Renaud Camus : l’aristocrate et la meute
Juin 2023. Camus et moi travaillons dans la bibliothèque ; un bureau devant nous, vingt mètres de livres à droite et à gauche, de grandes baies ouvertes sur les champs ondoyants du Gers, aux quatre points cardinaux. La gouvernante nous annonce la venue de deux journalistes du Monde. L’un des deux attire mon regard, il me semble le reconnaître du fond de ma mémoire. Oui, « Gaspard Dhellemmes », je remets ce brun à cheveux ras et regard trop ouvert (pour ce dernier détail, nous sommes de la même race) : je viens de reconnaître mon ancien camarade d’hypokhâgne. Il vient de Paris apporter au pouvoir le scalp d’un opposant politique ; je suis venu à Plieux pour défendre un écrivain. Nous avons donc traversé les mêmes passages du Phédon, écouté les mêmes cours sur le Voyage au bout de la nuit, ri, peut-être, aux mêmes anecdotes historiques, pour nous retrouver dix ans plus tard parfaitement affrontés. […]
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Bruno Marsan : uppercut littéraire
Quel est le point commun entre Sylvester Stallone et Richard, petit gars né dans la dèche au Pays basque et élevé par une grand-mère sauvage ? Des origines obscures, misérables et lointainement bretonnes, certes, mais voilà qui semble ténu au lecteur découvrant à l’abord du roman ces deux biographies parallèles. Mais les récits vont peu à peu se télescoper : l’acteur américain fasciné par un combat de boxe mythique invente Rocky et sa revanche sur une vie de chien ; Richard, fasciné par les films de Stallone et sa destinée, s’en invente une grâce à l’éthique implacable qu’il en extrait. Roman initiatique, mais aussi roman de chevalerie moderne en ses débuts, Underdog montrant la puissance du levier identificatoire. En effet, si Perceval est projeté vers son destin après avoir été ébloui par l’apparition de chevaliers, Richard l’est par celle de Stallone, et Stallone par celle de Wepner, comme s’il fallait redoubler l’effet dans une époque aveugle à ces logiques. […]
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Michel Houellebecq & Frédéric Lo : la douceur d’en finir
En 2000, Michel Houellebecq tout juste auréolé du succès fulgurant et international des Particules élémentaires, collaborait avec le merveilleux Bertrand Burgalat pour mettre ses poèmes en musique et s’offrait même une tournée des plages françaises. Un an avant l’attentat des Tours jumelles, l’écrivain ironisait cruellement sur la destinée de l’homme occidental offrant encore son corps au soleil de l’utopie consumériste. La musique de Burgalat, rétro, psyché, parfois entraînante, conférait à l’ensemble un arrière-plan scintillant et dérisoire, comme une boule à facettes sous un ciel sans dieu. L’entreprise, pour surprenante qu’elle paraissait, s’avérait un projet convaincant et non pas le simple caprice décalé d’une diva des lettres. D’abord Houellebecq, avant de publier quoi que ce soit, avait débuté son œuvre en déclamant ses poèmes en public. Ensuite, il avait toujours hybridé culture pop, sciences et littérature, et cette nouvelle formule produisait également des réactions intéressantes. […]
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Arnaud Benedetti : Élections municipales, à qui le tour ?
Quelles vont être les répercussions du meurtre de Quentin par les antifas ? Peut-on imaginer des barrages massifs contre les candidats LFI ?
À ce stade, il est difficile de l’évaluer, ne serait-ce que parce qu’il reste du temps avant la fin de la campagne et que d’autres éléments peuvent encore impacter cette dernière. Ce qui est certain, c’est que même si elles demeurent locales, ces élections seront fortement nationalisées en raison de leur proximité avec l’élection présidentielle de 2027. Ce que l’on peut d’ores et déjà noter, c’est que pour la première fois et ce de manière explicite, le curseur de la problématique de la diabolisation paraît s’être fortement déplacé sur la gauche de l’échiquier. La question se pose à la gauche réformiste mais aussi au centre : comment légitimer la fréquentabilité d’une formation politique, LFI, qui entretient des relations organiques avec des groupuscules ultra-violents étrangers à toute culture démocratique ? Le sondage réalisé après le drame lyonnais montre que 76 % des Français désavouent une alliance PS/LFI, y compris dans l’électorat PS où une majorité s’y déclare hostile et que 61 % sont prêts à faire barrage à LFI si une liste LFI est susceptible de l’emporter. À ce stade, l’opinion a tranché, même si ensuite des facteurs plus locaux peuvent moduler cette réponse globale. […]
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Éditorial culture de Romaric Sangars : Bernard et Gisèle
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