Ça commence comme un conte de Noël. Lila a trois ans et elle est veillée par sa grand-mère dans un grand appartement parisien. Il est tard, la grand-mère distingue une curieuse lumière qui passe sous la porte de sa chambre. Inquiète, elle se rue à l’intérieur. D’intrus il n’y a point, mais l’enfant a les yeux grands ouverts et elle fixe le plafond intensément. « J’ai vu Dieu », dira-t-elle, et sa grand-mère ne pourra faire autrement que la croire, tant il y a dans les pupilles de la fillette cette imprégnation singulière qui relève d’une rencontre en Haut Lieu. « Il ressemblait à une silhouette sans visage. En tout cas sans bouche et sans yeux. C’était un être de pure lumière. Je me souviens très précisément de cette sensation de plénitude, et d’un vertige incroyable, qui vous happe toutes les fibres de l’être. » Alors : ange gardien ? Rencontre divine ? Abduction à la Spielberg ?
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Pour Lila Salet, qui n’a jamais cessé de croire, il est évident que sa vie tout entière a été remise entre les mains de Dieu. D’ailleurs, l’ex-actrice a toujours eu le sentiment d’avoir été protégée, même au cœur des plus profondes tourmentes. Fille de Fabrice Aboulker, qui a composé les plus gros tubes de Marc Lavoine, elle passe son enfance entre Neuilly et le 16e arrondissement, et c’est presque naturellement qu’elle intègre à 7 ans le casting de Demi-Tarif, film autobiographique d’une autre nepo-baby : Isild Le Besco, dans lequel l’actrice met en scène des gosses abandonnés par leur mère dans un appartement miteux de Belleville. Pas évident pour la petite Lila de faire la différence entre fiction et réalité lorsqu’on est propulsé sur ce tournage aux allures de barnum expiatoire : « Il n’y avait pas de scénario et l’équipe de tournage était réduite à sa plus simple expression. Il y a peut-être une ou deux scènes écrites, mais 95 % du film, ce sont véritablement des enfants livrés à l’abandon. On nous a lâchés dans cet appartement qui sentait le pipi de chaton et on nous a demandé de faire comme s’il n’y avait pas de caméra. Il y a une pureté dans ce film qui est assez particulière, mais qui peut aussi être choquante… » Un film-manifeste qui propulse la petite Lila sur les voies du cinéma, sans qu’elle ait vraiment le temps de se demander si ce milieu est bien fait pour elle.
Elle obtient un rôle pour Ceci est mon corps – un autre titre programmatique – et très vite, connaît les affres de ces enfants-acteurs plongés trop tôt dans le bain des mondanités, avec tout ce qu’elles recèlent de plus toxique : drogue, soirées sans fin, aubes malades sur lesquelles on jette le voile impudique d’un éternel recommencement. Pour autant, en authentique catholique, Lila ne regrette rien, et reconnaît que le cinéma a agi comme un véritable détonateur dans son existence. Non sans laisser des traces indélébiles. « La vraie question, c’est comment on s’en sort. De cette hypersexualisation qu’on vous impose, de ce devenir-marchandise. Un matin, je me suis regardée dans la glace, et j’y ai vu un visage dont on avait ôté toute lumière. » Le début d’une longue voie de souffrance, qui commence par des renoncements, et pas des moindres, puisque Lila décide d’arrêter coup sur coup sa carrière d’actrice et de chanteuse, toutes les deux en plein essor. Pas suffisant cependant pour éteindre les névroses qui lui crèvent encore la panse et l’esprit, d’autant que sa vie amoureuse est parsemée de mauvaises rencontres – comme celle avec le petit chef Jean Imbert, qui la séquestrera pendant un funeste week-end à Florence. Des faits depuis médiatisés, mais sur lesquels Lila n’a pas envie de s’étendre. Aujourd’hui, elle s’investit à 100 % dans son entreprise : L’Immobilière Catholique. Un métier qu’elle a appris sur le tas et qu’elle voit comme une véritable science de l’humain. Ce qui ne l’empêche pas, pendant ses heures libres, de mettre le point final à son grand projet : un roman sur les errances de la jeunesse dorée… Nul doute que le monde de la nuit prendra au passage quelques salutaires balles perdues.




