Lolita Pille est-elle devenue l’anti-Édouard Louis ? Presque
À l’automne dernier, dans Que faire de la littérature ?, Édouard Louis prônait une littérature militante, soi-disant « lyrique et révolutionnaire », c’est-à-dire kitsch et enrégimentée, revenue à tous les poncifs totalitaires du xxe siècle, indifférente au style, suspicieuse à l’égard de la fiction, platement victimaire, réaliste et frontale. En ce début d’année 26, voici que Lolita Pille sort son propre essai sur la question, avec Antigone reine, qu’on pourrait presque lire, sur de nombreux points, même si tel n’était pas son but, comme une réplique à Édouard Louis. On se réjouit en tout cas que de tels débats aient lieu à une époque où la littérature, privée d’écoles, de tradition ou d’avant-gardes, ne se caractérise plus, formellement, que par des sujets plus ou moins tendances. On se rassure aussi qu’une autrice prenne la plume pour en défendre les prérogatives propres au moment où l’exploitation idéologique de la littérature devient la solution la plus facile et la plus fallacieuse pour lui donner de la consistance et une aura marketing pseudo-sulfureuse. […]
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Finkielkraut passe à la question
Les mots sont l’outil avec lequel travaillent ces artisans de la pensée qu’on appelle les philosophes, pour appréhender le monde. Tâche difficile et périlleuse qui, quand elle est mal exécutée, ajoute du malheur au monde selon la maxime camusienne. Alain Finkielkraut semble habité par cette leçon. Plutôt qu’à l’élaboration de pompeux systèmes ou l’annonce de prophéties qui se révèleront fausses, sa geste philosophique, plus modeste, plus scrupuleuse, et par-là plus précieuse, consiste à rendre compte, avec le plus de précisions possibles, selon les infinies variétés offertes par cette langue française qu’il chérit tant et manie si bien, de la comédie humaine. Penser, il ne peut le faire sans s’appuyer sur la foule de textes et d’auteurs qu’il a rencontrés chemin faisant ; autant de compagnons de route qui lui permettent d’accéder au monde, et qu’il cite abondamment pour leur dire toute sa reconnaissance d’avoir si bien su formuler les choses. On le sait trop bien, cette manière de philosopher, Finkielkraut l’a mise au service de la culture, au sens le plus large du terme, pour la défendre avec une extrême délicatesse face à tous les assauts qui lui sont lancés. La langue au service de la langue. […]
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La France face au chaos mondial
Comment analysez-vous la situation du Groenland ? Est-ce une rupture d’alliance ?
Charles Gave : Le discours de J.D. Vance à Munich était parfaitement clair. Il a expliqué que dorénavant les États-Unis allaient s’occuper de la forteresse America, une forteresse qui irait de l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud. C’est la doctrine Monroe, que Donald Trump a rebaptisé Donroe. Et le Groenland est, à leurs yeux, stratégique puisque c’est de là que vous pouvez surveiller les bateaux qui sortiraient de la zone russe. C’est en quelque sorte le verrou qui bloquerait la flotte de l’Est.
Je me permets également une interprétation supplémentaire : c’est la volonté de Donald Trump de sortir de l’OTAN. Les pays européens ne le souhaitent pas et le Groenland offre la possibilité, par ce conflit, de casser l’OTAN. C’est comme un bonneteau : vous regardez à droite mais l’objectif se passe à gauche.
