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The Revolutionary Army of the infant Jesus : la révolution sera spirituelle ou ne sera pas !

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Publié le

23 avril 2020

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Le groupe anglais de néo-folk contemplative et syncrétique nous délivre deux nouveaux disques en ce printemps. Entretien exclusif avec un groupe aussi rare qu’iconique.

 

 

 

The Revolutionary Army of the infant Jesus (en référence au groupement terroriste dans le film de Luis Buñuel, Cet Obscur objet du désir) s’est formé il y a trente-cinq ans à Liverpool autour de Leslie Hampson et Paul Boyce. On les classa « néo-folk et post New Wave mystique qui aime jouer avec les symboles » aux côtés de Dead Can Dance, Current 93 ou Death In June, mais ce projet musical échappe pourtant encore à ces bornes, aussi génériques soient-elles. Sans qu’ils ne prétendent à aucun prosélytisme, RIJ utilise des icônes orthodoxes et toute une imagerie chrétienne au sein d’un projet multimédia où se mêlent les influences d’Andreï Tarkovski, d’Henryc Gorecki et d’Arvo Pärt, pour nous offrir du moins une expérience artistique en phase avec notre inconscient collectif chrétien. La sortie de Songs of Yearning, un album qui explore les souvenirs et la culture de l’Europe de l’Est, qui évoque la compassion et la rédemption, suivie de celle de Nocturnes, constitue une occasion que nous ne pouvions laisser passer de nous entretenir avec Leslie Hampson et Paul Boyce. Une rencontre d’autant plus privilégiée que, lors de la publication de leur précédent album, ils n’avaient livré qu’une unique interview au journal anglican Church Times. Tentons de lever le voile sur l’un des groupes les plus mystérieux des trois dernières décennies.

Nous nous sommes inspirés de nombreuses influences culturelles et spirituelles des religions orthodoxes de l’Est, ainsi que du bouddhisme, de l’islam et d’autres voies encore. Nous avons une conception éclectique de la construction d’une identité, qui d’une diversité va vers une solidarité humaine commune.

Quel est votre rapport à la religion ?

 

RIJ n’est pas explicitement un projet chrétien, le nom du groupe vient d’un film séculier. Les membres de RIJ croient en des religions différentes, certains n’en ont aucune, mais nous sommes intéressés par l’exploration de toute une diversité d’influences qui, pour la plupart, s’inscrivent dans une perspective pan-européenne. Nous nous sommes inspirés de nombreuses influences culturelles et spirituelles des religions orthodoxes de l’Est, ainsi que du bouddhisme, de l’islam et d’autres voies encore. Nous avons une conception éclectique de la construction d’une identité, qui d’une diversité va vers une solidarité humaine commune.

 

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Pouvez-vous définir la dimension spirituelle de votre musique ?

 

Notre musique est une tentative de créer un espace pour une activité plus proche de la méditation que de la prière. Nous parlons souvent de « la quête du silence » dans le sens où nous tentons de nous diriger vers l’épure autant que faire se peut. Ce processus a pris de l’ampleur au fil des années. Nous essayons de créer un espace qui favorise l’expérience la plus intime possible.

Nous étions authentiquement en train d’expérimenter la création musicale. tandis que notre musique est désormais bien plus consciente et focalisée. Quand nous sommes arrivés avec notre premier album, nous ne savions absolument pas s’il pourrait susciter un quelconque intérêt.

Le monde du rock et de la pop flirte souvent avec l’univers du satanisme. Comment trouvez-vous votre place dans cet air du temps si volontiers nihiliste ?

 

Nous ne cherchons pas à être, à représenter ou à influencer quelque mouvement que ce soit. Je ne pense pas que nous ayons notre place dans l’air du temps. Nous n’avons jamais visé ce but et souvent nous avons été surpris des étiquettes que l’on a collées sur notre travail. Nous travaillons principalement à l’écart des autres, des mouvements et des genres – encore davantage s’ils sont actuels. Le mouvement dangereux vers des politiques populistes a des conséquences dans la culture contemporaine et nous essayons de nous positionner vis-à-vis de ce phénomène autant que possible. Quand nous enregistrions notre premier album nous avons passé un an dans un studio basé dans la cave d’un ami du groupe et nous pouvions faire tout ce que nous voulions. Nous étions authentiquement en train d’expérimenter la création musicale. tandis que notre musique est désormais bien plus consciente et focalisée. Quand nous sommes arrivés avec notre premier album, nous ne savions absolument pas s’il pourrait susciter un quelconque intérêt. Il s’est avéré que nous sommes devenus très rapidement les chéris de divers mouvements underground que nous ne connaissions même pas. On nous a inévitablement comparés à d’autres groupes alors que, encore une fois, nous n’avions avec eux aucun lien particulier.

