Skip to content

Dominique Chabrol, la philosophie dans le Boudard

Par

Publié le

30 mars 2020

Partage

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1585529117338{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Il y a vingt ans disparaissait Boudard, résistant, truand, taulard, tubard, écrivain. Une vie hors du commun qu’éclaire aujourd’hui Dominique Chabrol dans une biographie captivante. On ne parle plus trop d’Alphonse Boudard, disparu voici vingt ans tout juste. C’est un tort. Déjà, ses livres valent la peine d’être (re)découverts. Cela tombe bien, La Table Ronde les réédite en poche – après La Cerise et Le Café du pauvre en 2018, L’Hôpital et Les Combattants du petit bonheur ressortent ces jours-ci. Aussi, la vie de Boudard est un vrai roman du siècle dernier: la Résistance, la délinquance, les prisons moyenâgeuses des années 1950, les sanatoriums où il a lutté contre la tuberculose, le Paris des sixties, le Montmartre de Gen Paul, etc. La vie de Boudard, c’est une histoire de France, racontée aujourd’hui par son biographe, Dominique Chabrol.

 

 

 

 

Comment en êtes-vous venu à travailler sur Boudard ?

 

Je l’avais rencontré pour une interview trois mois avant sa mort. Ça crée forcément une petite relation. J’ai continué à le lire par la suite et, quand on met ses livres bout à bout, on comprend que son parcours a vraiment été exceptionnel. Quinze ans plus tard, il n’y avait toujours pas de bio de Boudard et je me suis mis au travail.

 

 

Comment s’y prendre, les romans de Boudard étant déjà largement autobiographiques ?

 

La difficulté était d’apporter quelque chose de plus que ce qu’il a raconté luimême. Et d’abord, mettre un peu de chronologie dans son « autobiographie romanesque », ce dont il ne se préoccupait pas du tout. Ensuite, j’ai essayé de saisir ce qui chez lui relevait de la fiction et de la réalité, qu’il était parfois obligé de dissimuler compte tenu de son passé de délinquant. C’est-à-dire, de faire la part du vrai et de l’imagination, en éclairant les faits avec de la correspondance, des entretiens, des documents…

Dès ses premiers livres, il a de bonnes critiques dans des journaux de droite qui apprécient son style et son tempérament. Ce qui ne l’empêchait pas d’avoir de fervents partisans de l’autre bord. « Anar de droite » en revanche, il ne se reconnaissait pas du tout là-dedans. Je lui ai posé la question lors de notre rencontre et il m’avait répondu que ça ne voulait « rien dire du tout ». Il refusait l’étiquette, comme toutes les autres.

Boudard, qui a toujours eu bonne presse à droite, a souvent été vu comme une sorte d’anar de droite. Qu’en pensez-vous ?

 

Bonne presse à droite, c’est évident. Dès ses premiers livres, il a de bonnes critiques dans des journaux de droite qui apprécient son style et son tempérament. Ce qui ne l’empêchait pas d’avoir de fervents partisans de l’autre bord. « Anar de droite » en revanche, il ne se reconnaissait pas du tout là-dedans. Je lui ai posé la question lors de notre rencontre et il m’avait répondu que ça ne voulait « rien dire du tout ». Il refusait l’étiquette, comme toutes les autres. C’est un contresens de croire que les malfrats, même rangés des voitures, sont partisans du désordre et de l’anarchie, qui dérangent plutôt leurs affaires.

Lire aussi : NICOLAS UNGEMUTH, UN MÉCONTEMPORAIN

 

Vous revenez sur la relation compliquée de Boudard avec Céline…

 

Boudard a rencontré Céline à plusieurs reprises avant de publier ses premiers livres. Il admire l’écrivain, mais n’a aucune complaisance pour les dérives du bonhomme. À la sortie de son premier roman, La Métamorphose des cloportes, il proclame ce qu’il lui doit: « Mon modèle c’est L.F. Céline ». Et un an plus tard, Paris Match salue la naissance d’un « nouveau Céline » à la parution de La Cerise. Il se rend vite compte que la comparaison nuit à sa propre originalité et prend un peu de distance. Mais des spécialistes de Céline le considèrent encore aujourd’hui comme le seul écrivain dans lequel on retrouve des échos céliniens.

