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Banni des maisons d’éditions depuis plusieurs années, c’est « Chez l’auteur » que Renaud Camus fait paraître ses livres. Courageusement, Pierre-Guillaume de Roux a publié en octobre Le Petit Remplacement, recueil de différents textes qui explorent la facette morale de cette catastrophe en cours que Renaud Camus nomme le remplacisme global.
Qu’est-ce que le Petit Remplacement et en quoi s’articule-t-il avec le Grand ?
Il existe à cette question une réponse un peu brutale, qui sacrifie beaucoup à l’amour de la rime : le Grand Remplacement c’est le changement de race, le Petit Remplacement c’est le changement de classe. Le Grand Remplacement c’est le changement de civilisation, le Petit Remplacement c’est le changement de culture. Le Grand Remplacement c’est le changement de peuple, le Petit Remplacement c’est le changement de classe de référence, pour la culture. De la fin du XVIIIe siècle à la fin du XXe siècle, la culture a été bourgeoise : soit qu’elle fût un privilège de classe, un bien universel dont la bourgeoisie s’arrogeait la jouissance presque exclusive, soit qu’elle fût une création bourgeoise, une invention de la classe dominante pour asseoir sa domination. Ce second point de vue l’a emporté, sous l’influence de Pierre Bourdieu et de son école.
Le Grand Remplacement c’est le changement de civilisation, le Petit Remplacement c’est le changement de culture.
La petite bourgeoisie, devenue à son tour classe dominante, au moins culturellement, et même classe unique – c’est la thèse que je soutiens dans La Dictature de la petite bourgeoisie – a imposé sa propre culture, les industries culturelles, la culture industrielle, qui se trouve être une non-culture puisque son trait dominant est la haine de l’héritage, de la transmission, des hiérarchies. L’héritage étant perçu presque exclusivement comme un privilège de classe, et donc une injustice (ce qu’il est, objectivement), au lieu d’élargir le nombre des héritiers, on l’a réduit jusqu’à les faire à peu près disparaître. C’est le temps des Inhéritiers, titre d’un autre des six essais recueillis dans Le Petit Remplacement, le volume.
Le Petit Remplacement était la condition indispensable du Grand. Un peuple qui connaît ses classiques ne se laisse pas mener sans regimber dans les poubelles de l’histoire. Mais le Grand à son tour accélère le Petit. Les deux ressentiments, de classe et de race, se corroborent et s’appuient.
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Est-ce donc cela, la conjonction du Grand et du Petit Remplacement, que vous appelez le remplacisme global ?
Pas exactement. Le Grand et le Petit Remplacement font évidemment partie du remplacisme global mais, si cataclysmiques et gigantesques qu’ils soient, ils n’en sont qu’une partie, deux des principales manifestations. Le remplacisme global est à la fois une théorie, de ma part (contrairement au Grand Remplacement, qui n’est qu’un nom pour un moment de l’histoire), un phénomène, un tropisme, le plus opérant selon moi dans les sociétés contemporaines, et une force, une somme de mécanismes, une puissance, un pouvoir, un totalitarisme – l’un des deux totalitarismes les plus agissants aujourd’hui de par le monde, avec l’islam, son grand rival et son allié provisoire. La forme politique de ce totalitarisme est ce que j’appelle la davocratie, le gouvernement du monde par Davos, par l’économie, la finance, le profit, les Grands Argentiers, les « gafas », etc. Mais justement il ne s’agit pas de gouvernement, et j’ai eu tort de parler à l’instant de « politique », par facilité. Il s’agit de gestion : de gestion managériale du parc humain, pour reprendre l’expression de Sloterdijk. La davocratie est profondément antipolitique. Voyez Macron, qui en est sans doute le représentant le plus typique. Il court-circuite la strate politique, détruit les partis, assèche financièrement les pouvoirs locaux, peuple les assemblées de zombies à sa solde, choisis comme mannequins : l’arabe, la noire, la femme battue, le trans, etc.
