l’utilisation de la terminologie « violences policières », expliquant qu’il ne soutiendra pas la création d’une commission d’enquête sur les violences policières ayant entraîné blessures ou morts de citoyens. La création de cette commission sera donc laissée « à la sagesse de l’assemblée » d’après le chapitre 6 du programme de la Nupes.

Mélenchon a déclaré que « la police tue », Roussel, lui, a dit : « Je ne ferai jamais d’amalgame en disantLFI a toujours tenu une ligne « anti-nucléaire », une ligne qui a provoqué la colère de Fabien Roussel, déclarant en « avoir honte »

Énergie : un débat radioactif

Sur la question énergétique, il y a une évidente fracture entre les quatre partis. EELV et La France Insoumise tiennent un discours complètement opposé à celui du PCF et du PS. Ainsi, LFI a toujours tenu une ligne « anti-nucléaire », une ligne qui a provoqué la colère de Fabien Roussel, déclarant en « avoir honte ». Comme indiqué dans le programme Nupes, le PCF proposera une trajectoire qui combine énergies renouvelables et énergie nucléaire. Il ne s’associera donc pas à l’« objectif 100 % renouvelables » ni à l’abandon des projets d’EPR.

En ce qui concerne EELV, leur vision est axée vers une production d’énergie « raisonnée et durable » (comme expliqué dans plusieurs communiqués régionaux), qui donc s’éloigne du nucléaire. Le parti s’est, à de nombreuses reprises, opposé localement aux EPR. D’un autre côté, le Parti socialiste qui depuis 2012 est « par principe » pour l’EPR et le nucléaire proposera d’optimiser la durée de vie des centrales nucléaires. En 2012, le PS s’était violemment écharpé sur cette question avec les Verts ; ils sont désormais alliés mais toujours en désaccord.

Lire aussi : Jean-Frédéric Poisson : « La légalisation du cannabis est une fumeuse arlésienne du paysage politique français »

Légalisation du cannabis : des positions fumeuses

En 2018, le PS évoquait un plan « anti-drogue », jugeant « inadmissible » que des quartiers  soient « complètement pourris par la drogue ». Cependant, la question n’a jamais été pour le PS de savoir s’il faut légaliser ou non le cannabis : c’est de « savoir s’il n’y a pas un plan contre la drogue qui pourrait être porté par ce pays avec force ». Le PS a toujours soutenu que la drogue est une « économie qui vient tout abîmer ». Quant au PCF, il est opposé à la légalisation mais prône une politique de dépénalisation, ce qui est assez paradoxal. Le candidat du PCF a admis qu’un grand débat sur le sujet était nécessaire, rappelant au passage qu’il est quelqu’un de « très ouvert et prêt à en parler ». Autrement dit, il la joue démago.

À l’opposé, La France Insoumise et EELV sont favorables à la légalisation du cannabis. Lors de la présidentielle, Mélenchon estimait que la légalisation était le meilleur moyen de « combattre les soucis de la weed ». Selon eux, si on traite le cannabis de la même manière que l’alcool ou le tabac, c’est-à-dire en accompagnant la légalisation de campagnes de prévention, cela pourrait diminuer les risques divers liés au cannabis. Un positionnement aussi superflu qu’imbécile : pourquoi autoriser un produit que l’on juge trop néfaste ? D’après Mélenchon, ce serait justifié car la prohibition serait « une véritable perte de temps et d’argent ». EELV précise dans la même lancée que cela permettrait de mieux encadrer la consommation de cette « drogue douce », pour « se concentrer en termes de répression sur les drogues dures ». Ben voyons !

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