Le résultat final se fit attendre. Minuit approchait quand Benoît Jimenez, l’adjoint au maire UDI de Garges-lès-Gonesse et candidat à la mairie sous la bannière « Volontaires pour Garges », fut annoncé vainqueur avec 50,85% de suffrages. Un soulagement pour beaucoup, bien moins pour la victoire du candidat du centre que pour la défaite de son opposant Samy Debah, candidat sans étiquette et fondateur en 2003 du CCIF (Collectif contre l’Islamophobie en France). Il y a quelques mois, plusieurs responsables politiques avaient alerté sur le risque de listes « communautaires » pour cette élection municipale. L’AFP révélait en mars que dix listes avaient été « recensées par les préfets, en vue du premier tour le 15 mars », un recensement qui se fondait sur « le fruit de signalements réalisés par les préfets » . Parmi elles, celle de Samy Debah.
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Déjà candidat aux législatives de 2017, il avait créé la surprise en se qualifiant au second tour. Au passage, il avait porté plainte contre son adversaire de l’époque François Pupponi, mais également contre Bernard Cazeneuve alors Premier ministre, qui avait appelé à un « front républicain » pour battre celui qu’il qualifiait de « communautariste ». Ce professeur d’histoire-géographie revendique la paternité du CCIF qu’il quitta en 2017 et ne renie pas son passé de prédicateur du Tabligh [un mouvement fondamentaliste et prosélyte qui prône une vision vision ultra-rigoriste et littérale de l’islam et fut cité dans le dossier judiciaire de la filière djihadiste de Lunel, responsable du départ de plusieurs jeunes français pour la Syrie et l’Irak dans les années 2014-2015]. Il nie en revanche toutes les accusations : « Pourquoi est-ce qu’on préjuge que ma liste sans étiquette sera communautaire ? Parce que je suis Samy Debah. C’est n’est ni plus ni moins qu’un préjugé raciste », expliquait-il au Parisien en janvier.
« L’audace du renouveau » était le nom de sa liste. Un renouveau au goût de soufre diront certains
Comme le révélait Marianne en mars dernier, Samy Debah a ouvertement dragué l’électorat musulman en diffusant notamment un tract traduit en plusieurs langues dès la fin du ramadan l’été dernier. L’ambiance était très tendue hier soir avec une participation en hausse de sept points. Samy Debah a encore été battu, mais cette fois-ci d’une petite centaine de voix. Le candidat controversé a déjà annoncé qu’il allait déposer un recours en annulation et demande à ses équipes de rester mobilisés. La défaite semble sûre, mais l’écart se resserre.
Victoire islamiste à Goussainville
Ce n’est pas le cas à Goussainville, ville voisine de Garges-lès-Gonesse qui a vu Abdelaziz Hamida, candidat sans étiquette, remporter le second tour des municipales avec 38,58% des suffrages, distançant de 426 voix le maire sortant divers gauche et de 745 voix son opposante divers droite, dans une triangulaire serrée. Selon L’Express, Abdelaziz Hamida est réputé proche du Tabligh, comme Samy Debah, et a fait l’objet d’une fiche S pour islamisme radical. Il nie et porte plainte pour diffamation (le jugement devrait être rendu en septembre). « L’audace du renouveau » était le nom de sa liste. Un renouveau au goût de soufre diront certains. Le nom des maires les plus récents : Alain, Antoine, Élisabeth, Michel, Roger, Jean-Gaston, René, Clovis, Ernest, Eugène. Désormais Samy. L’islam politique commence à percer dans des petites communes, lesquels pourront devenir les plates-forme électorales pour des scrutins de plus grande portée. À Strasbourg, la candidate (désormais élue) de EELV, Jeanne Barseghian envoyait ses militants draguer les musulmans en disant que sa liste « était la seule avec une daronne voilée. » Manifestement, cet électorat très convoité qui a la démographie pour lui se passera bientôt de ceux qui croyaient s’en servir comme levier.





