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2015-2025 : l’après-Charlie s’appelle Samuel Paty

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Publié le

10 janvier 2025

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Nous commémorons les dix ans des attentats contre Charlie Hebdo avec un verdict attendu?: celui des instigateurs de haine qui ont causé indirectement la mort de Samuel Paty. Rendu fin décembre, le verdict a été scruté de près, tant il cristallise les inquiétudes d’un pays qui a de plus en plus de mal à défendre ses valeurs, face à un entrisme islamiste aux visages multiples.
© PartiSocialiste - Mathieu DelmestreFlickr

Le verdict est tombé, allant contre l’avis de réquisitions jugées trop légères : ainsi des peines de seize ans de réclusion ont été prononcées à l’encontre de deux amis du tueur, Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, condamnés pour complicité d’assassinat terroriste pour avoir aidé Abdoullakh Anzorov, l’assassin de Samuel Paty, à se procurer des armes. Mais ce sont surtout Brahim Chnina, le père de la collégienne qui a déclenché la polémique, et l’influenceur islamiste Abdelhakim Sefrioui qui ont vu leur peine alourdie par rapport aux réquisitions. Une manière pour la Cour de démontrer que désormais, à l’heure des réseaux sociaux, l’islamisme radical fonctionne comme une vaste ruche, composée d’innombrables agents dormants et de cellules « passives » mais tout aussi responsables dans l’enchaînement causal des faits qui ont mené à la tragédie.

Lire aussi : Histoire d’un paradoxe : ce que Charlie Hebdo est

En effet, l’un des enjeux cruciaux du procès contenait en creux l’affaire Charlie Hebdo, en interrogeant le principe même de la liberté d’expression. Car c’est bien au nom de la liberté d’expression, entrevue comme un droit fondamental de la République, que Samuel Paty a montré les fameuses caricatures qui lui ont coûté la vie, au terme d’une campagne de haine orchestrée par ses élèves et leurs parents, et donné lieu à la fin tragique que l’on sait. Il s’agissait ici de juger non un criminel, mais bien un « engrenage » tout entier, qui s’est cristallisé autour du radicalisme islamique, des réseaux sociaux et du communautarisme galopant qui sévit dans les établissements scolaires… Le verdict a permis d’établir que dorénavant, un discours « militant » pouvait bel et bien être assimilé à une « infraction terroriste »… au prix de créer une jurisprudence qui pourrait, assez ironiquement, donner un coup à la liberté d’expression elle-même, en étendant le champ de la répression au « simple » discours.

10 ans dattentats en série

Pourtant, depuis les attentats de Charlie, la France s’est dotée d’un arsenal juridique et législatif censé combattre le radicalisme au corps : une loi sur le renseignement élargie a été votée dès juillet 2015, assortie d’une loi contre le crime organisé décidée en juin 2016, après que les attentats du Bataclan aient une nouvelle fois ébranlé le pays. Si la Macronie s’est emparée du sujet, elle l’a fait davantage pour ses volets sécuritaires que pour définir un nouveau champ de la laïcité. Il faut dire qu’outre la tuerie du 13 novembre 2015, tout une série d’attentats entérinent une nouvelle tendance du djihadisme qui s’apparente à du « micro-terrorisme », phénomène d’autant plus effrayant qu’il peut éclore à peu près n’importe où (notamment dans des zones rurales qu’on croyait jusque-là épargnées par le salafisme) et qu’il n’est plus diligenté expressément par un groupe ou un imam. Ainsi en avril 2015, Sid Ahmed Ghlam tue Aurélie Châtelain à Villejuif, en marge d’un projet d’attentat avorté. Le 26 juin, Yassin Salhi tue et décapite son patron, avant d’essayer de faire exploser une usine de production de gaz industriels et médicaux de Saint-Quentin-Fallavier, en Isère. Le 13 juillet, quatre jeunes projettent une attaque contre le camp militaire du fort Béar, à Port-Vendres, et sont soupçonnés de vouloir filmer la décapitation d’un officier. Un autre attentat dans un train Thalys, le 21 août, a été miraculeusement contré grâce à l’intervention de voyageurs. Autant d’attentats déjoués ou avortés que l’opinion publique semble oublier bien vite, un crime chassant l’autre. Sur le Net, et notamment sur des messageries cryptées comme Telegram, les influenceurs d’obédience musulmane ont par ailleurs tissé leur toile, en manipulant adroitement un radicalisme « d’atmosphère ». S’ils n’appellent pas au djihad, ils font comprendre à leurs abonnés que l’Occident est en fin de course, dégénéré moralement, et ferait bien d’embrasser les valeurs de l’islam pour se racheter une conduite. Une « moraline » islamiste qui rejoint, par un curieux effet de bord, les préoccupations d’une certaine complosphère viriliste, obsédée par l’idée d’une rupture civilisationnelle définitive.

Pas sûr que l’actuelle déshérence politique et institutionnelle puisse contribuer à renforcer durablement les moyens de la lutte contre le radicalisme…

C’était dans ce contexte que le gouvernement lance le site Stop Djihadisme, afin de prévenir la radicalisation, puis en 2019, sous la houlette d’Édouard Philippe, le Plan national de prévention de la radicalisation (PNPR) qui promeut une approche transverse – au carrefour de plusieurs ministères. Malheureusement, le plan ne sera jamais vraiment appliqué et la Cour des comptes épinglera même des dysfonctionnements majeurs dans son financement et dans son fonctionnement. En 2019, le rattachement de la Miviludes au ministère de l’Intérieur, censé créer un pôle plus puissant, suscite au contraire une crise politique durable qui fragilise le renseignement français tout entier. Pas sûr que l’actuelle déshérence politique et institutionnelle puisse contribuer à renforcer durablement les moyens de la lutte contre le radicalisme…

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