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Nous autres, agriculture et élevage, savons désormais que nous sommes mortels

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Publié le

13 novembre 2019

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Ces dernières semaines ont vu se multiplier des manifestations de colère de la part d’agriculteurs, des blocages de voies de circulation aux « feux de la colère ». La Chronique des crottés a tenté de prendre de la hauteur en interrogeant Samuel Boucher, agriculteur dans le Loiret et co-fondateur d’un cabinet de conseil agricole indépendant. Avec Samuel, quelques mots lancés à la volée suffisent à alimenter d’abondants propos. Nous avons donc choisi de reproduire son discours verbatim.

 

 

 

 

Agriculture propre : « Je vous le dis d’emblée, le glyphosate est par exemple le produit le moins nocif de mon local phyto ! Les produits éventuels qui pourraient le remplacer ne le font que de manière partielle, sont beaucoup moins favorables dans leurs profils toxicologiques et ont un coût dix fois supérieur. Alors que les agriculteurs auraient besoin d’être formés, conseillés au bon usage de ces produits, on leur a construit une règlementation qui n’est qu’un empilage inapplicable. Inutile d’ajouter à cela des arrêtés municipaux sur des limites restrictives autour des habitations : la règlementation les prévoit déjà en partie ! Et, pour rappel, 27 % des produits phytosanitaires homologués le sont pour l’agriculture biologique. Je comprends les peurs des habitants des zones pavillonnaires en bordure de champs avec toute la désinformation et le spectacle dont certains médias font écho. Il y a pourtant des techniques qui permettent de maîtriser l’usage des produits phytosanitaires et qui sont développées depuis plus de 30 ans. Il faudrait, pour les étendre au plus grand nombre, que les intérêts commerciaux ne dominent plus le débat ».

 

 

Colère : « Depuis les débuts de la PAC, les agriculteurs européens ont perdu leur place à l’internationale en passant de la troisième à la cinquième. Pour la France, premier producteur agricole d’Europe, ce n’est pas sans conséquences : notre balance commerciale en denrées agricoles est maintenant négative. Ensuite, les prix des cours mondiaux ne sont pas en adéquation avec ce que nous demandent la société et les filières en matière d’environnement et de sécurité alimentaire. Et voilà que nous subissons les agressions injustifiées de ceux que nous nourrissons. Notre colère est plus que légitime. Mais aller brûler des pneus sur des ronds-points ne nous aidera sûrement pas à nous débarrasser de l’étiquette de pollueurs que l’on nous a collée ! Depuis mon installation en 1996, je pense que l’autonomie par la formation et l’indépendance dans les choix sont des atouts pour les agriculteurs, trop souvent “intégrés” malgré eux ».

 

 

Lire aussi : La vigilance est-elle de droite ?

 

 

Syndicats : « Les syndicats agricoles majoritaires sont loin de représenter les agriculteurs indépendants et autonomes. Ils payent le prix de leur stupide opposition passée à l’écologie. Les agriculteurs soucieux de préserver leur environnement de travail ne leur font donc plus confiance. De plus, les syndicats ne sont jamais entrés dans la bataille des prix. Ils nous disent d’investir davantage mais ne font rien quand le blé se vend comme cette année à 154 € la tonne alors qu’il nous en faudrait 180 €. Pourquoi ne militent-ils pas pour une régulation des marchés, une protection des productions nationales, et une ré-indexation des aides de la PAC ? Elles étaient de 420 € à l’hectare en 1996, elles ne sont plus qu’à 200 € ».

 

 

Racine du mal : « La libre concurrence version 1992, Maastricht et le changement de la PAC : diminution des prix garantis compensée partiellement par des aides à l’hectare. La fameuse vocation exportatrice défendue par certains syndicats n’a servi que la filière. Ajoutez à cela le changement climatique qui a significativement touché les rendements de ces dernières années, peu de perspectives et une concurrence des pays de l’Est encouragée ».

 

 

Marie Dumoulin

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