Au point de départ et au centre de la théorie du remplacisme global il y a l’observation que le remplacement, l’action de remplacer, est le geste central des sociétés postmodernes. Tout, absolument tout – je n’ai pas le temps ni la place de faire ici la liste – est remplacé par son double, son simili, son ersatz, son imitation bon marché, normalisée, standardisée, chimique, cybernétique, industrielle, low-cost. C’est le triomphe du low-cost. Il en résulte, entre autres, deux conséquences majeures.
Paradoxalement le faussel, le règne du faux, le négationnisme de masse, sont le seul élément qui donne un peu d’espoir, dans ce panorama peu réjouissant, je le reconnais. On a déjà l’exemple de l’empire soviétique : les sociétés construites entièrement sur le mensonge ont tendance à s’effondrer d’un coup. Il suffit que prenne une étincelle de vérité.
La première est la prolétarisation du monde, sa déglingue générale (l’École, l’hôpital, les transports, les routes, etc.), sa croissante laideur, son pourrissement, sa plastification, l’avènement du bidonville global, son aspect de poubelle renversée, dans une atmosphère à la fois hagarde, gâteuse, farcesque et hyperviolente.
La seconde conséquence du remplacisme global, c’est-à-dire du règne du simili, du faux, de la copie, est ce que j’ai nommé le faussel, le réel inversé, le réel faux, le monde à l’envers. Il se distingue, toujours entre autres choses, par le néo-négationnisme, ou négationnisme d’État, qui est à la fois un négationnisme de caste, de clique, et un négationnisme de masse ; et qui consiste principalement, en France et en Europe aujourd’hui, à nier contre toute évidence le phénomène le plus important, le Grand Remplacement, le génocide par substitution – sous le règne du remplacisme global tout est par substitution, y compris les génocides.
Paradoxalement le faussel, le règne du faux, le négationnisme de masse, sont le seul élément qui donne un peu d’espoir, dans ce panorama peu réjouissant, je le reconnais. On a déjà l’exemple de l’empire soviétique : les sociétés construites entièrement sur le mensonge ont tendance à s’effondrer d’un coup. Il suffit que prenne une étincelle de vérité.
N’observe-t-on pas déjà quelques manifestations d’hystérie et de panique, au sein de la clique négationniste régnante ? Les experts bégaient, les sociologues s’embrouillent, les statisticiens bafouillent, les démographes de cour disent tout et son contraire dans la même phrase.
Le changement de sens du mot race, aboutissant à son interdiction de fait, est à l’épicentre du Grand. La particularité savoureuse de ce changement-là, est qu’il a consisté en l’imposition, par les antiracistes, de la seule et minable acception raciste du terme.
Mais n’est-ce pas là la conséquence logique de ce phénomène?: la perte du sens, voire la destruction même de sa possibilité ? Je pense notamment au texte que vous consacrez, dans votre livre, au mot « musique », qui ne veut plus dire ce qu’il voulait dire jadis ou au mot « race », sur lequel vous avez aussi écrit ailleurs, dont la polysémie s’est perdue dans le langage courant au profit de la seule acception qu’en avaient les nazis ?
En effet. Ce que dans Du sens je nommais, par référence au Cratyle de Platon, le sens hermogénien, le sens de convention pure – dont le meilleur exemple est la nouvelle acception de français (« des djihadistes français ») – s’avère extrêmement instable, comme devient instable tout échange, et le sujet même, du fait de l’effondrement syntaxique. Seul le sens cratylien peut fonder, et maintenir dans la durée : or c’est précisément ce que le pouvoir remplaciste et négationniste ne veut pas. Le changement de sens du mot musique, passé de la musique savante aux variétés, est à l’épicentre du Petit Remplacement. Le changement de sens du mot race, aboutissant à son interdiction de fait, est à l’épicentre du Grand. La particularité savoureuse de ce changement-là, est qu’il a consisté en l’imposition, par les antiracistes, de la seule et minable acception raciste du terme. C’est ainsi que l’antiracisme, de très légitime défense de quelques races qu’il était, a pu devenir campagne génocidaire pour l’abolition de toutes, au profit des industries de la MHI (la Matière Humaine Indifférenciée).
Propos recueillis par François Gerfault et Rémi Lélian

LE PETIT REMPLACEMENT
Renaud Camus
Editions Pierre-Guillaume de Roux
488 p. – 28 €
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