 

 

Votre titre, Une Vie à crédit, vient d’une formule de Michel Tournier…

 

Tournier explique très bien qu’au-delà du style, de la transposition du langage parlé dans l’écrit, il y a chez Boudard le contraire de ce que l’on trouve chez Céline. Celui-ci refuse la vie, avec cette phrase assez terrible : « Elle a tout fait pour que je vive, c’est naître qu’il n’aurait pas fallu ». Alors que Boudard s’accroche à la vie dans les pires moments, à la guerre, à l’hôpital, ou en prison. « Boudard revient de loin, du bout de la nuit », écrit Tournier. Il a le goût des petits bonheurs dans les grandes catastrophes. Chez lui, c’est l’instinct de vie qui domine, même s’il doit le payer très cher. D’où, une vie à crédit.

Sa relation avec Marcel Aymé est très différente. Il a découvert ses livres alors qu’il était en prison et Aymé lui avait apporté, dit-il, « le grand air, le rêve, la poésie, l’humour ». Il le rencontrera ensuite à Montmartre, dans l’atelier du peintre Gen Paul, au milieu des années 1960. Marcel Aymé ne disait jamais plus de quelques mots à la fois, mais Boudard appréciait sa sagesse et son « courage tranquille ».

Deux autres écrivains ont beaucoup compté pour lui, Paraz et Aymé…

 

Albert Paraz l’a aidé à devenir écrivain. Il lui a donné ses premiers conseils et l’a mis en confiance. Et puis, ils ont une communauté de destin: blessés de guerre, incontrôlables, gravement malades tous les deux. Sa relation avec Marcel Aymé est très différente. Il a découvert ses livres alors qu’il était en prison et Aymé lui avait apporté, dit-il, « le grand air, le rêve, la poésie, l’humour ». Il le rencontrera ensuite à Montmartre, dans l’atelier du peintre Gen Paul, au milieu des années 1960. Marcel Aymé ne disait jamais plus de quelques mots à la fois, mais Boudard appréciait sa sagesse et son « courage tranquille ».

 

 

Avec l’intelligentsia, en revanche, Boudard a toujours eu des rapports compliqués. Diriez-vous que le fossé demeure ?

 

Boudard est un écrivain populaire dont les livres se vendaient bien. Ce qui crée forcément une barrière avec certains milieux intellectuels. Et Alphonse aimait se moquer de ces « élites » intellectuelles, universitaires, qui fondent les réputations, ce qui n’a fait qu’aggraver son cas. Encore aujourd’hui, on le tient un peu à l’écart. Et puis, un écrivain qui fait rire c’est tout de suite suspect. Cela dit, il avait des inconditionnels dans tous les milieux et des historiens, des linguistes, des écrivains, admirent son œuvre.

 

 

Lui voyez-vous des héritiers ?

 

En littérature, je ne lui vois pas d’héritier. Personne ne manie le langage populaire comme lui. Mais ça peut revenir. Il s’inscrivait lui-même dans le sillage de Villon ou de Rabelais qui vivaient cinq siècles auparavant: la tradition peut bien sauter quelques générations.

 

Lire aussi : JEANNE D’ARC, POUR L’ÉTERNITÉ

 

Vous notez que Boudard reste un auteur hexagonal, peu diffusé à l’étranger.

Il a été peu traduit – un peu en allemand, en néerlandais, en portugais –, ce qui a forcément limité son audience. Il le reprochait à ses éditeurs qui n’avaient pas mis les moyens, matériels, financiers, pour que son œuvre soit plus largement diffusée. Son style n’est pas le plus simple à traduire dans une langue étrangère, mais ça aurait valu le coup d’insister car les grands thèmes de son œuvre, la guerre, l’engagement, la détention, la souffrance, la maladie sont universels. Et il n’est jamais trop tard.

 

 

Si vous deviez ne retenir qu’un livre de Boudard ?

 

L’Hôpital, bien sûr! Ou comment amuser les lecteurs avec l’une des pires tragédies.

 

 

Propos recueillis par Bernard Quiriny

 

 

ALPHONSE BOUDARD, UNE VIE À CREDIT Dominique Chabrol Écriture 464 p. – 24 €

 

 

L’HÔPITAL Alphonse Boudard La Table Ronde 368 p. – 8,90 €

 

 

 

 

LES COMBATTANTS DU PETIT BONHEUR Alphonse Boudard La Table Ronde 432 p. – 8,90 €

 

 

 

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest