Prêtre anglican, professeur émérite à l’Université d’Oxford et nouvellement nommé à la Chambre des Lords, Nigel Biggar figure aujourd’hui parmi les acteurs incontournables de la pensée politique britannique. Ses deux derniers ouvrages, What’s Wrong with Rights ? et Colonialism : A Moral Reckoning, faisaient le pari audacieux de prendre le contre-pied du droit-de-l’hommisme et du procès fait à l’empire britannique. Il récidive avec Slavery : The Tyranny of Imaginary Guilt, pour répondre aux militants qui ont fait du paiement de « réparations » aux descendants d’esclaves un totem politique, dans la foulée de Black Lives Matter.
D’entrée de jeu, l’auteur reconnaît que l’esclavage représente un crime contre l’humanité : pas question de défendre l’indéfendable. C’est plutôt aux falsifications historiques qui façonnent le discours politique que s’attaque Biggar. Trois prémisses contestables sous-tendent en effet le discours sur les réparations : la richesse britannique serait en bonne partie construite sur l’esclavage ; la traite d’esclaves aurait opposé de manière manichéenne l’Europe à l’Afrique ; et l’héritage esclavagiste serait la principale source d’inégalités demeurant à ce jour.
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Avec patience et méthode, l’auteur démontre que ces trois assertions relèvent du discours idéologique plus que de l’évidence. L’histoire économique du Royaume-Uni démontre que l’esclavagisme n’a jamais représenté une part prépondérante de la richesse nationale, et qu’il a même été déficitaire par moments. Cette pratique était également en vigueur sur tous les continents, notamment en Afrique et dans le monde arabe. Plus encore, les empires occidentaux furent parmi les premiers à bannir l’esclavage dans l’ère moderne, et ont investi des ressources financières et militaires pour l’éradiquer à l’échelle mondiale par la suite. De même, les parcours économiques et sociaux variés des sociétés post-coloniales compliquent l’explication simpliste qui voudrait que les difficultés de certaines soient encore principalement dues au passif occidental.
Ces nuances posent une question plus profonde : sachant que toutes les civilisations se sont rendues coupables de crimes historiques, pourquoi seul l’Occident devrait désormais « payer la note » ? Que faire des descendants des serfs médiévaux qui vivaient dans des conditions misérables en Europe : méritent-ils compensation ? Face à la multitude d’injustices historiques, la lecture idéologisée et arbitraire de l’esclavage en dit davantage sur les croisades idéologiques du présent que sur les erreurs du passé. Des maux tout à fait contemporains abusent donc d’une noble disposition à vouloir corriger les erreurs du passé. Entre autres, la tentation du sensationnalisme médiatique, le parti-pris antinational des élites intellectuelles ou une volonté tout occidentale de se valoriser par excès de repentance. Autant de préjugés qui entravent une lecture honnête de l’histoire, et qui détournent d’un objectif pourtant plus pressant : être juste dans le présent et dans l’avenir.
Si l’on raille souvent la « Perfide Albion », ce plaidoyer démontre qu’elle ne mérite pas le mauvais procès qu’elle subit ces temps-ci. Particulièrement perméable au wokisme et à la haine de soi, le Commonwealth trouve en Nigel Biggar un défenseur brillant et droit dans ses bottes, avec une puissance philosophique indéniable. Même au-delà de l’Anglosphère, sa défense de l’Occident a quelque chose à nous apprendre.






