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« Against the Machine » : retrouver notre humanité

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Publié le

4 mars 2026

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Dans « Against the Machine », Paul Kingsnorth décrit la modernité comme une « machine » artificielle qui acte le triomphe du mécanique sur le naturel, du planifié sur l’organique et de la centralisation sur la localité.
© Against the machine

Paul Kingsnorth est un personnage singulier. Militant écologiste britannique converti au christianisme orthodoxe, jadis engagé avec EarthAction, Greenpeace et le journal The Ecologist, il est également un intellectuel puissant, critique de la modernité technologique et philosophique. Son essai Against the Machine, paru à la fin de 2025, a fait parler partout dans l’Anglosphère pour la qualité de sa dissection de l’aliénation moderne, autant sur le plan moral que technique.

L’ouvrage tire son titre de la description que l’auteur fait de la modernité, soit une « machine » artificielle qui acte le triomphe du mécanique sur le naturel, du planifié sur l’organique et de la centralisation sur la localité. En somme, un amalgame technique et idéologique qui engendre le déracinement massif de l’être humain, en l’éloignant de ce qui fonde son humanité, soit son lien avec la nature, avec la culture et avec Dieu. Au fur et à mesure que l’État technocratique, les grandes entreprises technologiques et le libre-échange resserrent leur emprise sur lui, l’homme voit son existence appauvrie, alors qu’il est dépossédé de son autonomie existentielle.

Partant du constat de Spengler selon lequel une civilisation est une idée, Kingsnorth voit dans la nôtre un péché originel permanent, un pari faustien qui a troqué le sens pour le pouvoir, et l’humilité pour l’hubris consistant à croire que l’on peut refaire le monde à l’envi. À ses yeux, la destruction de l’environnement, des communautés naturelles et du sens moral est le résultat direct d’un refus généralisé de contrôler ses propres désirs et pulsions, dans une culture désormais obsédée par l’ego, la science, le sexe et les écrans. Partageant de nombreux constats de penseurs conservateurs en vue, comme Patrick Deneen, Rod Dreher et Yoram Hazony, il appelle lui aussi à un salutaire retour des limites face à un libéralisme ayant complètement perdu sa boussole et menaçant de conduire l’humanité à sa perte.

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Cependant, Paul Kingsnorth se distingue du courant conservateur dominant par son rejet presque intégral de la société industrielle. Il ne s’identifie d’ailleurs pas à cette étiquette, car il y voit une pensée encore trop libérale, trop attachée à l’individu et à la propriété privée pour réellement mettre en cause la « machine ». Il propose plutôt une forme de « radicalisme réactionnaire », axé sur un retour à une économie morale, familiale et locale, ainsi qu’un christianisme enraciné qui puisse offrir un fondement plus sain à l’Occident. Concrètement, cela implique une forme de « pari bénédictin » par l’exode des grandes métropoles, fers de lance de l’existence aliénante que rejette Kingsnorth. C’est d’ailleurs ce qu’il a mis en pratique lui-même ces dernières années en s’exilant dans la campagne irlandaise et s’éloignant le plus possible des technologies contemporaines.

Cette exhortation ne sera sans doute pas suivie par la plupart des lecteurs. On reconnaîtra cependant en Paul Kingsnorth un véritable penseur de rupture, qui assume et incarne ses idées. Against the Machine se classe déjà parmi les classiques instantanés de ces dernières années, un essai transgressif qui renouvelle la critique du libéralisme avec une perspective à la fois morale et technique. À lire pour penser notre humanité à rebours de la modernité technologique.


AGAINST THE MACHINE: ON THE UNMAKING OF HUMANITY, PAUL KINGSNORTH, THESIS, 368 P., 28,84 €

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