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Peggy Sastre et Leonardo Orlando : un gars, une fille

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Publié le

19 décembre 2025

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Il fallait démontrer à notre folle époque que les différences biologiques entre homme et femme existent bel et bien. C’est chose faite, preuves scientifiques à l’appui, dans Sexe, science & censure, un essai passionnant et essentiel signé par la philosophe Peggy Sastre et le politologue Leonardo Orlando, eux-mêmes victimes de censure à ce sujet.
© Hannah Assouline pour Les Editions de l'Observatoire

Comment le déni des différences hommes-femmes s’est-il installé à l’université ?

On est passé, en quelques décennies, d’une simple méfiance à une vraie police de la pensée. Aujourd’hui, dans beaucoup de départements, la meilleure façon de faire carrière est de faire comme si les différences sexuelles n’avaient aucune pertinence pour comprendre le comportement humain. Ce qui est nouveau, c’est l’exportation de ce déni dans les sciences naturelles. Biologistes, neuroscientifiques, psychologues savent très bien que les sexes diffèrent en moyenne. Mais exposer ces résultats peut leur coûter un poste ou leur tranquillité. D’où une autocensure massive : on continue de produire des données, mais on enrobe les conclusions dans des précautions rhétoriques pour ne pas froisser la sensibilité du moment.

Le phénomène est si intériorisé qu’il produit des scènes surréalistes. Au moment de notre censure, quelques chercheurs français « en vue » nous ont soutenus… en off. L’un d’eux a même envoyé un courrier à ses étudiants pour leur déconseiller d’évoquer l’affaire sur leurs réseaux sociaux. C’est un condensé parfait de l’époque : la vérité scientifique qui chuchote et la conformité morale qui hurle.

Sur les questions de masculinité et de féminité, quels rapports entretiennent le plan biologique et les influences culturelles ?

L’opposition nature/culture est un faux problème. Notre cerveau, nos hormones, nos contraintes reproductives sont des conditions de possibilité de la culture, pas l’inverse. Le fait que les femmes portent l’enfant, allaitent, et voient leur fertilité se refermer avec la ménopause, alors que les hommes peuvent procréer plus facilement et plus longtemps, cela a façonné des tendances psychologiques – plus de prudence et de sélectivité côté féminin ; davantage d’esprit de compétition et de prise de risque côté masculin – que les cultures viennent amplifier, inhiber, parfois subvertir.

Masculinité et féminité ne sont ni des essences éternelles, ni des purs artefacts sociaux. Ce sont des styles comportementaux qui émergent de la rencontre entre dispositions biologiques et normes collectives. Le mariage, la morale sexuelle, la galanterie : tout cela, ce sont des solutions culturelles – parfois élégantes, parfois catastrophiques – à des problèmes biologiques très anciens, notamment le conflit d’intérêts entre les sexes et la compétition pour l’accès aux partenaires.

Vous montrez que le cerveau est un organe sexué. Quelles sont les différences principales entre les cerveaux masculin et féminin ?

Dire que le cerveau est sexué ne veut pas dire qu’il existe un « cerveau bleu » et un « cerveau rose » sans chevauchement. Cela veut dire que, statistiquement, le cerveau ne se développe pas de façon identique chez les mâles et chez les femelles, parce qu’il est façonné par des gènes et des hormones sexuées. Les différences d’expression et d’influence hormonale modulent la taille relative de certaines régions du cerveau, ainsi que l’organisation des connexions neuronales. À cela s’ajoutent des différences de rythmes de maturation et des vulnérabilités distinctes. Les troubles du spectre autistique et le TDAH touchent davantage les garçons ; les troubles anxieux et dépressifs sont plus fréquents chez les adolescentes et les femmes. Si vous faites comme si le sexe n’avait aucune importance, vous faites de la mauvaise médecine.

