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Popa Chubby, la saveur est dans le gras

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Publié le

17 juin 2020

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Popa Chubby, le dernier grand bluesman du Bronx, vient d’avoir 60 ans, et pour son anniversaire, c’est lui qui offre le cadeau avec It’s a Mighty Hard Road, un nouvel opus « fait maison » et enregistré à domicile. Aucun rapport avec le confinement : l’inventeur du « New York City Blues » est, quoiqu’il advienne, un loup solitaire qui n’envisage la création qu’en solo. Mais il y a de l’espace pour toute une meute, quelquefois, dans le cœur du bonhomme !
guitare

Et cela s’exprime sur scène : Popa Chubby occupe l’espace et n’est jamais complaisant, pas plus d’un point de vue artistique que d’un point de vue humain. Qu’on adhère ou non, c’est authentique. Ce nouvel album est hors norme, sans véritable ligne directrice, et ambitionne de traiter chaque titre comme un single. Un éclectisme bienvenu, même si la production aurait pu mieux gérer l’enthousiasme (elle compense ici en substance ce qu’elle concède en sobriété).

Ils sont rares, dans le monde du blues, à posséder leurs propres codes comme Popa qui n’hésite pas à se risquer dans d’autres genres musicaux et à laisser une once de fragilité infiltrer son grain de voix. En attendant de célébrer trente-cinq albums et trente ans de carrière à l’Olympia le 11 octobre prochain, à Paris : entretien avec le « rhino féroce » réputé pour son blues incisif.

Popa Chubby – la musique : qui d’entre vous a choisi l’autre ?

C’est définitivement la musique qui m’a choisi. Dans mes premiers souvenirs, c’était magique ! Elle venait de partout. J’entendais des disques, j’écoutais la radio, et même à la télévision, j’étais happé par l’habillage musical des aventures de mes héros préférés.

Pourquoi le blues ? J’ai commencé dans les années 70 où le blues était omniprésent dans le rock, et j’ai accompagné ce type de rock dans bon nombre de projets originaux.

Pourquoi le blues ? J’ai commencé dans les années 70 où le blues était omniprésent dans le rock, et j’ai accompagné ce type de rock dans bon nombre de projets originaux. Mais vu la concurrence, si tu avais de la chance, tu jouais une date par mois, et… tu n’étais pas payé ! Alors je me suis tourné vers les clubs de blues, plus confidentiels et décents, où je jouais tous les soirs pour cultiver mon propre blues, ma propre vérité. Là encore, c’est la musique qui m’a orienté !

Comment êtes-vous devenu un tel multi-instrumentiste : batterie, claviers, harmonica et bien d’autres ?

J’étais un enfant très solitaire : j’étais trop gros pour courir avec des copains, mon père est mort quand j’avais 8 ans, j’ai été abusé et j’avais une déplorable estime de moi-même. Et puis j’ai eu cette révélation que je devais faire quelque chose que les autres ne pourraient pas faire. Alors il suffisait de me mettre n’importe quel instrument sous le nez pour que je trouve le moyen d’en tirer de la musique et ça m’a sauvé. J’ai tout appris seul à l’époque, et aujourd’hui, je suis plus heureux que jamais en loup solitaire. Cela m’a donné la capacité de traduire mes idées plus directement.

Comment décririez-vous la relation qui s’établit entre le guitariste et sa guitare ?

Ah ! La guitare ! C’est la femme la plus sexy et la plus compliquée que j’aie jamais touchée ! On développe forcément avec elle une relation sensuelle, sexuelle et réconfortante. C’est avec la Fender Stratocaster que j’ai trouvé le modèle qui me permet de restituer techniquement et sensiblement la plus large palette émotionnelle.

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À quoi se réfère précisément ce dur chemin qui donne son titre à l’album ?

À mon propre parcours, lequel n’a pas été si simple. « Hard » (dur) parce que personne n’a la vie facile. « Mighty » (puissant) parce que bien que pesant, le voyage n’en est pas moins majestueux. C’est une route difficile, mais quelqu’un doit la faire.

« La saveur est dans le gras », c’est le titre d’un des morceaux de l’album. Militez-vous en faveur du gras ?

Oui ! C’est à double sens à bien des égards. En musique comme en cuisine, on a besoin du gras ! Le gras, c’est ce qui tient tout le reste, ce qui crépite sur la flamme, ce qui fond dans la bouche, ce qui adoucit le sec. C’est le plaisir et la beauté de la vie. Et puis c’est une réplique à ce monde qui célèbre trop peu la disparité.

Le truc drôle, c’est que si on regarde la télévision, si on lit les magazines, et on voit juste une image des gens (notamment de la femme). Ce n’est pas réaliste.

Le truc drôle, c’est que si on regarde la télévision, si on lit les magazines, et on voit juste une image des gens (notamment de la femme). Ce n’est pas réaliste. Et puis tu marches dans la rue et là, tu vois les « vraies » gens. Et pour moi, tous ces gens sont magnifiques. Leur imperfection est semblable à celle du diamant. Pourvu qu’on ait le bon défaut, ça fait étinceler au mieux notre potentiel.

Dans « If You’re Looking For Trouble », le fantôme d’Hendrix n’est pas loin, non ?

Un bon guitariste, c’est avant tout un bon guitariste rythmique ! C’est primordial pour moi. Et c’était la grande qualité d’Hendrix. C’est simple : si tu possèdes le rythme, tu mènes la danse ! C’est une pulsation que l’humain a en lui : le cœur bat et le sang circule en rythme dans nos artères. Beaucoup veulent jouer beaucoup de notes, et vite, pour impressionner. Ça, c’est de la branlette. Émouvoir avec une seule note, comme le fait BB King, là, ça prend tout son sens ! Quand j’étais petit, un pote plus âgé m’a marqué : « Popa ! disait-il, ne joue pas des grilles, tout le monde joue des grilles. Fais du phrasé, fais chanter ta guitare comme une voix humaine ». J’ai toujours essayé de faire ça.

Il y a deux reprises sur l’album : « Kiss » de Prince et « I’d rather be blind » de Freddie King. Pourquoi ces chansons-là ?

« Kiss », j’adore cette chanson. Si l’on prête attention aux paroles, on se rend compte que c’est un blues. Elle résonne en moi sous bien des aspects. Prince est l’une de mes grandes influences, personne n’est au-dessus de lui, à part peut-être Hendrix. « I’d rather be blind », c’est impitoyable. Une tournerie lourde, au son bien gras. Ce titre m’a obsédé. J’aurais voulu être cette chanson !

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Beaucoup se réjouissent de votre retour chez l’excellent label Dixiefrog.

Dixiefrog tient une grande place dans ma carrière européenne. C’est le meilleur label avec lequel j’ai signé. Ils comprennent vraiment la musique ! Ils deviennent plus « gros » que jamais et je suis content d’être de la partie. À mes débuts, Tom Dowd, producteur de mon album chez Sony, m’a conseillé d’aller en Europe. J’y ai rencontré Philippe Langlois à Paris (Dixiefrog) et ça s’est avéré une très bonne idée ! J’ai pu recréer une scène blues à l’époque : elle est encore là, l’héritage est toujours aussi fort. Nous avons fait quelque chose de particulier dans le genre qui a mis ma musique en avant.

Quelle serait la question qu’on ne t’a jamais posée et que tu aimerais qu’on te pose ?

Popa Chubby ? Pourquoi toutes les femmes crient ton nom ?

Probablement parce qu’il n’a plus rien à prouver !

© DR

IT’S A MIGHTY HARD ROAD
Popa Chubby
Dixiefrog
20 €

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