Comme tous les enfants, les jeunes Libanais ont fait leur rentrée scolaire depuis la mi-septembre. Une rentrée toute particulière pour des milliers d’entre eux issus des villages du Sud et qui, depuis trois ans, connaissent la guerre, les déplacements forcés et… les cours en ligne. Aussi, ouvrir « en vrai » les écoles a été l’objectif de l’été pour nombre de responsables libanais, qu’ils soient membres des conseils municipaux, religieux des congrégations enseignantes ou tout simplement parents d’élèves.
À Aïn Ebel, ce village chrétien du Sud-Liban, Annie Abou Aziz, membre de l’équipe municipale, prépare elle aussi la rentrée. Depuis le mois de mars, elle n’a pas quitté sa maison, pourtant située en pleine zone de guerre, à moins de cinq kilomètres d’Israël. Comme soixante-deux villes et villages du Sud-Liban, la commune est désormais occupée militairement par l’armée israélienne. Elle est située au sud de la fameuse ligne jaune, dans cette zone tampon qu’Israël a créée au Liban pour se protéger des roquettes du Hezbollah. « Les cours en présentiel devraient reprendre pour les élèves qui vivent encore dans la région et qui peuvent accéder à l’école », nous écrivait-elle début septembre. « Nous espérons vraiment que la situation sécuritaire restera calme pour permettre à nos enfants de retourner à l’école et retrouver au moins en partie une vie normale. Aller à l’école est essentiel. »
Lire aussi : Ne pas oublier les chrétiens de Syrie !
Ce n’est pas sœur Hiam qui dira le contraire. Elle dirige l’école des Saints-Cœurs de Marjeyoun, à peine plus au nord, le long de la frontière avec Israël. « Les familles ne veulent plus d’éducation à distance. Nous avons donc décidé, dans le but d’encourager les chrétiens à rester chez eux, dans cette région, de reprendre cette rentrée scolaire en présentiel. » Encouragée par la mairie et par sa communauté religieuse, elle annonce « entamer cette rentrée avec ceux qui se présentent ». Mais une chose est sûre, il n’y aura pas tout le monde. La veille de la rentrée, par exemple, elle apprenait que plusieurs élèves ne pourraient reprendre le chemin de l’école. Trop dangereux pour certains, alors que les bombardements sont quotidiens ou presque dans le sud du Liban ; impossible pour d’autres, souvent chiites mais accueillis dans les écoles chrétiennes, leurs maisons ayant été détruites pendant le conflit ; trop cher, enfin, tant les familles se sont appauvries à cause de la guerre.
Chômage, inactivité, perte de revenus…
Cet appauvrissement généralisé inquiète. En effet, dans le Sud, trop d’habitants sont souvent dans l’impossibilité de travailler. Les entreprises sont à l’arrêt, les commerces tournent au ralenti. Il est extrêmement compliqué d’aller à Beyrouth. Seuls des convois – désormais et heureusement réguliers – soumis à l’autorisation de l’armée israélienne, peuvent aller et venir… Difficilement. Et « même lorsqu’un convoi est autorisé, nous pouvons attendre des heures pour les contrôles et les vérifications », témoigne une mère de famille d’un de ces villages du sud. « En dehors de ces convois, il est pratiquement impossible de quitter la région ! »
Le secteur agricole est lui aussi menacé. Début septembre, le ministre de l’Agriculture libanais, Nizar Hani, rappelait que la guerre avait causé « des dégâts agricoles considérables dans le Sud ». Plus de 56 000 hectares sont endommagés à cause du conflit. C’est presque un quart des terres agricoles libanaises ! Derrière ce chiffre, ce sont des milliers de familles qui ont perdu leurs terres, leurs récoltes, leurs animaux et parfois leur principale source de revenus. Ainsi, à Aïn Ebel, on ignore encore si la récolte des olives sera possible. Les champs d’oliviers sont pourtant situés en toute proche périphérie du village ! Mais il est impossible d’y accéder. Trop dangereux…
Parce qu’au Sud-Liban, dans l’indifférence générale, la guerre n’est pas finie.




