Grand reportage : Nuit couleur jazz
Vous vous souvenez ? C’était en plein pendant la crise sanitaire. Le printemps bâillait aux fenêtres de toutes ses spores et de toutes ses roses trémières, et les covidés embusqués dans leurs deux-pièces se massaient sur leurs balcons pour applaudir à tout rompre… Le préfet de la Haute-Marne, un certain Pierre Pouëssel déclarait : « La bamboche, maintenant, c’est terminé », suscitant sur la toile tous les ricanements et tous les détournements dans lesquels excellent les petites mains de Twitter. Mine de rien, avec sa grosse tête épatée de vendeur de police d’assurance et ses grosses mains manucurées, le préfet Machin a tout de même mis le doigt sur quelque chose : la fin du festivisme, ce festivisme cher à Philippe Muray, et dont l’atrabilaire chroniqueur des années Mitterrand aura longuement tracé le modus operandi. Festivisme qui aura culminé en 1989 avec la célébration mortuaire de la décapitation des Rois, transformé en défilés de grognasses pomponnées sous infusion de strass jeanpaulgoudiens, et qui se sera lentement étiolé, cerné par le rétrécissement de l’arène psychosociale en vidéodrome pour retardés légers… [...]
Diane de Bourguesdon… sort la sulfateuse
Peut-on avoir une particule et défendre la France des ronds-points ?
Sus à l’aristophobie ! Je m’élève contre cette scandaleuse assignation identitaire à mon patronyme ! Plus sérieusement, je pense qu’il est possible, encore heureux, de se préoccuper du sort de la France et de tous les Français, au-delà de son petit entre-soi confortable. A fortiori quand la France va mal et qu’une majorité de Français souffre. [...]
Sus à l’aristophobie ! Je m’élève contre cette scandaleuse assignation identitaire à mon patronyme ! Plus sérieusement, je pense qu’il est possible, encore heureux, de se préoccuper du sort de la France et de tous les Français, au-delà de son petit entre-soi confortable. A fortiori quand la France va mal et qu’une majorité de Français souffre. [...]
Maurice Dantec, une vie
« Un jour, il m’a dit cela : "La seule chose que je voulais, c’était écrire" », voilà l’unique témoignage que me donnera Sylvie, la veuve de Maurice Dantec, quand je l’interrogeais à son sujet. Le cœur-nucléaire du mystère qu’est tout homme, que fut éminemment cet écrivain fulgurant, pouvait se résumer ainsi. Un besoin viscéral de traverser la vie par l’écriture, de se traverser par l’écriture, de vivre cette vocation comme une expérience-limite. Comme nous étions loin, avec lui, au fil de ses pavés hallucinés et de ses diatribes flamboyantes, de l’auteur lisse qui a, depuis, colonisé Saint-Germain-des-Prés, qui passe dans les émissions littéraires avec un air poli et faiblard, ou alors indigné sur commande, constipé dans le consensus moral, venu refourguer sa pommade narcissique ou ses comprimés résilients. Dantec, lui, nous fit tourner au LSD. L’écriture fut pour lui un risque total, à frôler la folie, mais aussi à ouvrir des voies nouvelles, et la trajectoire que dessine dans le ciel des lettres françaises l’espèce de météore qu’il fut, montre sans doute un déclin tragique, mais, dix ans après son extinction, on mesure déjà à quel point son éclat fut insolite et intense ; à quel point le régime général, depuis, s’est globalement ralenti. [...]
« The Christophers » de Steven Soderbergh : lourd mais vide
Après l’atroce The Insider, l’Angleterre ne réussit décidément pas à Steven Soderbergh. Un ex-peintre génial et bisexuel, retiré des pinceaux et désormais vieillard misanthrope se voit refourguer une assistante par ses enfants rapaces ; c’est une faussaire qui doit terminer sous le sceau du secret une série de portraits inachevés, « The Christophers », d’après l’unique grand amour du Léonard londonien. [...]
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Mathieu Bock-Côté sans jamais oser le demander
Tout le monde connaît Mathieu Bock-Côté. Les politiques veulent le rencontrer, les médias veulent le recruter, les journalistes veulent l’interviewer. Entrez dans un bistrot avec lui : c’est suivre Madonna avec l’accent québécois. Les gens attablés chuchotent en le regardant, une grand-mère houspille son mari qui n’entend rien, les plus courageux lui adressent un pouce levé, les plus téméraires se lèvent pour le remercier, et les plus audacieux tentent le selfie. Compliqué. Car Mathieu Bock-Côté est grand. Très grand. Le voici obligé de se rapetisser comme Blaze dans La Folie des grandeurs. Ce n’est pas évident. Quand il franchit une porte, c’est une tornade. La Katrina du Labrador. Il ne marche pas : il bouffe le bitume, souvent en chantant, la tête haute, le regard droit devant, la vie en ligne de mire. Pourtant, Bock-Côté connaît le tragique de l’Histoire. Bien qu’intermittent de la foi, celui qui « préfère douter dans l’Église qu’en dehors » croit en revanche fermement au péché originel. Quiconque ambitionne d’instaurer le Paradis sur terre est un dictateur en puissance. Et puis il a tout lu. En anglais comme en français. Du plus obscur penseur américain du Wisconsin à Guénon, en passant par Foucault. C’est peut-être l’avantage d’être de Nouvelle-France. La vraie. D’ailleurs, il finira bien par dénoncer une appropriation culturelle de Mélenchon. La France coule dans ses veines. Il le doit à ses parents. Son père, Serge Côté, le professeur qu’on aurait tous aimé croiser, l’a élevé avec le vin et Chateaubriand. Et quand on a un grand-père qui s’appelle Charlemagne, on est marqué pour des siècles. [...]
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