Etabli en 1930, le Code Hays a gouverné le cinéma américain jusqu’en 1966, réglementant ce qu’on pouvait ou pas montrer à l’écran. L’aventurier Howard Hugues en fit d’ailleurs les frais après avoir montré de manière trop explicite l’affriolant décolleté de la débutante Jane Russe dans son western Le Banni. Alors que le film devait sortir en 1941, Hugues ne put le produire à l’affiche des cinémas qu’en 1943 de manière limitée, la Production Code Administration dirigée par Joseph Breen ne goûtant que peu les provocations du pionnier de l’aviation et célèbre séducteur. Rigoureux, parfois jusqu’à l’excès, le Code Hays peut être lu comme l’antithèse de ce qu’un film doit être aujourd’hui. O empora, o mores ! S’il convenait avant-guerre de ne moquer aucun culte et d’éviter absolument les plus petites allusions sexuelles, c’est peut-être précisément le point de vue inverse qu’il faudra adopter demain – au moins pour le christianisme et les sexualités de marge -.
Les codes encadrant l’expression artistique ont été légion jusqu’aux années 1960 aux Etats-Unis, à l’image par exemple de celui édicté par la Comik Books Authority qui émit un avis défavorable contre le super-héros célibataire Batman … suspecté d’inviter la jeunesse à la débauche homosexuelle de par sa proximité avec son jeune acolyte Robin. L’URSS ne fut évidemment pas en reste, censurant de nombreuses œuvres en raison de leur « formalisme bourgeois » ou d’une lecture non conforme de l’Histoire ou des relations humaines telles que les concevaient les bolchéviques. Même le musicien Chostakovitch y fut soumis, devenant maladivement dépressif et craintif. Les contraintes ont toutefois paradoxalement du bon pour les artistes, les grands qui arrivent à s’en affranchir intelligemment et en faire une force, ce que ne démentent pas les symphonies de guerre du Russe.
Qui a envie d’un remake dramatique de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? avec Oprah Winfrey ou d’un Qui veut encore du jambon ? avec un couple mixte juif-afro-américain à Manhattan ?
La situation française est plus pernicieuse. Nos films doivent souvent être « édifiants », quand bien même tiendraient-ils du registre comique. Il y aura d’ailleurs matière à inspiration pour les producteurs hollywoodiens qui voudront coller aux nouveaux standards diversitaires afin de présenter leurs films aux Oscars. Qui a envie d’un remake dramatique de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? avec Oprah Winfrey ou d’un Qui veut encore du jambon ? avec un couple mixte juif-afro-américain à Manhattan ? Il faudra certainement changer le titre en « Qui veut encore du poulet frit et de la pastèque ? » pour coller aux standards locaux, mais l’affaire pourrait plaire à nos nouveaux censeurs.
Hollywood est paradoxalement devenue le cœur du réacteur d’une propagande « woke » virant au totalitarisme pur et simple. Aucun film historique ne pourra plus gagner un Oscar, faute d’inclure de la diversité en nombre suffisant dans son casting (ou alors, il faudra compenser avec les personnes embauchées). Nous Français n’avons pas besoin de code : nous avons depuis bien longtemps intériorisé notre auto-censure et largement renoncé à l’ambition.