 

 

Vous êtes connus pour ne pas apprécier les exercices promotionnels…

 

Nous ne voulions pas être emportés par ce que vous pourriez appeler le « marketing ». Pour ainsi dire, nous sommes satisfaits quand le travail parle de lui-même. Nous ne voyons pas ce que nous pourrions ajouter de plus pour justifier ce que nous enregistrons. Nous sommes devenu un peu plus ouverts ces dernières années, bien que nous restions peu à l’aise avec ça. Si nous avons pu expliquer notre démarche jusqu’à un certain point, nous avons souvent été mal interprétés. Nous sommes heureux d’être découverts, à partir de là, nous ne faisons pas beaucoup d’efforts supplémentaires.

Nous ne résistons à rien, mais nous visons à interrompre la consommation effrénée de musique. Nous célébrons et prônons une diversité culturelle et spirituelle ; ainsi que l’illumination, la plénitude émotionnelle et la fin de la souffrance.

Song of Yearning est un album en plusieurs langues et semble se situer à la confluence de différentes cultures européennes.

 

Song of Yearning est délibérément vaste dans ses références et nous croyons que les thèmes que nous y abordons sont universels. Nous ne résistons à rien, mais nous visons à interrompre la consommation effrénée de musique. Nous célébrons et prônons une diversité culturelle et spirituelle ; ainsi que l’illumination, la plénitude émotionnelle et la fin de la souffrance.

 

 

« Celestine » et « Songs of Yearning » sont deux titres chantés en français. Qu’est-ce qui vous inspire l’usage de notre langue ?

 

Notre travail s’inspire souvent d’un point de référence qui actionne ensuite un processus de composition plus collectif. Nous nous servons de toute une palette de langues, tout comme nous employons différents instruments et des références culturelles hétéroclites. Nous utilisons souvent le français en partie parce que c’est une langue dont nous trouvons la forme belle et qui s’accorde très bien à notre travail. Nous sommes également influencés par de nombreuses personnalités françaises, et pour cet album nous avons été chercher clairement du côté d’André Breton et d’Érik Satie. Travailler avec une langue qui n’est pas la nôtre nous permet de suivre une approche moins littérale dans notre exploration des sens et des histoires, ce que nous considérons comme un bénéfice sur le plan créatif.

 

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Sur l’album Nocturnes, il est question d’un état de rêve ainsi que d’un « état limpide de conscience ». Faites-vous référence à la prière méditative du père Thomas Keating ?

 

Il ne s’agit pas d’un écho conscient des idées de Keating. Nous avons compris que nous développions nos idées pour Songs of Yearning en même temps qu’un certain nombre de morceaux émergeaient. Quand nous avons commencé à les réunir, nous nous sommes rendus compte que nous explorions les mêmes thèmes que Keating, mais avec une perspective plus personnelle. Ces titres étaient d’avantage fragiles, intimes et songeurs. Ils semblaient pouvoir être décrits comme des pensées nocturnes, des visions et des rêves – mais il y a également une clarté consciente et parfois une histoire tangible.

L’essence de l’art réside dans sa faculté à faciliter les contacts entre les gens. C’est ce contact que nous cherchons à explorer à travers notre travail. La proposition d’un groupe de thèmes, d’idées, de symboles et d’images qui peuvent avoir un effet direct pour l’auditeur.

Qu’avez-vous appris des réactions de vos auditeurs ?

 

Vous ne serez pas surpris d’entendre que nous ne cherchons pas à engendrer des réactions mais plutôt à faire des connexions. Nous aimons l’idée décrite par Grotowski sur le passage de la frontière entre l’artiste et le public. L’essence de l’art réside dans sa faculté à faciliter les contacts entre les gens. C’est ce contact que nous cherchons à explorer à travers notre travail. La proposition d’un groupe de thèmes, d’idées, de symboles et d’images qui peuvent avoir un effet direct pour l’auditeur.

 

Propos recueillis par Jean-Emmanuel Deluxe

 

 

SONGS OF YEARNING NOCTURNES Te Revolutionary Army of Te Infant Jesus Occultation Recordings 14 €

 

 

 

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