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Le statique est-il de droite ?

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Publié le

24 juin 2020

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pierre

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Comme je marchais le long d’un chemin qui devait bien dater du temps de Camulogène, mon pied buta sur une pierre polie, mais ferme. Je m’étalai sur le talus. Pavé impavide, la pierre ne témoignait de rien. Je subodorai le roc installé qui avait contribué à briser plus d’un essieu de char, plongé dans ses rêves de pierre. Sa surface était d’un gris honnête, bonne couleur de pierraille, à peine rayée de blanc, douce à la main et comme lustrée par endroits.

 

 

La veine affleure ainsi tout le long du chemin, les premiers pieds ayant tracé avec précision la route la plus sûre, faisant confiance aux robustes serviteurs qui savent qu’on n’attend pas des pierres qu’elles roulent mais qu’elles demeurent.

 

Tel quel, le caillou était un déni minéral à la mystique dynamique. À l’heure où La République En Marche exige des plages qu’elles soient dynamiques, précisément dynamiques, dynamiques par arrêtés administratifs et volontés gouvernementales, dynamiques par décisions scientifiques, considérant que le flux des promeneurs doit s’accorder à la houle des flots et à l’agitation des herbes (à peine si l’on supporte que le gravelot à collier interrompu, oiseau migrateur, laisse ses œufs dans le sable).

 

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Cette pierre contredit le mouvement qui doit tous nous animer, atomes entrainés dans une course folle qui ne permet plus de s’arrêter pour saluer ses voisins (à Pâques, à Domfront-en-Poiraie, un couple septuagénaire a été verbalisé car « le fait de rester statique pendant sa pause, sans raison valable, est verbalisable ») ni de lézarder au soleil après avoir méticuleusement étalé sa serviette. Non, nous devons être dynamiques, jogger à petite vitesse dans les rues de Paris, adjoindre la déambulation sociale à la distanciation sociale, nous sommes tous appelés à être les vivants symboles d’un peuple en marche et d’une démocratie en progrés, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

 

Nous marcherons sur les plages, nous marcherons sur les terrains de sport, nous marcherons dans les champs et dans les rues, nous marcherons dans les collines ; nous ne nous arrêterons jamais.

Nous marcherons sur les plages, nous marcherons sur les terrains de sport, nous marcherons dans les champs et dans les rues, nous marcherons dans les collines ; nous ne nous arrêterons jamais. Oui, nous serons un peuple déambulant, accrochés à nos déambulateurs jusqu’à notre dernier souffle dans des espaces dynamiques et balisés dont tout staticisme réactionnaire aura été banni !

 

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Ou alors nous nous reposerons. Nous resterons sans bouger sur la plage, laissant le soleil nous rôtir, ou en haut des collines, laissant le soir monter ou la pluie venir, immobiles et vivants comme l’herbe des champs ou le gravelot couveur. Car il n’est pas bon de marcher par principe. La marche n’a de sens que dans son but, et les enragés du voyage permanent finissent par écrire un blog comparant les mérites des aéroports au lieu de se fixer au terme du voyage, ayant compris que c’est là qu’il faut vivre et bâtir. C’est le virus qui vagabonde. Résumons-nous. Le statique ancre la nation dans ses frontières, encourage la souveraineté et fait revenir le gravelot en Normandie, où le sable s’accumule statiquement. Le statique est de droite.

 

 

 

Richard de Seze

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