Philippe d’Iribarne : L’obsession américaine est depuis toujours la crainte de celui dont on dépend et qui a donc la possibilité de vous nuire. Si vous relisez Le Fédéraliste, la grande œuvre de philosophie politique américaine rédigée durant le débat pour la ratification de la Constitution fédérale des États-Unis en 1787, le sentiment d’un péril, qu’évoquent des termes tels qu’insecure, insecurity, danger, attack, y est omniprésent. Face à ce péril, la volonté de se défendre est affirmée sans trêve. Il est question de defense, self-defense, precautions, guarded against, resist, counteract, protect, armed, sentinel. Il s’agit d’atteindre une situation où l’on est en sécurité (preservation, safe, security, secure). Qu’est-ce donc qui est craint ? Le terme d’encroachment (dangerous encroachments, encroachments of the others) évoque bien ce dont il s’agit. C’est l’intrusion d’autrui dans ce qui vous concerne. La place centrale tenue par la référence à la propriété, et l’association intime, aux États-Unis, entre la notion de liberté et celle de propriété, sont associées au caractère prééminent de la protection contre cette menace. « Un homme, déclarait par exemple Madison lors de la Convention constitutionnelle de 1787, a la propriété de ses opinions et de leur libre communication, il a la propriété dans […] la sécurité et la liberté de sa personne. » En la matière, les États-Unis héritent de la tradition britannique pour laquelle ce qui permet d’être protégé, c’est d’être propriétaire, d’avoir édifié une barrière face à ceux qui vous menacent. Cette sacralisation de la propriété est si forte qu’elle a même conduit, au moment de la création de l’Union, à justifier le maintien de l’esclavage en affirmant que, comme l’esclave est la propriété de son maître, attaquer à l’esclavage conduit à s’attaquer à la propriété, donc à la liberté. Donald Trump est un héritier majeur de cette tradition. Il veut être propriétaire du Groenland pour assurer la sécurité des États-Unis. […]
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« Mitterrand confidentiel » ou l’ hagiographie confuse
Qu’on lui confie une série centrée sur le Mitterrand terminal, et il est à parier que la télévision publique ne fera pas jouer le fameux droit d’inventaire. Confirmation en est donnée avec Mitterrand confidentiel qui fait d’abord mine, très mollement, d’écorner la légende dorée. Dès l’entame du premier épisode, la jeunesse pétainiste du président est dévoilée par l’annonce de la publication d’Une Jeunesse française, le livre de Pierre Péan sur ses années vichystes. Viendront dans le second les révélations sur la famille cachée et les écoutes téléphoniques. Le vieux sage serait un vieux salaud ? La structure qui se met en place va évidemment infirmer cette hypothèse. Chaque scandale entraîne un flash-back et le récit progresse sur deux plans, les retours en arrière expliquant in fine le comportement supposément problématique de Mitterrand (l’attentat de l’Observatoire, monté par l’extrême droite, serait à l’origine du besoin obsessionnel de protéger sa famille par les écoutes). L’articulation homme public-homme privé ne se développe jamais, dans Mitterrand confidentiel, pour la raison que le politique est finalement réduit à de vagues signes, un arrière-plan confus, comme avec cette sortie pendant un discours à Vichy qui déplaît au jeune et courageux François, juste avant son entrée tardive en Résistance. Le double récit permet de recentrer rapidement l’intrigue sur ce qui intéresse Stéphane Pannetier : l’histoire somme toute basique d’un homme pris entre deux femmes (avec ici, une troisième en embuscade, la République, et qui ne rigole pas). Cet infra-vaudeville est traité avec un sérieux de bon aloi, et une farandole de clichés à l’avenant. […]
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« Dreams » : l’apothéose de Michel Franco
Les cinéastes contemporains mexicains se divisent grosso modo en trois catégories : ceux qui s’exfiltrent à Hollywood en adoptant les codes en vigueur (Guillermo del Toro et sa lente dérive Disney-wokiste) ; ceux qui, sans les adopter, parviennent à s’abonner aux films de prestige : Alfonso Cuarón et Alejandro González Iñárritu ; enfin, ceux qui préfèrent pratiquer encore le dolorisme cruel et natif à l’ombre des principaux festivals européens comme Carlos Reygadas et Amal Escalante. Hors de cette typologie, un curieux spécimen se distingue toutefois : Michel Franco, dont le dernier film, Dreams, illustre cet entre-deux, jusque dans sa localisation, entre États-Unis et Mexique. […]
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