Thierry Clermont : écrivain-voyeur
Vous considérez-vous comme un écrivain-voyageur ?
Le terme est devenu fourre-tout, on y côtoie le meilleur comme le pire. Pour une simple raison : voyager et écrire sur le voyage accompli ne suffisent pas. Et je ne parle pas seulement des écrivains qui se mettent un peu trop en avant et qui bouchent le paysage. L’expression ayant été galvaudée, je me dirais plutôt « écrivain-voyeur », ou plutôt : « écrivain-regardeur ». […]
Vous souhaitez lire la suite ?
Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !
Benoît Dumoulin : repenser la laïcité pour nous sauver
Effectivement, rarement un tel concept n’a suscité autant d’affirmations contradictoires, la laïcité ayant une valeur constitutionnelle depuis 1946 mais n’étant pas définie par le droit français. Sur le plan philosophique, il y a deux conceptions de la laïcité : l’une par distinction, l’autre par soustraction. La première postule que l’ordre spirituel doit être distinct du temporel et assumé par des institutions qui n’en procèdent pas, car sa finalité est différente de la puissance étatique – il vise le salut des âmes là où l’État doit promouvoir le bien commun de la société – et ses moyens sont d’une autre nature que celle-ci – il agit par la persuasion là où l’État opère par la contrainte des corps. Il en résulte que la société doit reposer sur deux ordres, le temporel et le spirituel, qui s’équilibrent mutuellement. On ne se rend pas compte de la portée révolutionnaire d’une telle distinction : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le temporel ne peut plus prétendre exercer un magistère religieux sur les consciences. C’est la limite la plus forte apportée au principe d’auto-croissance infinie que porte en lui l’État quand il ne rencontre aucun contre-pouvoir.
À côté de cette laïcité par distinction, est apparue, beaucoup plus tard, une laïcité par soustraction : celle-ci vise à soustraire le religieux d’un espace afin qu’il reste l’apanage de tous et ne puisse devenir le lieu d’antagonismes religieux. C’est ainsi que la laïcité par soustraction a d’abord concerné l’État et ses agents à qui on a demandé de se dépouiller de tout symbole d’appartenance religieuse pour pouvoir représenter tous les citoyens dans une société pluraliste. Mais depuis quelques décennies, ce principe de soustraction tend dangereusement à glisser de l’État vers la société tout entière, comme en témoignent les diverses propositions pour interdire les signes religieux dans l’espace public. [...]
Simon Liberati : écrivain culte
Connu au-delà du cercle de ses lecteurs pour des anecdotes extra-littéraires, ses livres ont toujours eu un succès d’estime. Admiré par certains de ses pairs, il est, comme le disait Valery Larbaud, un écrivain pour écrivains ; ou, pour reprendre l’épigraphe de Stendhal, un auteur pour « happy few ». On peut le regretter, ou s’en targuer. Pour ces quelques-uns dont je suis, Anthologie des apparitions, 113 études de littérature romantique, Eva ou Stanislas, entre autres, sont des œuvres dont nous nous souviendrons toujours. Malgré cela, et sans doute à cause de querelles s’étant terminées devant la justice – où il tenait le rôle de victime pour avoir reçu des coups de couteau de la main d’Eva Ionesco – son aura s’est obscurcie. Pourtant, ces affaires n’ont jamais freiné ni sa production ni sa qualité littéraire. Bien au contraire. […]
Vous souhaitez lire la suite ?
Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !
Plus douce sera la chute : plongée dans les catacombes
« Les catacombes parisiennes, c’est un truc de touristes », me dit Jules. J’ai pourtant du mal à cacher ma déception lorsqu’il m’annonce que notre petite excursion ne se fera pas, stricto sensu, sous les rues parisiennes, mais un peu plus loin, en banlieue. Jules me balance ça sans morgue ni mépris, juste avec la conscience éclairée de ceux qui savent.
Silhouette gracile mais noueuse, petite moustache de dandy, on a du mal à lui donner un âge ou une profession. D’ailleurs, il est peut-être encore étudiant. Pas évident de se faire une idée. Sur tous les points Jules reste discret, à quelques jours du rendez-vous. Les cataphiles aiment entretenir l’idée d’une vie parallèle. Ce qui se passe sous terre ne relève pas du monde réel, des grossièretés de la surface, des patauderies de l’état civil. Ici, personne ne donne son vrai nom. Parler de son travail, de sa vie à la surface, c’est presque de l’impolitesse. Il y a ce contrat tacite dans les catacombes : oubliez qui vous êtes. Laissez à l’entrée les oripeaux de votre ego clinquant. Dans les catacombes, il y a cette idée qu’on n’est pas totalement soi. Ou alors qu’on peut enfin l’être, justement, en dépit de ses fonctions officielles et la rustrerie administrative. […]
Vous souhaitez lire la suite ?
Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !
Abdel Raouf Dafri : le franc-tireur
Comment avez-vous procédé pour éviter l’écueil d’un simple remake mais aboutir à une réelle réinterprétation ?
Comme toujours, lorsque je travaille sur une fiction française, je regarde mon pays et l’état dans lequel il se trouve. Comment les différentes plaques tectoniques ont reconstruit le paysage des humeurs et des problématiques sociétales. En clair, je tente de lire et comprendre l’inconscient collectif de mes compatriotes et de mon pays. Et comme Malik est un personnage qui navigue dans un milieu carcéral et criminel, je me dois de savoir qui gouverne le crime aujourd’hui, en France. Pendant longtemps, ce sont les Corses qui ont régné, à travers les filières de la French Connection ou les cercles de jeux à Paris. C’est pourquoi, le caïd était Corse dans le film et l’esclave, un Arabe. Aujourd’hui, les Corses ne sont plus tellement des patrons. Ils ont été chassés de Marseille par les Arabes qui, désormais, tiennent la ville. Tant au niveau de la rue que dans le monde des affaires, celui des délinquants à col blanc. Du coup, il devenait pertinent d’installer un homme d’affaires arabe dont l’esclave serait un jeune homme noir. Mais un jeune homme noir issu d’un département français. En l’occurrence, Mayotte ! Et là, ce n’est plus le racisme que l’on pointe (comme dans le film), mais la sujétion d’un individu miséreux face à un tout-puissant. Bien-sûr le racisme de certains Arabes à l’encontre des noirs entre en ligne de compte, mais il n’est pas le principal moteur de la série sur le plan de la soumission. […]
Vous souhaitez lire la suite ?
Débloquez tous les articles de l’Incorrect immédiatement !
Abonnez-vous à L'Incorrect
Société
Culture
Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter
Portraits
Idée
Art de vivre
L’Incorrect
Retrouvez le magazine de ce mois ci en format
numérique ou papier selon votre préférence.

































