Skip to content

150 ans de la IIIe République : le Second Empire victime du coup de force des Républicains

Par

Publié le

4 septembre 2020

Partage

Comment est née la IIIe ? Derrière les mots lénifiants d’Emmanuel Macron au Panthéon, c’est une autre réalité qui eut lieu. Notre service de vérification historique a enquêté.
proclamation 3eme Republique

« Français ! Le Peuple a devancé la Chambre, qui hésitait. Pour sauver la Patrie en danger, il a demandé la République », affirme Léon Gambetta à l’hôtel de Ville de Paris le 4 septembre 1870, en proclamant la République depuis le balcon. Un texte lu à nouveau ce matin par une lycéenne devant le président de la République au Panthéon. Et ce dernier de commenter : « Alors que l’Empire venait d’être défait à Sedan, un jeune député de trente-deux ans, Léon Gambetta, répondait à l’appel du peuple de Paris et proclamait la République ».

Ces propos – ceux de Gambetta comme ceux de Macron – sont révélateurs d’une réécriture de l’histoire qui s’apparente à une véritable falsification. Non, ce n’est pas le peuple français – ni même celui de Paris, à supposer qu’il existât – qui a souhaité l’instauration d’une République. C’est une populace avide de revanche et excitée par l’extrême gauche républicaine qui a profité de la défaite pour régler ses comptes et renverser l’Empire.

Louis-Napoléon Bonaparte et sa dynastie sont déclarés déchus du pouvoir. Il sera nommé par le Corps législatif une commission […] investie de tous les pouvoirs du gouvernement et qui aura pour mission expresse de résister à outrance à l’invasion et de chasser l’ennemi du territoire

Il faut dire que beaucoup, dans l’ombre, préparaient leur coup et attendaient leur heure. Dès le mois d’août 1870, devant les difficultés rencontrées sur le terrain par l’armée française, Jules Favre redouble de hargne et multiplie les phrases assassines contre l’Empire, au Corps législatif. « J’aimerais mieux laisser à mes enfants le souvenir de la Convention plutôt de leur laisser le souvenir de Bonaparte ». Et au lieu de faire l’union sacrée devant l’ennemi prussien, il n’hésite pas à conditionner son patriotisme à la chute de la dynastie : « Vous ne pouvez obtenir un effort héroïque de la population qu’à la condition de lui faire comprendre que vous ne défendez pas l’Empire ». Gambetta ira jusqu’à réclamer « un acte anti-dynastique » pour permettre l’unité nationale. Selon l’historien Maxime Michelet, auteur d’une récente biographe de l’impératrice Eugénie, « malgré le discours républicain affirmant sans cesse abandonner les intérêts partisans au profit de ceux de la nation, la gauche républicaine a mené durant le mois d’août 1870 une opposition systématique qui avait d’autant plus de facilité à s’épanouir que la droite quant à elle ne cherchait pas à nourrir les discussions », suivant en cela les prescriptions impériales appelant à mettre de côté les querelles partisanes.

Le 2 septembre, l’empereur est fait prisonnier à Sedan et capitule. La nouvelle est connue à Paris le 3 septembre, y déclenchant des troubles. Le 4, vers 1 heure du matin, le Corps législatif se réunit d’urgence pour délibérer sur la situation. C’est alors que Jules Favre – qui est par ailleurs le grand-père maternel du philosophe Jacques Maritain – prononce ces mots qui tombent comme un couperet : « Louis-Napoléon Bonaparte et sa dynastie sont déclarés déchus du pouvoir. Il sera nommé par le Corps législatif une commission […] investie de tous les pouvoirs du gouvernement et qui aura pour mission expresse de résister à outrance à l’invasion et de chasser l’ennemi du territoire. […] Le général Trochu est maintenu comme gouverneur général de Paris ».

Mais le processus parlementaire est interrompu par la foule qui force l’entrée du Palais-Bourbon vers 14h30, s’engouffre dans l’enceinte du palais et s’entasse dans les tribunes. Gambetta tente alors d’y faire régner le calme : « C’est comme représentant de la Révolution française que je vous adjure d’assister avec calme au retour des députés sur leur banc ! » hurle-t-il. Mais rien n’y fait et devant les vociférations de la populace appelant à la déchéance de l’Empire, Jules Favre renonce à faire voter ses collègues sur sa proposition et Gambetta propose d’emmener la foule à l’hôtel de Ville. C’est là qu’il proclame la République, à l’issue d’un véritable coup de force.

Lire aussi : Histoire : et si la République était arrivée dans les fourgons de l’étranger ?

L’impératrice Eugénie refuse d’employer la force publique pour tenter d’arrêter les émeutiers, ne voulant pas précipiter Paris dans la guerre civile, alors que l’ennemi est déjà victorieux sur le sol français. C’est tout à son honneur et l’histoire devrait retenir que là où certains ont préféré faire passer leurs intérêts partisans avant la défense de la patrie, l’impératrice Eugénie accepta de sacrifier l’intérêt dynastique pour ne pas verser le sang entre Français devant l’ennemi : « Mon unique souci, la seule ambition est de remplir dans toute leur étendue, les devoirs qui me sont imposés », affirme alors l’impératrice à certains députés venus la solliciter. « Si vous croyez, si le Corps Législatif croit que je suis un obstacle, que l’on prononce la déchéance, je ne me plaindrais pas. Je pourrais quitter mon poste avec honneur, je ne l’aurais pas déserté. Mais je suis convaincue que la seule conduite sensée, patriotique, pour les représentants du pays serait de se serrer autour de moi, de laisser de côté, quant à présent, toutes les questions intérieures et d’unir étroitement nos efforts pour repousser l’invasion ».

On pourrait reprocher beaucoup de choses au Second Empire qui était loin d’être parfait. Force est de reconnaître que malgré ses faiblesses, il restait populaire dans l’opinion publique comme le montre le plébiscite organisé le 8 mai 1870 – soit moins de quatre mois avant la déchéance – aux termes duquel plus de quatre électeurs sur cinq affirment soutenir le régime. Il a fallu la défaite de Sedan et le coup de force des Républicains pour emporter l’Empire dans la débâcle. C’est comme une tâche indélébile qui marquera à vie la naissance de ce régime. Il eût été honnête de le rappeler ce matin mais Macron préfère la légende républicaine à l’histoire des faits. 

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest