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Anna Michelotti (Annecy, 1843-Turin, 1888), fondatrice des Petites Servantes du Sacré-Cœur de Jésus et des pauvres malades, fêtée le 1er février, a eu une putain de vie de merde qui lui vaut d’être sainte.
Anna naît le 29 août 1843 dans une pieuse famille catholique, en Savoie une et indivisible. Son père, Jean-Michel Michelotti, est un artisan piémontais émigré pour chercher un taf, marié à Pierina Mugnier-Serrand, une Savoyarde. Pas de bol, comme dans toute bonne histoire de vie de merde, ce foyer chrétien uni par l’amour de Dieu est frappé : le chef de famille claque brutalement alors qu’Anna a cinq ans. Sa mère se retrouve seule et sans ressources avec ses trois filles.
Le 25 mars 1855, comme cadeau de première communion, Anna ne reçoit rien ; la faute à pas de thunes ; hormis le Christ-Jésus qu’elle offre à son tour. C’est donc pour donner l’amour de Jésus-hostie que la fillette visite un pauvre infirme esseulé.
Non contente de tirer le diable par la queue, dans l’épreuve de Job, Pierina pratique sans économie l’hospitalité et la charité. En compagnie de ses filles, elle visite les malades et ouvre sa porte à tous les mendiants conviés à partager sa pitance. L’exemple maternel, pour celle qui vit dans la cité des saints François de Sales et Jeanne de Chantal, conforte Anna dans l’appel à se donner à Dieu. Le 25 mars 1855, comme cadeau de première communion, Anna ne reçoit rien ; la faute à pas de thunes ; hormis le Christ-Jésus qu’elle offre à son tour. C’est donc pour donner l’amour de Jésus-hostie que la fillette visite un pauvre infirme esseulé. Dans cet antre misérable, en compagnie de sa sainte mère, Jésus tout brûlant dans son cœur, Anna rencontre le Seigneur dans ce vieil homme handicapé et puant, infesté de poux, infecté par la teigne. Là, Il l’attend.
Trop de radicalité chez la jeune femme qui désire « être plus pauvre que les pauvres et les servir de ses propres mains ».
À 19 ans, toujours assidue à la prière et l’aumône, Anna prend le chemin de Lyon pour y devenir religieuse. Malgré sa grande charité et dévotion, elle ne prononce pas ses vœux définitifs. Trop de radicalité chez la jeune femme qui désire « être plus pauvre que les pauvres et les servir de ses propres mains ». À l’hiver 1870, elle décide d’aller à Turin demander conseil à son tonton, don Giacomo. Anna charge une mule du strict nécessaire, son quotidien, et, seule, franchit les Alpes à pied, ses cols gelés et ses petits chemins pleins de brigands. Après plusieurs semaines éprouvantes, une autre nouvelle de merde l’attend à Turin. Don Giacomo vient de mourir. Tout ça pour rien.
Anna, fauchée et sans aucun soutien matériel ou financier, obéit. Elle quitte définitivement la France et sa communauté pour le Piémont.
Un an plus tard, alors qu’elle prie aux pieds de saints François et Jeanne à la Visitation, de l’autel, la voix de Dieu s’élève : « Va à Turin et fonde ta propre communauté ». Anna, fauchée et sans aucun soutien matériel ou financier, obéit. Elle quitte définitivement la France et sa communauté pour le Piémont. La misère, qui poussa au départ son père, s’y accroît dans des proportions dantesques.
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Anna s’installe à Turin avec toujours la même idée : servir les pauvres malades. Elle mendie pour tous ceux qui ne peuvent pas, qui n’en peuvent plus. Après la messe de six heures, elle suit un étrange parcours des quartiers riches aux quartiers pauvres, des entrées de service des hôtels particuliers aux taudis planqués dans les caves, les greniers et les soupentes des immeubles populaires. Elle traverse les coupe-gorge les plus malfamés avec sa seule pelle et sa balayette reçues à la quête pour faire le ménage chez un infirme, préparer une soupe à un pauvre vieillard, changer les pansements d’un estropié, curer les plaies suintantes et noircies par la gangrène, laver les draps souillés de mouscaille, récurer les pots de chambre rouillés calfatés à la pisse, frotter les frusques qui sentent la gerbe. Jusqu’à minuit, c’est gratuit. Après elle tombe pour quelques heures, avant de recommencer tous les jours. Elle ne possède rien que les aumônes données pour ses pauvres : médicaments, nourriture, nécessaires à la survie. Anna ajoute avec libéralité son sourire car auprès des pauvres, les doigts passés à travers les stigmates de la misère, les mains dans la merde pour la nettoyer, elle est auprès du Seigneur.
En mémoire d’Anna Michelotti, béatifiée en 1975 pour ses vertus héroïques, les Petites Servantes du Sacré-Cœur de Jésus visitent et soignent gratuitement les malades et les prisonniers en Italie, en Roumanie et à Madagascar.
Elle s’éteint à 45 ans, aussi discrètement qu’elle a vécu, usée, vieillie, vidée de sa vie qu’elle donna pour panser les plaies du Christ, vu dans les pauvres qui puent, même ceux qui sont méchants, vilains et pas beaux.
En mémoire d’Anna Michelotti, béatifiée en 1975 pour ses vertus héroïques, les Petites Servantes du Sacré-Cœur de Jésus visitent et soignent gratuitement les malades et les prisonniers en Italie, en Roumanie et à Madagascar.
Élodie Pérolini
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