[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1523517502253{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]
Alexandre Brandy est-il ce jeune homme qui se fit passer pour le neveu d’Hariri, de Kadhafi, d’Assad, par jeu? A-t-il fini par braquer le coffre d’une femme riche dont il disait vouloir acheter la maison dans le seizième arrondissement de Paris, en 2006, avant de passer quelque temps en prison ?
Ce qu’il raconte dans son premier roman, Il y a longtemps que je mens, est plausible et bien amené, doit-on pour autant y croire et faire confiance à un homme qui se présente comme un menteur? La photo d’un portrait-robot tamponné par la préfecture de police qui est placée sur papier glacé en première de couverture du roman et la reproduction d’une (soi-disant) dépêche AFP en exergue du roman suffisent-elles à convaincre que tout ce qui y est écrit est le reflet de la vérité ? Que l’on sache, toute la presse a évoqué ce roman comme tiré d’une histoire vraie et authentique, mais nul n’en a apporté la preuve. Est-ce que l’histoire particuliè- rement réussie du jeune écrivain paraît si rocambolesque, si merveilleuse, si originale que l’on voudrait la croire vraie ? N’est-ce pas le rôle de la fiction que de mystifier les esprits ?
Nihil novi sub sole
Dans le fond, nous nous fichons bien de savoir si Alexandre Brandy ment ou dit la vérité, s’il a menti et dit à présent la vérité, quelle est la part du vrai et du faux dans son récit, la littérature n’étant pas là pour enseigner des faits avérés mais pour donner à voir et à penser l’autre et soi-même. Il est toutefois étonnant de constater avec quelle frénésie les journalistes d’ordinaire si tatillons, si vétilleux et incrédules, nous affirment qu’il s’agit d’une histoire vraie (dans ce cas, s’agirait-il encore d’un roman?). Cela, parce que l’histoire vraie, l’histoire présentée comme inspirée de faits réels est devenue la seule audible en une époque de transparence obligatoire, en une époque où l’on croit que l’histoire particulière a valeur de preuve et de vérité générale, où l’on croit pouvoir se défaire de tous les mythes et de toutes les religions, des récits bibliques comme de la littérature et des épopées fondatrices.
Lire aussi : Marc Alyn, le temps est un faucon qui plonge
À une époque où chacun veut raconter son petit bout de vie ridicule sans se rendre compte que ce qu’il prend pour une originalité, un défaut, une qualité qui lui sont propres est déjà depuis longtemps consigné dans les grandes œuvres qui forment la littérature universelle. Nos vices, nos tares, nos travers, nos pulsions, notre grotesque et notre dérisoire sont déjà entièrement contenus dans La Comédie humaine et Don Quichotte, nos aspirations à l’héroïsme dans L’Énéide et L’Iliade. Ainsi, que démontrent les témoignages de toutes ces émissions dispensables dont pourrit la télévision, sinon la preuve, chaque jour, chaque heure, que nihil novi sub sole ?
Crédulité, défiance et bêtise de la presse correcte
Le roman d’Alexandre Brandy est remarquablement troussé, drôle, impertinent. Ce n’est pas l’ouvrage d’un cerveau génial, c’est l’œuvre d’un homme malin qui a compris comment faire sa place dans une société passionnée par son propre néant, qu’elle prend pour une incroyable nouveauté. C’est le roman d’un jeune homme plein d’humour qui, d’une manière ou d’une autre, se joue de ses semblables et qui, que l’on présume son histoire vraie ou fausse, aura, dans l’un ou l’autre cas, réussi à tromper son monde, ne serait-ce qu’un temps. Nous ne prenons pas ce qu’il dit pour argent comptant, nous nous interrogeons.
Pourquoi veulent-ils tous y croire ? Est-ce parce qu’il s’agit d’une histoire gentille, où il n’arrive aucun mal à personne, seulement une grosse peur à cette bourgeoise qui récupérera tous ses bijoux sauf un (soyons crédibles) – en laquelle tout est bien qui finit bien? La presse a beaucoup plus douté de la véracité des dires de Richard Millet qui aurait combattu dans sa jeunesse au côté des milices chrétiennes libanaises. Il n’en a jamais apporté la preuve, sinon littéraire, mais ce n’est pas politiquement correct et l’on préfère croire au délire d’un esprit malade. Alors qu’un jeune homme qui, par désœuvrement, se fait passer pour un riche héritier afin de profiter des largesses et de la crédulité des riches, c’est tout ce qu’il y a de plus moral.
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]






