Lionel Shriver et Pola Oloixarac : chez elle, pas de cancel
Les historiens du futur, lorsqu’ils considéreront les années 2010-2020, se demanderont comment l’Occident a pu sombrer dans l’hystérie collective connue sous le nom de wokisme. Hystérie collective, c’est le titre du nouveau roman de Lionel Shriver, traduction un peu appuyée de l’original : Mania. Shriver et le wokisme, comme on sait, c’est une grande histoire d’amour. En gros, cette courageuse franc-tireuse venue de la gauche libérale (au sens continental) est devenue l’incarnation du combat contre la cancel culture, le sensitivity reading et autres fadaises à la mode. Elle a écrit sur ces sujets délicats – notamment la question de l’islam – des tribunes et essais corrosifs qui ont fait hurler les progressistes, traduits l’an dernier dans Abominations. Sa carrière de romancière à succès (Il faut qu’on parle de Kevin, Big Brother, etc.) et sa carrière de journaliste se sont déroulées jusqu’ici séparément, avec quelques interférences (les passages satiriques de Quatre heures, vingt-deux minutes, dix-huit secondes sur l’inclusivité en entreprise). Cette fois, elle les mélange, Hystérie collective ne se cachant pas d’être un roman satirique, un prolongement fictionnel de ses tribunes. Le risque, c’est évidemment que la dimension romanesque en sorte appauvrie ; de fait, Shriver n’échappe pas complètement à l’écueil, à moins qu’elle en soit consciente et qu’elle assume, tout étant bon pour défourailler contre les imbécillités du wokisme. Le lecteur sait donc à quoi s’attendre : Hystérie collective est un roman à thèse, les personnages sont les supports d’une plaidoirie. Cette réserve faite, on peut se lancer. […]
Vous souhaitez lire la suite ?
Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !
Éleveurs en Ariège : les sentinelles
Ah il fallait les voir, ces petits chroniqueurs arrogants, avec leurs grosses têtes dodelinantes sur leurs corps d’adolescents tardifs, nous convaincre que ces salauds de la Coordination rurale (CR) étaient d’« extrême droite », ce lundi soir, sur Quotidien, l’émission préférée des happyness managers. « Alors, oui, on peut défendre les agriculteurs » susurre Julien Bellmer, dégaine de sociopathe Celio, avec une condescendance détestable. On peut les défendre, à la limite, mais en restant dans les clous : européiste, encarté à la FNSEA, productiviste. Et invisible : travaille et tais-toi. On ne veut pas voir le lisier et la crasse, on te laisse la boue mais on prend les steaks délicieusement persillés – ceux qui feront pousser des feulements de plaisir à ton influenceur food préféré. Quant à ces péquenauds qui ont traversé la France sous la neige, par cette froide semaine de janvier, et qui osent cracher sur les édiles du gouvernement, on ne leur accordera pas un regard. […]
Vous souhaitez lire la suite ?
Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !
De la rue à l’Assemblée : la Jeune garde, LFI et les liaisons dangereuses
« Luminiscence » : l’église saint-Eustache racontée et sublimée par un son et lumière fantastique
« Urchin » : sans toit ni talent
Premier long-métrage d’un jeune acteur remarqué dans Sans filtre, la Palme d’Or de Ruben Östlund, Urchin suit la dérive d’un jeune clochard dans l’Angleterre d’aujourd’hui. On sent Harris Dickinson écartelé entre un désir d’empathie à la Sean Baker et le regard clinique opiacé des frères Safdie (Uncut gems, obliquement cité dans une réplique). D’où les quelques scènes d’hallucinations, les seules un peu marquantes avec notamment la transition entre une bonde de lavabo et un outre-monde sous-marin donnant sur une grotte mystérieuse. […]
Vous souhaitez lire la suite ?
Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !
Notre séléction
Abonnez-vous à L'Incorrect
Société
Culture
Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter
Portraits
Idée
Art de vivre
L’Incorrect
Retrouvez le magazine de ce mois ci en format
numérique ou papier selon votre préférence.































