« Kairos » : Boissoudy illumine la Galerie Guillaume
NÉO : l’éclat du côté sombre
Après l’orgueil, vous vous attaquez à la luxure, pourquoi cet ordre parmi les sept péchés capitaux ?
Quand j’ai décidé de faire cette série, j’avais déjà écrit le roman sur l’orgueil, j’ai eu ensuite l’idée de tirer le fil et d’élaborer tout un cycle. Ensuite, très franchement, j’avais le choix et j’avais déjà mes six autres histoires, mais j’avais envie d’écrire maintenant cette histoire de tableau fantastique. Les autres sont des histoires chacune très différentes mais il y a un lien entre les romans, un même personnage à la Calgiostro qui apparaît à chaque fois, avec les yeux vairons et les lettres « MH » pour initiales. C’est toujours lui qui déclenche le péché. Dans L’Île de l’orgueil (le premier roman du cycle, ndlr), il était le romancier qui renonce à écrire et il intervient dès lors pour donner du sens aux romans que j’écris et ainsi réaliser, en quelque sorte, des romans in vivo. C’est donc une espèce de double. Si le premier livre relevait du thriller psychologique à la Daphné du Maurier, là, je voulais élaborer quelque chose de moins construit, une suite de portraits développant quelque chose de vénéneux, de capiteux, de plus formaliste, fin-de-siècle. J’aime cette littérature de la fin du xixe siècle, morbide et complaisante… […]
Vous souhaitez lire la suite ?
Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !
« L’Islam contre la modernité » de Ferghane Azihari : bilan terminal
Dans sa pièce Nathan le Sage (1779), Lessing développe une parabole empruntée à Boccace : un riche Oriental avait un anneau d’une valeur inestimable, possédant la vertu de rendre son possesseur agréable à Dieu et aux hommes. Il avait promis de le léguer, avec son héritage, à son fils préféré. Mais ne sachant quel fils choisir, il commanda à un artisan deux copies de la bague absolument identiques à l’originale et en donna une à chacun. À sa mort, tous trois prétendirent posséder l’anneau authentique, mais aucun ne fut capable de le prouver – tout comme les trois religions abrahamiques se disputent l’héritage de la vraie foi. Les frères portèrent alors leur querelle devant un juge, qui trancha le différend : en vertu du pouvoir de la bague, l’homme le plus agréable à Dieu et aux autres serait reconnu comme l’héritier légitime. Et le juge d’ajouter : « La vraie bague s’est sans doute perdue. » En d’autres termes, aucune religion n’est en mesure de prouver son authenticité car son origine s’est perdue. Dès lors, la religion la plus authentique est celle qui apporte à l’humanité les plus grands bienfaits – selon l’adage biblique « On reconnaît l’arbre à ses fruits » (Matthieu, 7, 16). Pour le philosophe des Lumières, aucune religion ne détient la vérité, puisque la vérité n’excède pas le cercle de la rationalité humaine ; mais aucune, pourtant, ne cessera de prétendre à l’hégémonie. Pour mettre un terme aux conflits qui déchirent l’Europe depuis 250 ans, Lessing propose une solution : autoriser chaque religion à se croire héritière de la vérité, tout en mettant chacune au défi de prouver leur supériorité par ses effets sur les hommes et les sociétés. […]
Vous souhaitez lire la suite ?
Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !
Rétrospective Seijun Suzuki : le maître des formes
À la fin des années 60, les grands studios japonais se tournent unanimement vers le cinéma d’exploitation pour concurrencer la télévision et notamment vers le « pinku », c’est-à-dire le cinéma érotique. Étrangement, c’est dans ce genre très codifié que s’émancipèrent plusieurs futurs maîtres, à commencer par Seijun Suzuki qui s’en servit pour expérimenter et parfaire sa vision très personnelle du cadre. La Marque du Tueur, chef-d’œuvre qu’on résume un peu trop vite à son influence capitale (Jarmusch, Tarantino) résume à lui seul toute l’ambition technique démesurée du réalisateur, qui parvient à bâtir une sorte de film abstrait monumental et lyrique à partir d’un scénario qui tient littéralement sur deux lignes. […]
Vous souhaitez lire la suite ?
Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !
Marguerite Stern, Marion Maréchal et Alexandre Devecchio : destins français
« Que monsieur saint Denis garde le roi de France ! » C’est ce que Victor Hugo faisait dire au jeune Aymerillot dans La Légende des Siècles. Pour le poète illustre, la basilique Saint-Denis est le contrepoint funéraire de Notre-Dame de Paris : entre ces deux flammes éternelles de l’âme chrétienne qui se font face de part et d’autre du Mont des Martyrs, c’est toute l’histoire de France qui est résumée. D’un côté le lieu du peuple vivant, de l’autre la nécropole royale, symbole d’un pouvoir intemporel.
La basilique, telle qu’elle s’est construite, telle qu’elle a survécu aux tempêtes révolutionnaires et telle qu’on peut la concevoir maintenant – soit comme une citadelle assiégée, soit comme le vaisseau insubmersible de l’identité nationale – sera le lieu d’une rencontre entre trois destins français qui ont, chacun à leur manière, bravé l’adversité pour mieux sculpter leur idée du pays. Marion Maréchal, issue d’une dynastie politique qui a marqué durablement l’histoire de la Ve République ; Marguerite Stern, ancienne activiste féministe qui a payé cher le prix de son spectaculaire changement de cap intellectuel ; et Alexandre Devecchio, symbole d’une réussite journalistique à laquelle ne le destinait probablement pas son lignage social.
Trois Français issus des années 90, trois fortes têtes qui ont porté leurs idées jusqu’au bout et parfois encaissé les échecs sans broncher. Trois personnalités qui échappent à toutes les caricatures des esprits chagrins et donc trois destins hautement politiques, si l’on comprend le politique comme le nécessaire arraisonnement de l’individu par le collectif – et non comme une série d’ajustements boutiquiers débattus sans fin. Trois personnages publics qui ont sorti un livre simultanément, comme si le moment était venu, en effet, de rentrer dans le lard des clichés. Et d’expliquer les raisons profondes de leur engagement. Pas évident, dans un monde tik-toké où le doom scrolling a remplacé la lecture, et où de grotesques influenceurs ont remplacé les éditorialistes politiques. C’est pourquoi nous avons décidé de les réunir. Pour les faire parler entre eux, sur le mode de la conversation. Pour laisser advenir quelque chose, aussi, que leurs livres ne disent pas forcément – ou se contentent de suggérer. […]
Vous souhaitez lire la suite ?
Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !
Abonnez-vous à L'Incorrect
Société
Culture
Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter
Portraits
Idée
Art de vivre
L’Incorrect
Retrouvez le magazine de ce mois ci en format
numérique ou papier selon votre préférence.
































