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Nous nous penchons sur différentes théories de l’évolution de l’Histoire : d’après certains penseurs et rêveurs, d’un monde parfait, tout tendrait vers une unité des pays et des cultures. L’Union Européenne étant une étape nécessaire vers ce grand tout, vers une mondialisation idéale.
Nous nous penchons sur différentes théories de l’évolution de l’Histoire : d’après certains penseurs et rêveurs, d’un monde parfait, tout tendrait vers une unité des pays et des cultures. L’Union Européenne étant une étape nécessaire vers ce grand tout, vers une mondialisation idéale.
« L’Europe est devenue aujourd’hui un ensemble organique que les convictions morales, les lettres, les sciences, les arts, les intérêts industriels et commerciaux animent d’une vie commune, en dehors de laquelle aucune nation ne peut plus se développer, ni même subsister. Et il est évident que cette unité, qui s’étend déjà sur une grande partie de notre globe, ne peut tarder à l’embrasser tout entier. Il en est de la société humaine comme de tous les corps organiques chez lesquels la vie est factionnée, et en quelque sorte anarchique, dans les premiers âges, et tend au contraire à l’unité et à l’harmonie à mesure que le corps se développe ».
Macron, notait Brice Couturier dans l’essai qu’il consacrait en 2017 à celui qu’il qualifie de « Président philosophe », « est « europhile », mais nullement « eurocentriste (1) ». La nuance pourrait sembler oiseuse, elle est en réalité très significative d’une vision progressiste de l’histoire qui, considérant cette dernière comme un processus globalement linéaire d’amélioration, conçoit la disparition des frontières nationales et l’unification européenne comme une simple étape, le mouvement d’ensemble étant nécessairement appelé à se poursuivre jusqu’à son terme : la mondialisation. Celle-ci n’est d’ailleurs que la traduction, sur un plan politique, économique et juridique, d’une mutation anthropologique se manifestant par un dépassement des identités et un métissage généralisé. De même que « toute la race humaine doit ne former qu’un vaste corps », annonce dès 1830 l’orateur saint-simonien Abel Transon, de même, « toutes les nations doivent se fondre en une seule nation ». Tel est le seul sens de de l’évolution: « Dans l’Avenir: Association universelle, état (…) dont l’histoire justifie la prévision, puisqu’elle nous montre l’humanité s’en rapprochant toujours; organisation définitive (…) basée sur l’idée de la perfectibilité indéfinie ».
Ce thème est repris quelques années plus tard par un autre saint-simonien éminent, Gustave d’Eichthal: « L’Europe est devenue aujourd’hui un ensemble organique que les convictions morales, les lettres, les sciences, les arts, les intérêts industriels et commerciaux animent d’une vie commune, en dehors de laquelle aucune nation ne peut plus se développer, ni même subsister. Et il est évident que cette unité, qui s’étend déjà sur une grande partie de notre globe, ne peut tarder à l’embrasser tout entier. Il en est de la société humaine comme de tous les corps organiques chez lesquels la vie est factionnée, et en quelque sorte anarchique, dans les premiers âges, et tend au contraire à l’unité et à l’harmonie à mesure que le corps se développe ».
« l’Europe conserve (…) une capacité à orienter le cours de la mondialisation (…). Nous sommes la conscience de la mondialisation, parce que nous en sommes les principaux témoins (3) ».
L’unification résulte ainsi d’une « loi commune à tous les êtres vivants », garantissant qu’il ne saurait y avoir de mouvement rétrograde vers « l’ancien fractionnement des territoires et des populations » – prémonition de ce qu’Emmanuel Macron nommera « la mondialisation telle qu’elle va (2) » dans son « Discours pour une Europe souveraine » du 26 septembre 2017.
Mais pour les saint-simoniens du XIXe siècle comme pour leurs héritiers du XXIe , l’Europe n’est pas une étape quelconque du processus d’association universelle. Elle en constitue la condition première, et le vecteur privilégié : conviction qu’Emmanuel Macron n’hésite pas à reprendre à son compte lors d’un entretien avec Marcel Gauchet: « l’Europe conserve (…) une capacité à orienter le cours de la mondialisation (…). Nous sommes la conscience de la mondialisation, parce que nous en sommes les principaux témoins (3) ».
