Au tout début du mois de juillet, Emmanuel Macron était le premier dirigeant occidental à se rendre à Damas pour rencontrer son homologue syrien. Un voyage tourné vers la diplomatie – la France n’a toujours pas d’ambassadeur en Syrie – et vers l’économie, puisqu’une délégation de chefs d’entreprise accompagnait le chef de l’État. Cette visite avait lieu un peu plus d’un an après l’attentat contre l’église Saint-Élie de Damas, qui avait fait 25 morts et une soixantaine de blessés. Un résumé saisissant de la situation syrienne, entre éventuelles opportunités économiques et incertitudes pour les chrétiens.
Quinze ans après le début de la guerre, vingt mois après l’arrivée d’Ahmed al-Chaara au pouvoir, en Syrie, les contrastes restent immenses. Si certains quartiers et certaines villes sont calmes, d’autres régions sont en proie à l’insécurité et à la violence. Il suffit de parcourir quelques kilomètres pour changer de monde ! Homs est la troisième ville de Syrie. Elle porte encore les blessures de la guerre ; des quartiers entiers sont en ruines. À Homs, les minorités alaouites et chrétiennes sont quotidiennement victimes d’agressions, d’extorsions, de chantages, d’enlèvements, de menaces de la part de bandes armées… Des bandes qui agissent parfois par intérêt financier et crapuleux parfois par haine religieuse. Bien souvent, en mêlant les deux motivations, avec, en toile de fond, l’incapacité de l’État à assurer pleinement la sécurité de tous.
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Nous pourrions citer des dizaines d’exemples de discours de haine visant les chrétiens ou d’actes menaçants qui restent, la plupart du temps impunis. Ce sont des menaces quotidiennes sur les réseaux sociaux. C’est un prélat qui est agressé en pleine rue ; c’est un jeune garçon enlevé, lui aussi, en pleine rue, et dont les ravisseurs exigent une rançon de 1,5 million de dollars ! Au-delà de ces violences, il y a également une vraie pression sociale islamique qui voit le jour. Et cela est nouveau en Syrie ! À Damas, par exemple, il est désormais interdit d’avoir des bouteilles d’alcool à table. Dans certains villages où vivent chrétiens et musulmans, un drapeau frappé de la Shahada, la profession de foi musulmane, a été levé comme un signe de domination ! Plus grave encore, en mars dernier, la ville de Squelbieh a été le théâtre d’un raid de groupes islamistes, qui ont pillé les commerces et agressé les habitants… Aujourd’hui, rien ne permet d’affirmer que de tels événements appartiennent au passé. Aussi beaucoup de Syriens craignent-ils que cela puisse recommencer demain, ici ou ailleurs.
Aussi, les communautés chrétiennes de Syrie et leurs responsables sont inquiets. Inquiets du désordre, inquiets de l’incapacité de l’État à reprendre le contrôle de l’ordre public, inquiets de l’absence de fonctionnaires dans certains ministères, inquiets d’une justice à deux vitesses, inquiets de la présence de groupes jihadistes plus radicaux que jamais et que personne n’arrive à faire partir…
À cette insécurité s’ajoutent des difficultés économiques toujours considérables. Une partie des sanctions internationales a été levée, mais les effets sont loin de se faire sentir dans la vie quotidienne. L’arrivée annoncée d’investisseurs étrangers – dont des entreprises françaises – est certes un signe d’avenir pour ce peuple fatigué par la guerre et usé par une émigration qui fait fuir les jeunes actifs ! Mais la Syrie demeure coupée du système bancaire international et dans le même temps, les prix de l’électricité, du carburant, du pain ou encore des médicaments ont été libéralisés. Les coûts ont explosé alors que les revenus, eux, n’ont pas suivi. Près de 90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Bref, le pays ne se relève pas de ces quatorze années de guerre et de sanctions internationales. Dans un tel contexte, plus que jamais, les chrétiens de Syrie ont besoin de nous !




