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[Idées] Edgar Morin facts

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Publié le

12 décembre 2022

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Instigateur de la « pensée complexe », Edgar Morin est un robinet d’eau tiède comme on n’en fait plus. Sa doctrine : un bon gros fond de doxa, une pincée de truismes et beaucoup d’enfonçage de portes ouvertes.
edgar morin

C’est entendu, Edgar Morin est un grand penseur, le plus grand peut-être des penseurs français depuis Bergson, celui qui mérite toute notre attention et dont la parole rare et subtile vaut qu’on s’y attarde. Un phare de la conscience indiquant le chemin à suivre au sein d’un siècle tumultueux. Qui plus est, son humilité légendaire lui a longtemps interdit de se livrer à cœur ouvert pour dérouler les méandres compliqués d’une pensée aussi exigeante avec elle-même qu’elle requiert des lecteurs sagaces, prêts à remettre en cause leurs préjugés.

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En fait, c’est plutôt l’inverse. Edgar Morin enfonce les portes ouvertes, énonce les truismes et se vante, toute honte bue, de telle façon qu’on pourrait presque, à la façon dont l’image de Chuck Norris a été détournée sur internet pour en faire, à des fins drolatiques, une espèce de surhomme burlesque, imaginer des « Edgar Morin facts ». Sauf que dans le cas d’Edgar Morin, il suffirait de citer Edgar Morin. Ainsi, quand le jeune Edgar Morin, contraint par ses amis d’aller voir une prostituée avec laquelle il refuse de coucher – de peur qu’elle démasque sa judéité mais on se doute aussi qu’Edgar Morin ne mange pas de ce pain-là – la prostituée, par dépit, tentera de combler sa frustration en invitant plusieurs officiers allemands dans son lit… pour compenser. Bref, en faisant difficilement fi des chevilles enflées qui rendent la lecture de ces entretiens tantôt drôles et tantôt pénibles, on reste interdit devant une pensée aussi mince qu’inexistante mais présentée comme essentielle et qui se félicite de sa propre gloire. Qu’Edgar Morin se fasse l’instigateur et le propagateur de la « pensée complexe », ne laisse d’étonner et en dit long sur ceux qui lui portent une admiration que ce livre n’explique pas. Sortis en février dernier et réédités en poche récemment, ces entretiens entre Edgar Morin et Laure Adler, qui lui sert la soupe dans une déférence grotesque et gênante que seul justifie le grand âge d’Edgar Morin aujourd’hui centenaire, coulent comme un robinet d’eau tiède dans la cuisine de la doxa. À lire pour s’en moquer, donc à fuir…


HISTOIRE(S) DE VIE D’EDGAR MORIN & LAURE ADLER
Points, 260 p., 8,30 €

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