Le gouvernement est très offensif dans la lutte contre l’islamisme : est-ce une vraie prise de conscience ou un nouvel exercice de communication ?
Oui, il y a une vraie prise de conscience. Dès son premier passage à la télévision le ministre de l’Intérieur parlait d’ensauvagement. Le problème c’est le « et en même temps », en l’occurrence incarné par Éric Dupond-Moretti qui n’a pas su troquer son habit d’avocat pénaliste de talent pour celui d’avocat de la société. Quand un attelage va à hue et à dia, il arrive rarement en bon état à destination. Le projet de loi sur le « séparatisme » va être un tournant.
J’attends le Rassemblement National et Les Républicains sur le sujet parce que je comprendrai mal que des partis qui attirent depuis un certain temps l’attention sur les risques du communautarisme et de l’islamisme refusent de voter le texte au prétexte d’une prétendue insuffisance.
Lors de son discours, Emmanuel Macron a enfin nommé les choses. J’attends cependant le contenu du projet de loi mais aussi la réaction du Parlement. J’attends le Rassemblement National et Les Républicains sur le sujet parce que je comprendrai mal que des partis qui attirent depuis un certain temps l’attention sur les risques du communautarisme et de l’islamisme refusent de voter le texte au prétexte d’une prétendue insuffisance. Ça va être un moment de vérité intéressant sur le sens des responsabilités de chacun.
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Vous évoquez l’Appel à la résistance islamique mondiale, un texte de 1 600 pages publié surinternet en janvier 2005 par Abu Musab Al-Suri. Qui était-il et que dit ce texte ?
Syrien réfugié en Espagne, Abu Musab Al-Suri a théorisé la réussite du djihad. Il commence par faire le constat de l’échec des deux premiers djihads : le premier est l’exportation de combattants musulmans issus des pays du Maghreb ou d’Europe vers les zones de guerre afghanes ou bosniaques à la fin du siècle dernier ; le second, ce sont les attentats spectaculaires d’Al Qaida. Ces deux djihads, constate Al Suri, n’ont pas déclenché le soulèvement espéré. Pour lui, le succès viendra de la combinaison de deux facteurs : il faut d’abord que les immigrés musulmans se « dés-intègrent », et il est pour cela nécessaire de recrée une identité musulmane primant sur le sentiment d’appartenance à la communauté nationale.
Pour lui, le succès viendra de la combinaison de deux facteurs : il faut d’abord que les immigrés musulmans se « dés-intègrent », et il est pour cela nécessaire de recrée une identité musulmane primant sur le sentiment d’appartenance à la communauté nationale.
Il décrit des méthodes précises pour y parvenir, comme la mécanique provocation-riposte de l’État-victimisation, avec les idiots utiles qui plongent et les bien-pensants et les lâches qui commentent et s’indignent. Deuxième facteur : il faut qu’il y ait une guerre pas loin de l’Europe pour permettre aux jeunes musulmans d’y aller s’aguerrir et de revenir en Europe avec le savoir-faire du combattant, et la capacité de recruter/former des recrues locales, et de coordonner des actes de combat sur les territoires occidentaux. En 2011, la guerre éclate en Syrie. Aujourd’hui, les deux conditions idéales pour un succès du djihad selon Al Suri sont désormais réunies.
Que pensez-vous de la fameuse manifestation dite « contre l’islamophobie » de novembre 2019 ?
Il y a des moments dans l’histoire où l’on peut voir clairement qui est dans quel camp. La partie de la gauche française qui a défilé ce jour-là à l’appel et aux côtés d’associations islamistes prônant la charia s’est irrémédiablement compromise.





