« Nous comprenons pourquoi cette ville a été créée mais elle a fait son temps. Cet endroit doit être libéré et désormais, tous les sud-Africains doivent être autorisés à rester là où ils veulent être sans souffrir de discriminations». « Orania must fall !» (Orania doit tomber !). La charge a été violente. Lors de ce discours en hommage à l’activiste communiste Harry Gwala, Panyaza Lesufi a exigé l’ouverture de la ville d‘Orania, située dans la province voisine du Cap-Nord. Exclusivement 100% afrikaner, elle a été fondée peu de temps avant la chute du régime de ségrégation raciale par Carel Boshoff, le gendre du premier ministre Hendrik Verwoerd, le théoricien de l’apartheid. Ici on vote massivement pour le Freedom Front (FF), le mouvement qui lutte pour que les afrikaners aient leur propre état en Afrique du Sud. Une épine dans le pied du gouvernement sud-africain qui a toujours toléré l’existence de cette ville qui n’autorise pas les noirs à y résider, mais exclusivement à y passer pour des affaires de domesticité ou pour du travail agricole.
«Même si nous ne souhaitons pas nous mélanger à eux, il est incompréhensible qu’à l’heure actuelle il y ait encore des villes qui soient gérées en fonction d’une langue ou d’une couleur de la peau» s’est plaint Panyaza Lesufi, également député de l’African national Congress (ANC, un parti anciennement organisation terroriste à l’image du FLN en Algérie). Celui qui a connu les geôles du régime de Pretoria critique les 1700 habitants de cette ville qui de « manière inadmissible utilisent leur propre monnaie et hissent leur drapeau tout en faisant fi de la réalité multiraciale de l’Afrique du Sud». C’est « une trahison » a martelé le ministre qui a appelé à la « fin de cette folie ». Il est appuyé dans sa démarche par Carl Niehaus, ancien porte-parole du président Nelson Mandela, un boer d’origine qui a lui-même demandé que le gouvernement légifère sur « ces blancs racistes qu’il faut jeter en prison ».
En guise de réponse à ses détracteurs, le freedomer Carel Boshoff IV, ancien député de 2001 à 2009 et fils du fondateur de cette ville, a déjà par le passé renvoyé les soutiens en tout genre du ministre à la lecture de la constitution sud-africaine. Elle permet l’établissement de ce type d’institutions où chacun peut pratiquer librement sa langue, sa culture, sa religion voir même se gouverner eux-mêmes. Avant que la ville ne publie sobrement un poème sur sa page Facebook officielle, rappelant ses origines afrikaners. Loin d’avoir été impressionné, Panyaza Lesufi a annoncé qu’il allait porter l’affaire devant la cour constitutionnelle afin qu’elle retire à Orania son statut de « ville purement afrikaner ». «Nous préparons un document que nous allons soumettre à la Cour constitutionnelle afin de déclarer nul et non avenu tout accord concernant Orania. Nous avons une équipe d’avocats solides et nous allons mettre fin à son existence dans ce pays car elle ne répond pas aux valeurs de l’Afrique du Sud» a déclaré le ministre à la presse. Précisons que son interprétation des valeurs en question lui est toute personnelle.
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Le statut d’Orania fait débat depuis plusieurs années. En 2000, le gouvernement provincial du Cap-Nord a ordonné la dissolution du conseil municipal de la ville avant que celle-ci ne fasse valoir ses arguments devant le tribunal. Un statu quo a été maintenu jusqu’à présent entre la province et Orania, qui fait régulièrement les titres de la presse sud-africaine. Loin d’être la seule du genre en Afrique du Sud, divers mouvements afrikaners souhaitent l’établissement d’un vrai volkstaat (état) sans pouvoir s’entendre réellement sur son emplacement et ses frontières. Selon un sondage paru en 2010, seuls 17% des afrikaners souhaitent avoir leur propre république. Cependant, en une décennie de violence croissante envers les blancs, il est possible que ce chiffre ait significativement augmenté.
Ces derniers ont attiré l’attention des médias internationaux après que des associations aient affirmé qu’un génocide blanc était organisé dans le plus grand silence par la majorité noire. Et dont le gouvernement, sous pression de son extrême-gauche populiste, réclame que les 70% des terres arables dont les afrikaners ont la possession, soient redistribuées équitablement. Une loi de réforme des terres qui a considérablement excité les tensions raciales envers les blancs dans ce pays comme en témoigne la récente dégradation de la statue en bronze de Paul Kruger, le dernier président de la République du Transvaal, victime de la colère des militants militants locaux du Black Lives Matter. Pour mémoire, le Zimbabwe a confisqué l’intégralité des terres appartenant à des fermiers blancs entre 2000 et 2003, avant de leur restituer à demi en raison de la famine atroce qui s’en est suivie.





