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Rescapé de la législature précédente, le député du Gard que sa faconde rend populaire auprès des sympathisants du Front national envisage l’avenir avec une certaine circonspection. À trois mois du congrès du parti, il décrypte les ressorts du moment macronien et plaide pour des alliances à venir.
Marine Le Pen semble avoir amorcé un virage idéologique, en évoquant une alliance avec Laurent Wauquiez.
C’est ce que nous réclamions depuis longtemps : nous avons besoin d’alliances ici et là. Moi-même, c’est ainsi que j’ai été élu, grâce à des alliances locales. Mais pour le cas Wauquiez, c’est à l’épreuve des faits qu’on jugera et qu’on pourra s’organiser. De manière générale, le schéma politique actuel est irrationnel, on a très peu de prise sur la vie politique. D’ailleurs, y a-t-il une vie politique ? Il y a surtout une vie médiatique : la vie d’un élu aujourd’hui est celle d’un intermittent du spectacle. Un jour chez Bourdin, un autre chez BFM.
Les élus FN à l’Assemblée n’ont-ils pas déçu depuis six mois ?
C’est la marmite médiatique qui a fait bouillir cette idée. Nous sommes très présents, et nous sommes classés parmi les 150 meilleurs parlementaires. Sachant que nous n’avons pas de groupe, il est difficile de faire plus. Mais les médias ont voulu installer Mélenchon, qui est l’opposant le plus biodégradable, et qui au reste s’est très vite dégradé. Il fait du théâtre de rue. Mais le Parlement n’existe plus, il est réduit au rang de chambre d’enregistrement, il est humilié, déontologisé, surveillé. Les députés sont sacrifiés sur l’autel de la transparence. Il y a une crise de la représentativité et de l’idéologie politique, une désertion de la vie politique. C’est le sujet essentiel : Macron est élu avec 20 % des voix, les parlementaires d’En Marche ! sont de purs produits du Club Med, sans convictions fermes. On débat sur des choses inutiles dès qu’un fait-divers se produit.
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Qu’attendez-vous du congrès du Front national en mars prochain ?
Il y a un congrès parce qu’un débat s’est mal passé. Il est bon qu’on interroge les adhérents sur de multiples questions, mais cela ne changera rien à la seule obligation que nous ayons : être présents dans les vrais combats, comme l’identité de la France, la submersion migratoire, la défense de notre modèle de société, de notre environnement historique et culturel.
Il est bon qu’on interroge les adhérents sur de multiples questions, mais cela ne changera rien à la seule obligation que nous ayons : être présents dans les vrais combats
Le départ de Florian Philippot est-il une bonne nouvelle dans ce sens-là ?
Oui, on lui a donné trop de place, on lui a laissé les clefs de la maison et il a fait un cambriolage d’idées.
Pourtant, ses idées étaient aussi celles de Marine Le Pen : sur l’euro, par exemple, elle le rejoignait.
Oui, il a fallu un long débat pour que nous changions notre abord de la question. J’ai été l’un des premiers à soutenir qu’on ne gagnerait rien à une sortie de l’euro en force. Mais je n’ai pas été écouté. C’est la ligne de Philippot qui a été dominante, malgré notre contestation, et du reste nous l’avons payé : nous aurions obtenu beaucoup plus de voix si nous avions été capables d’affirmer que l’euro est une monnaie pourrie, sans en faire une condition préalable pour diriger les affaires. L’opinion publique n’est pas prête à renoncer à cet habitus monétaire, et là il y a eu un entêtement philippotien.
Marine Le Pen réalise un score historique, et pourtant il n’y a aucune mobilisation aux législatives.
C’est un mystère. Je suis le premier à n’en être pas revenu. Je pensais pour ma part bénéficier d’une élection facile : si les voix de la présidentielle s’étaient mathématiquement reportées, j’arrivais dans un carrosse rutilant. Mais en réalité, une partie de notre électorat, que j’avais traité moi aussi avec gentillesse de « feignant », ne s’est pas mobilisé. Le débat est une explication, mais qui me semble insuffisante.
Il faut réfléchir à ce que signifie l’anesthésie macronienne.
N’est-ce pas que le Front national reste un parti plébiscitaire ?
