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Faux procès pour Mignonnes

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Publié le

11 septembre 2020

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Diffusé sur Netflix depuis mercredi, le film français Mignonnes est accusé de sexualiser les corps des jeunes filles. Halte à l’hystérie.
Mignonnes

Une nouvelle polémique arrive des Etats-Unis. Encore une histoire de Cancel Culture comme on dit. Mais cette fois-ci elle concerne une œuvre française : Mignonnes, primée aux festivals de Berlin et de Sundance. Sortie le 19 août dans les salles françaises dans un relatif anonymat, le premier film de la réalisatrice Maimouna Doucouré reçut néanmoins un accueil positif de la critique et des spectateurs, si l’on se réfère aux notations du public sur le site Allociné. Pour le reste du monde, c’est Netflix qui s’occupe de la distribution du long-métrage rebaptisé Cuties et c’est au moment de la promotion du film par le géant du streaming que les premières polémiques ont commencé de retentir.

Le synopsis présenté est remanié (« Amy, 11 ans, qui décide d’explorer sa féminité et de défier ses traditions familiales grâce au « twerk » »), tout comme l’affiche montrant les « mignonnes » en tenues moulantes et prenant une pose très suggestive le nombril à l’air. Les réseaux sociaux sont pris d’assaut, les internautes accusent Netflix de « sexualiser » des filles de onze ans jusqu’à reprocher à Netflix d’apprendre « aux filles à se considérer comme des objets sexuels » ou de faire carrément la promotion de la « pédophilie ». Netflix rétropédale, présente ses excuses, retire l’affiche du scandale et modifie le synopsis.

Lire aussi : Racisme à Hollywood

On pensait la polémique close, il n’en est rien. Poussée par des associations et des personnalités politiques américaines (majoritairement du camp républicain), elle continue d’enfler jusqu’à la mise en ligne du film ce mercredi sur la plateforme. Le hashtag #CancelNetflix fleurit partout, souvent accompagné de #SaveTheChildren, et les pétitions sur multiplient, jusqu’à traverser l’Atlantique pour venir chez nous, d’où le film était pourtant, à l’origine, parti sans encombre. Des extraits sont diffusés et largement partagés et soulèvent une deuxième vague d’indignations mais cette fois-ci de provenance française.

Un film que ses détracteurs n’ont jamais dû regarder…

Charger sabre au clair contre Netflix est, il faut l’avouer, tentant. Entre leurs créations affligeantes et leur stratégie diversitaire, les motivations ne manquent pas. D’autant qu’ils sont les seuls responsables de la polémique Mignonnes. Le problème… c’est la réalité du film ! Toutes les accusations sont fausses et il faut ne pas l’avoir vu pour s’indigner avec autant d’ardeur. Le film de Maimouna Doucouré est une chronique sociale dont le titre annonce d’emblée les tensions que subit son héroïne arrivée à l’âge délicat de la puberté.

Mignonnes nous interroge avant tout sur le danger des smartphones, l’influence dévastatrice des réseaux sociaux, la promotion du cul partout sans contrôle, la pornographie accessible en trois clics et les nouveaux modèles.

Amy vit en France mais dans une famille musulmane et polygame. Scolarisée dans une école publique, elle se retrouve confrontée aux autres filles, celles qui sont regardées par les garçons, pleines d’assurance, provocantes et libres. La caméra suit le regard d’Amy et le montage superpose volontairement deux mondes opposés. L’un que la jeune fille décide de fuir lorsqu’elle découvre la polygamie du père dans une conversation filmée au ras du sol pour rejoindre l’autre, qui lui offre une échappatoire. Sauf que cette échappatoire n’est pour autant jamais présentée comme séduisante par la réalisatrice. Au contraire. Il n’y a pas d’équivoque possible dans les mises en scène de danse. Maimouna Doucouré ne les esthétise pas, elle les filme crûment avec toute la vulgarité et violence qu’elles dégagent. Certes, elle commet quelques maladresses – c’est son premier film –, mais aucune qui ne laisserait penser que derrière cette charge contre la sexualisation des jeunes filles se cache une complaisance fétichiste.

…. à moins qu’ils soient cons

Mignonnes choque, et heureusement, au vu du sujet choisi, mais nous interroge avant tout sur le danger des smartphones, l’influence dévastatrice des réseaux sociaux, la promotion du cul partout sans contrôle et jusque dans les 4×4 dans le métro, la pornographie accessible en trois clics et les nouveaux modèles… Autant de vraies questions que soulève le film, des questions dont certains agités devraient justement s’emparer plutôt que de s’acharner à le faire interdire, en démontrant par là qu’ils n’ont simplement pas les facultés intellectuelles nécessaires à en saisir le propos.

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