Rétrospective Seijun Suzuki : le maître des formes
À la fin des années 60, les grands studios japonais se tournent unanimement vers le cinéma d’exploitation pour concurrencer la télévision et notamment vers le « pinku », c’est-à-dire le cinéma érotique. Étrangement, c’est dans ce genre très codifié que s’émancipèrent plusieurs futurs maîtres, à commencer par Seijun Suzuki qui s’en servit pour expérimenter et parfaire sa vision très personnelle du cadre. La Marque du Tueur, chef-d’œuvre qu’on résume un peu trop vite à son influence capitale (Jarmusch, Tarantino) résume à lui seul toute l’ambition technique démesurée du réalisateur, qui parvient à bâtir une sorte de film abstrait monumental et lyrique à partir d’un scénario qui tient littéralement sur deux lignes. […]
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Marguerite Stern, Marion Maréchal et Alexandre Devecchio : destins français
« Que monsieur saint Denis garde le roi de France ! » C’est ce que Victor Hugo faisait dire au jeune Aymerillot dans La Légende des Siècles. Pour le poète illustre, la basilique Saint-Denis est le contrepoint funéraire de Notre-Dame de Paris : entre ces deux flammes éternelles de l’âme chrétienne qui se font face de part et d’autre du Mont des Martyrs, c’est toute l’histoire de France qui est résumée. D’un côté le lieu du peuple vivant, de l’autre la nécropole royale, symbole d’un pouvoir intemporel.
La basilique, telle qu’elle s’est construite, telle qu’elle a survécu aux tempêtes révolutionnaires et telle qu’on peut la concevoir maintenant – soit comme une citadelle assiégée, soit comme le vaisseau insubmersible de l’identité nationale – sera le lieu d’une rencontre entre trois destins français qui ont, chacun à leur manière, bravé l’adversité pour mieux sculpter leur idée du pays. Marion Maréchal, issue d’une dynastie politique qui a marqué durablement l’histoire de la Ve République ; Marguerite Stern, ancienne activiste féministe qui a payé cher le prix de son spectaculaire changement de cap intellectuel ; et Alexandre Devecchio, symbole d’une réussite journalistique à laquelle ne le destinait probablement pas son lignage social.
Trois Français issus des années 90, trois fortes têtes qui ont porté leurs idées jusqu’au bout et parfois encaissé les échecs sans broncher. Trois personnalités qui échappent à toutes les caricatures des esprits chagrins et donc trois destins hautement politiques, si l’on comprend le politique comme le nécessaire arraisonnement de l’individu par le collectif – et non comme une série d’ajustements boutiquiers débattus sans fin. Trois personnages publics qui ont sorti un livre simultanément, comme si le moment était venu, en effet, de rentrer dans le lard des clichés. Et d’expliquer les raisons profondes de leur engagement. Pas évident, dans un monde tik-toké où le doom scrolling a remplacé la lecture, et où de grotesques influenceurs ont remplacé les éditorialistes politiques. C’est pourquoi nous avons décidé de les réunir. Pour les faire parler entre eux, sur le mode de la conversation. Pour laisser advenir quelque chose, aussi, que leurs livres ne disent pas forcément – ou se contentent de suggérer. […]
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Renaud Camus : l’aristocrate et la meute
Juin 2023. Camus et moi travaillons dans la bibliothèque ; un bureau devant nous, vingt mètres de livres à droite et à gauche, de grandes baies ouvertes sur les champs ondoyants du Gers, aux quatre points cardinaux. La gouvernante nous annonce la venue de deux journalistes du Monde. L’un des deux attire mon regard, il me semble le reconnaître du fond de ma mémoire. Oui, « Gaspard Dhellemmes », je remets ce brun à cheveux ras et regard trop ouvert (pour ce dernier détail, nous sommes de la même race) : je viens de reconnaître mon ancien camarade d’hypokhâgne. Il vient de Paris apporter au pouvoir le scalp d’un opposant politique ; je suis venu à Plieux pour défendre un écrivain. Nous avons donc traversé les mêmes passages du Phédon, écouté les mêmes cours sur le Voyage au bout de la nuit, ri, peut-être, aux mêmes anecdotes historiques, pour nous retrouver dix ans plus tard parfaitement affrontés. […]
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Bruno Marsan : uppercut littéraire
Quel est le point commun entre Sylvester Stallone et Richard, petit gars né dans la dèche au Pays basque et élevé par une grand-mère sauvage ? Des origines obscures, misérables et lointainement bretonnes, certes, mais voilà qui semble ténu au lecteur découvrant à l’abord du roman ces deux biographies parallèles. Mais les récits vont peu à peu se télescoper : l’acteur américain fasciné par un combat de boxe mythique invente Rocky et sa revanche sur une vie de chien ; Richard, fasciné par les films de Stallone et sa destinée, s’en invente une grâce à l’éthique implacable qu’il en extrait. Roman initiatique, mais aussi roman de chevalerie moderne en ses débuts, Underdog montrant la puissance du levier identificatoire. En effet, si Perceval est projeté vers son destin après avoir été ébloui par l’apparition de chevaliers, Richard l’est par celle de Stallone, et Stallone par celle de Wepner, comme s’il fallait redoubler l’effet dans une époque aveugle à ces logiques. […]
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Michel Houellebecq & Frédéric Lo : la douceur d’en finir
En 2000, Michel Houellebecq tout juste auréolé du succès fulgurant et international des Particules élémentaires, collaborait avec le merveilleux Bertrand Burgalat pour mettre ses poèmes en musique et s’offrait même une tournée des plages françaises. Un an avant l’attentat des Tours jumelles, l’écrivain ironisait cruellement sur la destinée de l’homme occidental offrant encore son corps au soleil de l’utopie consumériste. La musique de Burgalat, rétro, psyché, parfois entraînante, conférait à l’ensemble un arrière-plan scintillant et dérisoire, comme une boule à facettes sous un ciel sans dieu. L’entreprise, pour surprenante qu’elle paraissait, s’avérait un projet convaincant et non pas le simple caprice décalé d’une diva des lettres. D’abord Houellebecq, avant de publier quoi que ce soit, avait débuté son œuvre en déclamant ses poèmes en public. Ensuite, il avait toujours hybridé culture pop, sciences et littérature, et cette nouvelle formule produisait également des réactions intéressantes. […]
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