Non, les électeurs votent certes pour une personne, mais aussi pour les idées qu’elle représente. Si j’avais été membre du PCF, malgré mon nom, je n’aurais pas réalisé le même score. Les gens me paraissent plutôt frappés par une immense lassitude de la chose politique. Macron a tout de même été élu au rabais, comme Chirac en 2002 : les phénomènes historiques se jouent sur la longue durée. Un jour, dans le « moment climatérique », l’événement explose dans sa plénitude de signification, après des manifestations parcellaires. C’est ce qui nous arrive. L’un des intérêts du congrès serait de réfléchir à cette question qui dépasse largement le cas du Front National : cette espèce de désespérance politique qui s’installe dans le pays et qui est très inquiétante. Il faut réfléchir à ce que signifie l’anesthésie macronienne.
Les astres étaient alignés en 2017 pour la droite en général : et rien n’est arrivé.
Les Romains parlaient de la fortuna caesarae : aujourd’hui, on dirait le coup de pot. Il a manqué peut-être cela, le je ne sais quoi qui fait que la chose réussit. Il y a évidemment eu une manipulation médiatique, une instrumentalisation scandaleuse de la justice. C’était de la propagande. Nous avons eu contre nous des rabbins, des imams, des curés, des cardinaux, l’UOIF, la Ligue des droits de l’homme, la Licra, BFM, RMC, toutes les télés, et l’on a vu ressurgir sans ancrage avec le réel les instrumentalisations d’autrefois.
Macron s’est payé le luxe de faire un épisode Oradour-sur-Glane. Ç’a été une campagne difficile, avec des convocations chez le juge en pleine campagne, ce qui est unique dans l’histoire de la Ve . Et ce n’est pas terminé, on nous le resservira, même si tout le monde dit aujourd’hui ce que nous disions hier : comme sur les prières de rue que Marine a été la première à dénoncer, en parlant d’occupation, ce qui l’a envoyée en correctionnelle – où elle a été relaxée.
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Mais encore une fois, ne sont-ce pas les alliances qui vous manquent ?
Tout est construit pour que le Front national n’ait pas d’alliances. Tout est construit pour que le Front national soit le moyen pour les faux-culs de se sortir de toutes les turpitudes en s’opposant à lui. Darmanin rejoint Macron avec pour seule explication : « Je m’oppose au Front national ». Ils peuvent tout faire, tout dire, faire de la contrebande, tout passe, à condition que ce soit contre le Front national. Ça ne va pas durer éternellement, mais c’est bien pratique. Ça permet de s’allier au second tour, de se partager les prébendes, d’avoir des « constructifs » qui sont les valets de pied de Macron. Alors, comment accepteraient-ils de s’allier ? Moi, je plaide pour des alliances partout où l’on pourra, pour permettre à la droite de reconquérir le terrain. Mais sont-ils prêts ? La droite molle veut garder l’imperium, pouvoir négocier comme Darmanin, comme Le Maire, balayé à la primaire qui finit pourtant ministre. Le Front National est un empêcheur de négocier en rond, un empêcheur de partouze électorale.
Le Front National est un empêcheur de négocier en rond, un empêcheur de partouze électorale.
Les droites ne sont-elles pas tombées elles aussi dans l’erreur de ne plus parler que de gestion, sans proposer de projet de société ?
Macron non plus, pendant sa campagne, n’a pas développé de projet de société. Il a développé les idées que la banque souhaite voir mises en œuvre. C’est l’homme de l’économie invisible, de la financiarisation. Mais qui possède une doctrine politique aujourd’hui, de toute façon ? On attend encore la théorie qui fixe les enjeux essentiels du XXIe siècle, notamment sur l’immigration, sur la souveraineté, sur la question existentielle aussi : qu’est-ce qu’être français aujourd’hui ? On est comme à la veille de 1789, dans une monarchie de plus en plus répressive. Personne ne semble préoccupé par la réalité de ce qui se passe : nous sommes un pays qui s’effondre, qui perd son histoire, sa liberté, sa sécurité. J’espère que de notre congrès surgira une doxa, une vision, une capacité à appréhender enfin l’avenir de la France.
Comment imaginez-vous votre rôle au Parlement dans les quatre années qui viennent ?
Dire ce que je pense, n’obéir à personne, et s’il le faut mourir en riant sur la barricade de la chose qui dérange.
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