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Franc-maçonnerie et police : la guerre des loges

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Publié le

30 mars 2018

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Derrière l’apparente harmonie qui règne entre les grands flics de France se joue une guerre secrète et sans merci. Entre frères.

 

Qui a oublié Marlène Jobert, pointant son arme sur Claude Brasseur, complètement nue, la poitrine triomphante et le corps ruisselant d’eau, dans Guerre des Polices de Robin Davis en 1979 ? Quarante ans plus tard, c’est à une véritable guerre dans la police à laquelle nous assistons. Une guerre larvée, secrète, parfois violente et dont les victimes sont placardisées, virées et dont souvent l’honneur est atteint par des accusations très graves. Règlement de compte entre clans ? Rivalités politiques ? Pas seulement.

 

Dans les coulisses de Place Beauvau a lieu une lutte sans merci entre deux grandes obédiences de la franc-maçonnerie française : le Grand Orient et la Grande Loge Nationale Française, la seconde étant victime d’un véritable nettoyage fraternel de la part de la première.

 

Tout démarre en 2009 quand le Grand maître de la GLNF, François Stifani, rompt la neutralité politique de son obédience en décidant de jouer un rôle d’influence dans les cabinets ministériels.

 

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L’initiative n’est pas du goût des Frères de la rue de Pisan, siège de la GLNF, mais surtout pas du tout du GO, qui y voit une menace sur son magistère intellectuel dans le monde politique. Pierre Lambicchi, Grand maître du GO aura ce mot: « François Stifani a fait don de son obédience à Nicolas Sarkozy. » Pourtant, le locataire de l’Élysée de l’époque, conseillé par Alain Bauer, lui-même ancien Grand maître du Grand Orient, ne cessera de donner des gages à la rue Cadet. On en veut pour preuve la présence de certains ministres UMP à des tenues blanches ouvertes du GO. On ne peut que s’interroger sur la grande mansuétude des différents leaders de la droite pour une organisation qui depuis des décennies ne cesse de lutter pour des thèmes à rebours de la pensée de droite.

On ne peut que s’interroger sur la grande mansuétude des différents leaders de la droite pour une organisation qui depuis des décennies ne cesse de lutter pour des thèmes à rebours de la pensée de droite.

Une passivité, voire une fascination coupable. La franc-maçonnerie est ancestralement divisée entre obédience spiritualiste et obédience sociétale : comment la chiraquie et la sarkozie ont-elles pu ouvrir grand les portes du pouvoir à ceux (le GO) qui ne supportent pas l’esprit même des institutions de la Ve République et dont les grands maîtres furent ouvertement des sympathisants socialistes, voire des anciens cadres du trotskysme ?

 

La fraternité, mais pas trop

 

Dès 2012, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls se lance dans une « chasse aux sorcières » pour reprendre une expression de L’Express. À tous les étages, les têtes tombent. Prétendant se débarrasser d’un « État profond » organisé par Nicolas Sarkozy, puis Claude Guéant dans la maison Poulaga, il organise une reprise en main de la police par les Frères du GO. On notera au passage l’incroyable longévité d’Alain Bauer qui, après avoir conseillé Nicolas Sarkozy à l’Intérieur, occupera les mêmes fonctions auprès de l’ancien maire d’Évry.

On notera au passage l’incroyable longévité d’Alain Bauer qui, après avoir conseillé Nicolas Sarkozy à l’Intérieur, occupera les mêmes fonctions auprès de l’ancien maire d’Évry.

Bernard Cazeneuve qui, comme son prédécesseur, est un proche du GO, perpétuera la mise au pas de son administration en placardisant les Frères de la GLNF. La fraternité, mais pas trop. Le changement de Grand maître au sein de la GLNF, avec l’élection de Jean-Pierre Servel en 2011, met un coup d’arrêt à la tentative d’influence de la grande obédience régulière. L’avocat toulonnais revient sur les fondamentaux de son organisation et rejoint le silence de la réflexion en se refusant à toute prise de parole politique ou sociétale.

 

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Pourtant, reste le fantasme d’une institution policière sous l’influence des loges. Si l’on en croit l’incontournable Alain Bauer, seuls 10 % des commissaires de police sont membres de la franc-maçonnerie. Une appartenance qui ne protège pas, comme le prouvent les purges du quinquennat Hollande, de la chute, de la mise au rencart, voire carrément de la dénonciation en tant que maçons par les autres « Frères ».

Seuls 10 % des commissaires de police sont membres de la franc-maçonnerie.

Par exemple, l’ancien syndicaliste policier et très controversé Bruno Beschizza, alors candidat sur la liste LR de Valérie Pécresse, après avoir vu son appartenance à la Grande Loge de France révélée, se sentira obligé de dire : « Je suis certain de ne pas avoir été balancé par Philippe Guglielmi ». Ce dernier, hasard, patron de la fédération de Seine-Saint-Denis du PS, était ancien Grand maître du GO et figurait en troisième position sur la liste de gauche aux élections régionales en Île-de-France. Visiblement, certains ne sont ni les gardiens de la paix ni ceux de leurs Frères.

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