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Ce rôle de moteur de la mondialisation, Saint-Simon et ses disciples l’envisagent sur un plan matériel comme sur un plan moral. Et c’est grâce à cela, conclut d’Eichthal, que « l’unité européenne (…) ne tardera pas à devenir (…) l’unité terrestre », qui, de son côté, sera d’ailleurs la « condition d’une unité européenne plus parfaite ». Décidément, on n’est pas loin de La Mondialisation heureuse, publiée en 1997 par celui qui deviendra bientôt le mentor d’Emmanuel Macron, Alain Minc. Pas loin non plus de l’appel au gouvernement mondial formulé par Jacques Attali à partir du milieu des années 90, notamment, dans un article paru en 2000 dans la Revue des deux mondes: « Selon moi, la « société idéale » est une société mondiale non violente dotée d’un gouvernement universel qui aiderait chaque personne à trouver et réaliser son propre idéal et son génie. Chacun aurait ainsi une notion de ce pourquoi il est réellement fait et réaliserait son talent, le mettant au service d’autrui tout en se nourrissant de celui des autres. Cela s’appelle la Fraternité » (4). Pas loin, enfin, des thèses brillamment défendues par l’avocat et essayiste Laurent Cohen-Tanugi, auteur en 1985 d’un ouvrage remarqué, Le Droit sans l’État, plaidoyer pour un passage du gouvernement des hommes à une administration des choses; puis en 2011, d’une défense et illustration du fédéralisme européen, Quand l’Europe s’éveillera ; et entre les deux, d’un rapport sur L’Europe dans la mondialisation (2008). Dans ce texte demandé par Christine Lagarde, alors ministre des Finances de Nicolas Sarkozy, Cohen-Tanugi proposait la mise en place d’une « Stratégie EuroMonde 2015 » en vue de permettre à « l’Union Européenne de contribuer à façonner la mondialisation (5) ».
Désormais, il ne sert plus à rien de s’arc-bouter contre une évolution qui, parfois douloureuse, comme toute métamorphose, n’en est moins irrésistible, et présente d’ores et déjà des avantages notables – qu’il s’agisse de l’« interdépendance entre les nations, les entreprises, les centres de recherche (7) », du développement du système financier mondial, « qui a permis à nos économies de se financer plus rapidement et dans de meilleures conditions », ou de la « production de données exponentielle » grâce à laquelle « notre connaissance progresse de manière inédite » et « des maladies sont en train d’être traitées (8) ». C’est ce qu’on peut appeler un argument de poids en faveur de la mondialisation.
« La civilisation dans laquelle nous entrons, écrit de son côté Emmanuel Macron, est celle d’une société dont les contours ne sont plus un seul pays mais le monde. Elle est faite de flux de marchandises, d’hommes, d’argent, partout et en permanence, à travers la planète. Elle vient donc bousculer une organisation qui reposait avant tout sur les États-nations qui réglaient l’essentiel de nos vies aussi longtemps que la plus grande part de ces échanges se faisait à l’intérieur d’un pays. Notre monde a donc, au fil des décennies, vu les logiques marchandes et financières prendre le dessus. Et les États sont devenus des bureaucraties qui tentent de résister ou d’accompagner cette réalité économique sans en avoir la pleine maîtrise (6). » Des États impuissants, en somme, qui ne constituent plus des échelons pertinents pour répondre aux nouveaux problèmes et aux nouvelles réalités, c’est-à-dire à une mondialisation « accélérée et intensifiée durant les dernières années grâce (…) à l’essor de la finance internationale », et au « développement d’Internet et du numérique ». Désormais, il ne sert plus à rien de s’arc-bouter contre une évolution qui, parfois douloureuse, comme toute métamorphose, n’en est moins irrésistible, et présente d’ores et déjà des avantages notables – qu’il s’agisse de l’« interdépendance entre les nations, les entreprises, les centres de recherche (7) », du développement du système financier mondial, « qui a permis à nos économies de se financer plus rapidement et dans de meilleures conditions », ou de la « production de données exponentielle » grâce à laquelle « notre connaissance progresse de manière inédite » et « des maladies sont en train d’être traitées (8) ». C’est ce qu’on peut appeler un argument de poids en faveur de la mondialisation.
Frédéric Rouvillois
- (1) Couturier, Macron, Un Président Philosophe, Paris, L’Observatoire, 2017, p. 101
- (2) Macron, Discours pour une Europe souveraine, unie, démocratique, 26 septembre 2017
- (3) Cité par B. Couturier, op.cit., p. 264
- (4) Attali, « Un gouvernement mondial », Revue des deux mondes, octobre-novembre 2000, p. 50
- (5) Mission « L’Europe dans la mondialisation », résumé des principales conclusions opérationnelles, 15 avril 2008
- (6) Macron, Révolution, Révolution, Paris, XO éditions, 2016, p. 53-59
- (7) Ibidem, p. 54
- (8) Ibidem
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