Sur le plan cognitif, le QI moyen est similaire, mais la répartition des talents n’est pas parfaitement identique : léger avantage verbal moyen chez les filles ; léger avantage moyen des garçons sur certaines tâches spatiales ; variance plus élevée chez les hommes, plus nombreux aux deux extrêmes de nombreuses distributions. Et surtout, des styles : plus de systématisation chez les hommes ; plus d’empathisation chez les femmes.

Lire aussi : Denis Moreau : l’éternel retour des hérésies

Qu’est-ce que le paradoxe scandinave ?

Le « paradoxe scandinave » est un constat très dérangeant pour les théories culturalistes : plus un pays est riche, pacifié, égalitaire ; plus les hommes et les femmes ont tendance à diverger dans leurs choix de vie. Pourquoi scandinave ? Parce que c’est dans les pays nordiques, en pointe sur l’égalité, qu’on a constaté que les hommes restaient surreprésentés dans les métiers techniques, abstraits, risqués, avec des femmes s’orientant davantage vers les métiers du soin, de l’éducation, de la relation. Même chose pour certains traits de personnalité : l’amour des « choses » reste plus masculin ; l’amour des « gens » plus féminin ; et l’écart est parfois plus marqué là où les contraintes extérieures sont les plus faibles. Pourquoi ? Parce que lorsque la survie n’est plus en jeu, que l’État-providence amortit les risques, que toutes les portes sont ouvertes, les individus peuvent suivre davantage leurs préférences profondes. L’égalité des droits n’abolit pas les différences de sexe, elle les rend plus visibles.

Sur le plan de la séduction, que cherche l’homme chez la femme, et la femme chez l’homme ?

En gros, l’homme cherche des indices de fertilité et de santé : jeunesse, silhouette avec un certain rapport taille-hanches, peau et cheveux en bon état, absence de signes de maladie. Ce n’est pas parce que les hommes seraient des imbéciles superficiels, mais parce que, pendant des millénaires, ceux qui repéraient mieux ces signaux avaient plus d’enfants survivants. À cela s’ajoutent des critères de caractère – chaleur, fiabilité, probabilité de fidélité – dont l’importance augmente.

La femme cherche d’abord de la sécurité au sens large : la capacité du partenaire à protéger, à investir, à rester. Dans un environnement de prédateurs et de pénurie, cela passait par la force physique et le courage ; dans nos sociétés complexes, cela s’exprime davantage par le statut, la compétence, la stabilité, la réputation d’engagement. Une erreur de choix pouvait signifier la mort de l’enfant et de la mère ; il est donc rationnel, du point de vue évolutif, que les femmes soient en moyenne plus attentives aux indices de fiabilité et de ressources. Quand on les traite de « vénales », on oublie ce prix colossal.

Pourquoi nos élites, malgré ces preuves, continuent de voir dans ces différences des discriminations à combattre ?

Sans doute parce que l’histoire « tout est patriarcat et construction sociale » est plus rassurante moralement et donc politiquement exploitable que l’idée de contraintes biologiques. Si tout est social, tout peut être déconstruit et rééduqué. Si une partie des écarts vient de préférences sexuellement différenciées, alors certaines inégalités sont plus résistantes : on peut les réduire à la marge, mais pas les dissoudre par décret.

Il y a aussi beaucoup d’opportunisme et de lâcheté. Affirmer en public que les hommes et les femmes ne sont pas interchangeables, c’est s’exposer à des campagnes d’indignation et de dénonciation. Inversement, se dire « féministe » rapporte du capital moral à très bas coût.  Enfin, la fable du patriarcat universel offre un méchant unique : « les hommes ». Essayer de faire comprendre que l’histoire humaine est une longue négociation entre deux sexes aux intérêts parfois convergents, parfois divergents, offre moins de punchlines sur un plateau télé.


SEXE, SCIENCE & CENSURE, PEGGY SASTRE ET LEONARDO ORLANDO, L’Observatoire, 336 p., 24 €

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