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Gontran (Soissons, ca. 532 – Saint-Marcel, 592), fêté le 28 mars, roi de Bourgogne, thaumaturge, adultère, meurtrier et confesseur a eu une putain de vie de merde qui lui vaut d’être saint.
Antithèse de Gontran Bonheur, le bon roi Gontran, petit-fils des saints Clotilde et Clovis, tire de ses aïeux l’amour de l’épée et de Dieu. Et des femmes. Sa vie privée c’est Santa Barbara sur 1 207 épisodes car le gros problème de Gontran réside dans sa queue. Oui messieurs, ça arrive aux meilleurs d’entre vous. Non, pas de l’avoir molle ; parce que c’est craignos; mais de ne pas en faire jouir exclusivement son épouse. De toutes les meufs qu’il a pécho, trois nous sont connues: Vénérande, servante gauloise et concubine ; Marcatrude, fille du duc des Francs transjurans, sa première épouse ; et Austregilde, servante franque et deuxième épouse. Ces trois femmes donnent à Gontran plein de mioches avec des noms de clodos: Clotaire, Clodomir, Clotilde, Clodeberge et Gondebaud. Marcatrude empoisonne Gondebaud, Gontran répudie Marcatrude et, peut-être, la fait tuer parce qu’il a un peu les boules, à la suite de quoi le fils qu’il a eu avec Marcatrude meurt et il épouse la servante de sa défunte épouse, qu’il devait se taper avant, qui lui donne deux fils qui crèvent de la peste et deux filles qui prennent le voile. Vous n’avez pas tout suivi et moi non plus.
Il y en a aussi qui sont écartelés par des chevaux en l’honneur des traditions franques. Gontran, par exemple, prend soin de décapiter lui-même ses beaufs qui insultent sa femme et ses gosses.
L’autre problème de Gontran est sa parentèle. Depuis le partage du royaume des Francs entre les quatre fils de Clovis, les repas de famille mérovingiens sont tendus. Les uns sont empoisonnés, les autres égorgés, les derniers seulement poignardés. Il y en a aussi qui sont écartelés par des chevaux en l’honneur des traditions franques. Gontran, par exemple, prend soin de décapiter lui-même ses beaufs qui insultent sa femme et ses gosses. Dès l’accession de Gontran au trône burgonde en novembre 561, ses frères Caribert, Sigebert et Chilpéric lui font la guerre pour récupérer ses terres. Gontran est en campagne chaque été jusqu’à sa mort, contre eux et contre les barbares.
Pourquoi est-il saint alors? Ben, Gontran ne veut pas être roi et il est, de l’avis de tous, un bon roi. Ce qui lui plaît en vérité c’est de baiser et d’écouter des chants sacrés. Pas en même temps, calmez-vous. Le bon roi Gontran, après chaque victoire signe des traités de paix avec ses frères. Il ne tient pas rigueur à Chilpéric et à sa putain Frédégonde d’avoir tenté de l’assassiner un paquet de fois, jusque pendant les matines. Il essaie même de réconcilier Chilpéric et Sigebert, sans succès.
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S’il a toujours aimé la paix de Dieu, Gontran est brisé par ses fautes personnelles et politiques. « Il m’est arrivé par l’influence de mes péchés, de rester sans enfants; aussi je demande que mon neveu, que voici, soit pour moi un fils », déclare Gontran en 577 lorsqu’il adopte Childebert II. Et il est bien vrai que la mort de ses fils questionne le roi. Dès son mariage en 567 avec Austregilde, Gontran se range des bagnoles et reste fidèle jusqu’au bout. Il tue les médecins de sa défunte épouse, sans doute son dernier crime de sang, peutêtre dicté par la douleur, peut-être fondé sur des soupçons légitimes.
Sa vie durant, Gontran est assidu aux offices, même nocturnes et aux jeûnes. Il ne manque jamais une messe. Il fonde des monastères à Luxeuil, des évêchés en Maurienne, protège les églises, veille à la qualité du clergé. Les évêques concubinaires scandalisent même un roi adultère et Gontran convoque des conciles pour imposer la discipline ecclésiastique : Paris en 571, Chalon en 579, Mâcon en 585.
La réunion du royaume des Francs, l’œuvre de sa vie achevée à la signature du traité d’Andelot en 587, débarrassé de tous ses biens, retiré en prière pour expier ses péchés dans l’abbaye Saint-Marcel-lès-Chalon qu’il a fondée, le bon roi Gontran rend son âme à Dieu le 28 mars 592.
Mais ce qui distingue encore davantage Gontran de ses contemporains est sa charité, son soin du corps et de l’âme de son peuple. Il distribue aux pauvres ses richesses, toutes ses prises de guerre, rend les biens mal acquis, s’assure de la justice envers les faibles, les veuves et les orphelins. « Magnifique en aumônes », dit saint Grégoire de Tours, il exhorte le peuple à la pénitence pour contrer la peste en 580, guérit miraculeusement les malades du choléra. La réunion du royaume des Francs, l’œuvre de sa vie achevée à la signature du traité d’Andelot en 587, débarrassé de tous ses biens, retiré en prière pour expier ses péchés dans l’abbaye Saint-Marcel-lès-Chalon qu’il a fondée, le bon roi Gontran rend son âme à Dieu le 28 mars 592.
Déclaré saint par la vox populi, Gontran est invoqué dans les conflits familiaux, notamment de succession au trône de France.
Élodie Pérolini
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