Une nouvelle ère en Irak ? De France, la cérémonie est passée presque inaperçue. Elle était pourtant très symbolique. Après 22 ans d’activité, la Mission d’assistance des Nations unies pour l’Irak (MANUI) a définitivement fermé ses portes. Évidemment, les autres agences de l’ONU restent dans le pays, mais cette MANUI, créée en 2003, avait pour objectif de sortir l’Irak du chaos généralisé dans lequel l’invasion américaine, puis, dix ans plus tard, l’émergence de l’État islamique, l’avaient plongé. Hasard du calendrier (?), la cérémonie officielle de fermeture de la Mission s’est tenue le 13 décembre dernier, 23 ans jour pour jour après l’arrestation de Saddam Hussein par les troupes américaines. L’occasion pour Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, et Mohammed Chia al-Soudani, le Premier ministre irakien, de se congratuler mutuellement sur le chemin parcouru et de se féliciter que l’Irak soit désormais « engagé sur la voie de la démocratie, du pluralisme, des droits de l’homme et de l’État de droit ». Dans la réalité, on en est encore loin, et les élections législatives de novembre dernier.
Une victoire en trompe-l’œil
Certes, la participation aux élections s’est élevée à 56,11 %, contre 41 % à celles de 2021. Personne ne s’y attendait, au vu du désintérêt des Irakiens pour la chose publique dans leur pays, où la corruption est généralisée à tous les échelons de la vie politique, les services publics quasi-inexistants et les infrastructures publiques plus que défaillantes.
Il faut le souligner, ce taux élevé de 56,11 %, validé par la Commission électorale irakienne, est une victoire en trompe-l’œil pour le gouvernement irakien. Seuls les 21,4 millions d’électeurs ayant mis à jour leurs données biométriques, ont été comptabilisés dans ces calculs, alors que l’ensemble de l’électorat est estimé à près de 29 millions d’électeurs. À cela, il faut ajouter l’appel au boycott du mouvement sadriste, du nom de Moqtada al-Sadr, puissant parti chiite nationaliste, hostile, tout autant aux ingérences iraniennes qu’américaines. Grand gagnant, en voix et en nombre de sièges, des élections législatives de 2021, Moqtada al-Sadr s’était finalement retrouvé dans l’opposition. Cette année, il a refusé de participer à une « élection bancale, dominée par les intérêts sectaires, ethniques et partisans ».
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En trompe-l’œil également, la victoire de la coalition du Premier ministre sortant, Mohammed Chia al-Soudani. Celle-ci est bien en tête en remportant 46 sièges sur 329 que compte le Conseil des représentants, comme on appelle le parlement irakien. Mais elle est donc bien incapable de maintenir un gouvernement à elle seule. Et ce d’autant plus qu’elle est avant tout une force électorale de circonstance, plutôt qu’un bloc politique uni et cohérent. Autant dire que les discussions de formation du futur gouvernement sont compliquées.
En face, les milices pro-iraniennes, affiliées au Hachd al-Chaabi. Elles comptent 80 sièges, répartis au sein de pas moins de dix groupes politiques au parlement. Créées en 2014 pour lutter contre l’organisation État islamique et intégrées à l’armée irakienne, ces milices, dont les couleurs sont présentes sur les checkpoints jusqu’aux frontières du Kurdistan, illustrent parfaitement le délitement de l’État irakien et son remplacement par un « ordre milicien » selon l’expression d’Abel Bakawan, universitaire franco-irakien spécialiste de la question. En juillet dernier, SOS Chrétiens d’Orient le recevait pour un long entretien à retrouver sur YouTube. Il estimait déjà que « l’Irak est un pays en cours de décomposition totale ». Au vu de la composition du nouveau parlement, difficile de dire autrement. La vie politique irakienne entre dans une nouvelle phase, marquée par une tension permanente entre les institutions officielles et les puissances politico-militaires.





