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Monsieur le Chien traîne ses guêtres dans le monde de la bande dessinée depuis 2005, année de l’ouverture de son blogbd. Il y chronique alors avec humour et dérision sa vie de fonctionnaire, ses déboires affectifs avec sa femme et l’éducation de ses enfants, dans une ambiance surréaliste, servie par des personnages secondaires parfaitement improbables, à l’image de cette escalope milanaise mutante qui lui aurait été servie au réfectoire de son ministère, et qui sert occasionnellement d’amant à sa femme.
Si la majeure partie des blogs créés à cette époque ont disparu, « avantageusement remplacés par les réseaux sociaux et leur plus grande force de diffusion », ils ont néanmoins permis, selon l’auteur, deux choses: la première, l’émergence de « nouvelles plumes », dont Monsieur le Chien a fait partie, et la seconde, plus symptomatique, la création de bd dites girly (« terme qui ne serait aujourd’hui plus possible pour sa terrible charge hétéro-patriarcale », nous indique-t-il).
Lui n’est cependant pas concerné par cette vague de bandes dessinées souvent mièvres, et, dans le milieu très politiquement correct de la bd, il fait figure d’OVNI en refusant obstinément de céder aux sirènes de l’engagement en faveur de la cause du jour.
« Les éditeurs avaient alors perçu que les blog-bd drainaient des gens qui ne lisaient d’habitude pas de bd, mais qui pouvaient par contre en acheter si on transformait leurs lectures internet du café-en-arrivant-au-boulot en beaux albums à 15 euros. C’est pour cela qu’aujourd’hui vous avez en librairies un rayon complet de bd souvent faites par des femmes pour des femmes », explique Monsieur le Chien. Lui n’est cependant pas concerné par cette vague de bandes dessinées souvent mièvres, et, dans le milieu très politiquement correct de la bd, il fait figure d’OVNI en refusant obstinément de céder aux sirènes de l’engagement en faveur de la cause du jour.
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« Je n’ai, en douze ans de production d’albums et quatorze de présence internet, pas utilisé une seule fois les termes de gauche et droite, a fortiori pour me définir. Mais il est vrai que me moquant des dingueries à la mode et des maîtres, ce qui est le rôle historique des bouffons, j’ai été vite rangé du côté des méchants (la droite, pour ceux qui n’auraient pas vécu les soixante dernières années). Car dès lors que l’on a noté où est le magistère moral de ce pays, qui sont les inquisiteurs, que l’on comprend des mécanismes et qu’on les expose, on sort vite de la bulle protectrice, on quitte le troupeau comme l’avait joliment dit Albert Dupontel, et à l’extérieur du troupeau, il fait froid. Rajoutez à cela que j’aime l’Histoire, qui vaut bien la pilule rouge dans Matrix, que je respecte les militaires, les flics et les curés, ça suffit pour être taxé de bien des choses », nous confie-t-il.
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Un refus qui a parfois pu lui poser problème : « Dans le milieu lui-même, on m’a aussi rapporté des propos bien tristes et peu courageux sur moi, et puis au moins un éditeur m’a menacé si je publiais une bd sur un témoignage d’ancien d’Indochine. Comme quoi, c’est un milieu ultra-libertaire mais bon quand même, faut pas pousser. J’ai aussi gagné un prix bd d’humour qu’on m’a retiré une semaine après, sans raison, et puis diverses petites anecdotes qui font en effet penser que je paye peut-être un peu de ne pas porter de rouflaquettes, de marinières, de me raser et de ne pas trouver des saveurs à la fête de l’Huma. Mais bon, ce sont sans doute des coïncidences. Somme toute, je n’en souffre pas vraiment mais c’est un microcosme, on se file les plans entre copains etc., donc c’est plutôt là où je dois y perdre, à être un peu seul dans la pampa ». Monsieur le Chien ne se laisse pas démonter, et il poursuit ses projets opiniâtrement.
Du reste, moi qui n’ai jamais eu à prendre les armes, je dois bien ça à ce monsieur et aux autres vétérans qui m’ont accordé leur temps et leur confiance. La bd, c’est dérisoire mais ça serait bien qu’il existe au moins une bd qui traduise un peu honnêtement, fût-ce maladroitement, l’histoire de cette génération du feu d’après-guerre.
« Je ne suis pas très intelligent, je suis plutôt laid et petit mais j’ai conservé de mes origines bretonnes une obstination lourde qui fait que je n’ai pas rangé aux oubliettes ce projet sur cet ancien d’Indochine. Loin de là, très loin de là. Du reste, moi qui n’ai jamais eu à prendre les armes, je dois bien ça à ce monsieur et aux autres vétérans qui m’ont accordé leur temps et leur confiance. La bd, c’est dérisoire mais ça serait bien qu’il existe au moins une bd qui traduise un peu honnêtement, fût-ce maladroitement, l’histoire de cette génération du feu d’après-guerre. J’espère être celui qui pourra le faire. Du reste, on ne se bouscule pas beaucoup sur le créneau », explique-t-il, avant de confier que la solitude dans ce milieu ne lui pèse pas tant que cela. « De plus on ne me lance pas de pierres, j’ai des amis, une femme à gros seins, de beaux enfants, grosso modo, ça va ».
Alain Blanville
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