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Quand Johann Chapoutot validait Renaud Camus

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Publié le

4 mars 2026

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Il y a deux ans, Johann Chapoutot, l’historien préféré de LFI, validait les théories de Renaud Camus lors d’un entretien pour la chaîne Elucid. Une preuve supplémentaire de la mauvaise foi généralisée dans le débat public et de la prise en otage de celui-ci par l’extrême gauche.
© DR

Johann Chapoutot, après Patrick Boucheron, est devenu l’un des plus célèbres intellectuels médiatiques militants à l’extrême gauche. Il fait partie des signataires d’une tribune publiée le 20 février dernier par L’Humanité, organe historique du Parti communiste, afin de réaffirmer la nécessité d’être « antifasciste » à l’heure où le « fascisme » a fini par désigner tout ce qui n’est pas d’extrême gauche, sauf l’islamisme ; et où ce soi-disant « antifascisme » tue. En matière de recherches, l’universitaire a moins fait avancer l’histoire si étayée du nazisme que la nazification tous azimuts de l’adversaire présent. Le nazisme ayant synthétisé et perverti à peu près toutes les idées à la mode dans les années 30, de l’écologie au techno-futurisme, de l’utopie sociale au délire hyperboréen, du collectivisme au surhomme, du management à la bureaucratie, il suffit de choisir ce qui vous déplait dans le temps présent pour le renvoyer à son occurrence hitlérienne, que vous trouverez toujours, et vous pourrez diaboliser aisément les trois quarts du réel. Voilà le métier exercé par Chapoutot, financé par l’argent public.

Quand le gourou rouge cite Nietzsche…

On l’aura forcément repéré ces derniers temps, tant il frappe les esprits par sa suffisance de marquis floué et son IMC de patron du CAC 40. L’universitaire s’est notamment fait remarquer le mois dernier par des sorties d’un sectarisme digne des heures les plus rouges de notre Histoire, comme lorsqu’il citait le philosophe Alain pour amalgamer les électeurs de droite à des débiles habitués du PMU, soumis à des « logiques d’avachissement » et au « bon sens du comptoir », sans que ce mépris de classe ahurissant ne fasse trop sourciller son camp, ni que ces réductions grossières, justement dignes de propos alcoolisés tenus à 3h du matin, n’entament, semble-t-il, sa légitimité intellectuelle. Mais Chapoutot n’est pas toujours aussi primaire, et même, plus étonnant, on a retrouvé une intervention datant de presque deux ans où, dans un long entretien donné à la chaîne Internet Elucid, l’historien évoque un philosophe pourtant tout ce qu’il y a de moins à gauche : Friedrich Nietzsche.

Lire aussi : Affaire Camus : Parole à la défense

…qu’il dénonce le nihilisme…

Durant cette intervention, Johann Chapoutot se livre à une interprétation du nihilisme tel que prophétisé par le philosophe allemand tout à fait pertinente. Le nihilisme, « c’est la négation de toute valeur, sauf celle de l’argent », exposait donc l’universitaire en remuant l’index. L’argent, « équivalent universel » et « négation de toute valeur » puisque cet équivalent fait « équivaloir un stylo, une voiture, un être humain, un foie… » Et au-delà, cette grande équivalence globale, c’est « ce que Nietzsche appelle la production du désert » car le désert croît en raison de « la logique des moyens sans fins, de la production de la jouissance décorrélée de toute réflexion sur le caractère vivable ou humain de la vie. » Il poursuit en déduisant de ces prémisses que « vous allez utiliser autrui parce qu’autrui est votre instrument et non pas votre pair. Vous allez considérer l’autre comme une ressource dans laquelle vous allez puiser jusqu’à épuisement et jusqu’à dévaster le monde. C’est le monde dans lequel on vit », conclut même Chapoutot.

… et qu’il fait du Renaud Camus

Seul problème, cette brillante exégèse de Nietzsche coïncide exactement avec la théorie camusienne du « remplacisme global ». Remontant au taylorisme-fordisme et au nazisme, Renaud Camus retrace en effet une progression du nihilisme passant par l’équivaloir global, la production d’une jouissance décorrélée de toute réflexion sur le caractère vivable ou humain de la vie dès lors dévastée par la « nocence » et l’anomie. Autrui est peu à peu assimilé à une simple ressource, consommateur ou producteur interchangeable, remplaçable, devenant une MHI, une « matière humaine indifférenciée » destinée au désert post-national et post-civilisationnel, jusqu’à dévaster le monde. Pour que ce « remplacisme » soit effectif, il faut aussi rendre interchangeables les populations entre elles et le manifester par cette démonstration implacable : le Grand Remplacement en cours. En somme, toute la démonstration de Chapoutot, c’est Camus moins la preuve la plus évidente de sa théorie, ce phénomène de substitution de populations, qui n’est pas, en revanche, une théorie, mais un fait, un fait qu’on peut tout à fait contester, même s’il est aujourd’hui reconnu de Trump à Mélenchon.

Ceux par qui le désert croît

Chapoutot valide donc l’essentiel des théories camusiennes dans leur version nietzschéenne. Pourquoi, alors, faire ensuite comme si Camus était une ordure paranoïaque ? Il pourrait certes nuancer, préciser qu’il valide totalement l’idée d’un « remplacisme global », qu’il croit que cette idée est applicable à l’humain en général, en particulier, mais absolument pas aux populations indigènes ou migrantes. On rendrait équivalents, neutralisés, exploitables, les individus comme les masses et l’humanité entière mais pas les Français ou les Allemands en tant que tels. Ce serait une nuance étrange, pas très cohérente, mais ce ne serait pas la première fois qu’un intellectuel progressiste aurait ses angles morts, et cela resterait une attitude intellectuelle néanmoins plus loyale et honnête que cette schizophrénie sans frein poussant Chapoutot à faire du Camus en citant Nietzsche tout en déniant toute forme d’intelligence à l’homme de droite, avant de lui dénier, demain, le droit à la vie, puis le droit au respect de son cadavre. Étonnant aussi que les auteurs de L’Homme par qui la peste arriva (Flammarion), maladroit pamphlet anti-Renaud Camus, Gaspard Dhellemmes et Olivier Faye, n’aient même pas remarqué ce genre de coïncidences. Aveuglés par leur chasse à l’homme, à l’ennemi fascisé, ces intellectuels médiatiques ne lisent plus ceux qu’ils attaquent, ne comprennent même pas ce qu’ils affirment et s’échinent eux aussi à faire croître le désert après avoir dévasté l’espace du débat public.

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