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L’histoire de Souleymane : Bidon et douteux

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Publié le

10 octobre 2024

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L’Histoire de Souleymane révèle malgré-lui qu’un non-professionnel aura payé de sa personne (circulation dangereuse à vélo la nuit, cascades improvisées, scènes rudes et impliquantes) pour représenter l’essence du Migrant : un futur prolétaire méritant et exploitable par la bourgeoisie. Un film bidon et douteux.

Certains films avancent bardés d’un storytelling tellement rôdé, tellement intimidant que les remettre en question s’avère délicat, comme parler de corde dans la maison d’un pendu ou cinéma sur le plateau de Yann Barthès. L’Histoire de Souleymane en est un bon exemple qui narre les heures difficiles d’un sans-papier guinéen, livreur Uber à vélo exploité par un compatriote, avant un entretien à l’OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides) qui décidera ou non de sa régularisation. Abou Sanagré, l’acteur principal, remarquable et primé cette année à Cannes dans la sélection « Un certain regard », est lui-même, véritablement, un sans-papier menacé d’OQTF. Le Monde a narré son odyssée et son intégration en France où il est devenu mécanicien. Le film de Boris Lojkine, estimable par endroits, se présente donc comme un piège qui force l’empathie par la connaissance qu’on a du statut de son acteur/personnage (celui-ci très inspiré de la vie de son interprète, notamment de son histoire familiale) et par un scénario cruel qui multiplie les coups de théâtre dans une optique sensationnaliste, dont on imagine à tort ou raison qu’il est le reflet de la propre expérience de Sangaré.

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Un personnage acculé

Souleymane/Abou apparaît comme un roseau ballotté par le vent, soumis aux avanies diverses se succédant à un rythme effréné, et dont le libre arbitre n’est plus qu’un souvenir. Le malheureux ne semble pas avoir le temps de penser, et le spectateur non plus, bombardé qu’il est de rebondissements. Lojkine cite Quatre mois, trois semaines, deux jours de Cristian Mungiu, à qui il emprunte le motif du compte à rebours, mais on pense surtout aux frères Dardenne. D’une tenue supérieure aux derniers films du duo belge, L’Histoire de Souleymane n’en achoppe pas moins sur quelques écueils plus que dommageables, au premier rang desquels un forçage dramatique qui resserre l’étau autour du personnage d’une façon à la fois prévisible et outrancière. Ainsi du bus de ramassage qui l’amène chaque soir à son centre d’accueil à perpète et qu’il rate, évidemment, la veille de son grand oral. Ce désir quasi-sadien d’acculer le personnage conduit à la grande scène d’entretien avec l’agente de l’OFPRA où Souleymane, s’enferrant dans ses bobards (il se fait passer pour un réfugié politique) est forcé de révéler sa vraie histoire (la dégradation de sa mère considérée comme folle au pays, et sa fuite, pour échapper à la honte).

Ils oublieront aussi qu’un non-professionnel aura payé de sa personne pour représenter l’essence du Migrant : un futur prolétaire méritant et exploitable par la bourgeoisie

Un film de gauche dont vous êtes le héros

La fausse neutralité de Lojkine se retrouve dans l’attitude de l’officière de protection, superficiellement froide mais au fond compréhensive, à l’image de l’administration. On ne connaîtra pas sa décision, mais à la merci de ce soudain contrechamp, le spectateur, jusque-là collé au héros, ne peut que souhaiter l’obtention de ses papiers. Film de gauche dont vous êtes le héros par ricochet, L’Histoire de Souleymane fait surgir du chapeau deux sauveurs blancs qu’on chercherait en vain dans le récit : Lojkine lui-même, et le spectateur conquis à sa suite. Les moins affûtés manqueront du coup la nature perverse du film qui pourrait illustrer le commandement Tu ne mentiras point d’un nouveau Décalogue, vampirisme en sus. Ils oublieront aussi qu’un non-professionnel aura payé de sa personne (circulation dangereuse à vélo la nuit, cascades improvisées, scènes rudes et impliquantes) pour représenter l’essence du Migrant : un futur prolétaire méritant et exploitable par la bourgeoisie, premier public de ces récits de vie aussi édifiants que transculturels.

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