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Les essais monde du mois #36

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Publié le

30 novembre 2020

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Les critiques par l’Incorrect des essais monde du mois de novembre : France-Amérique, un divorce raté du collectif Les Hurons et Le Drame de 1940 du Général André Beaufre.

ATLANTISME SANS FRONTIERE

France-Amérique, un divorce raté du collectif Les Hurons. Éditions du Cerf. 202 p. 18 €

Dans un essai vif et relevé, le collectif « Les Hurons » dénonce l’atlantisme qui ronge la France et décortique le fonctionnement des réseaux progressistes américains qui s’immiscent sur notre sol. Macron a cru pouvoir obtenir une relation spéciale avec Trump, il n’en a été que le vassal et le supplétif dévoué. Quel que soit le résultat du 3 novembre, la donne ne changera pas. L’indigénisme et le racialisme s’infiltrent partout, de l’université à la télévision, avec des starlettes des écrans et des médias formées à Washington et payées par les fondations progressistes. La politique étrangère française s’en trouve limitée. Elle suit les directives américaines sans réelle autonomie, en premier lieu parce que ses fonctionnaires n’ont pas d’autonomie de pensée. On pouvait espérer un divorce à l’amiable entre Paris et Washington, c’est pour l’instant un divorce qui n’a pas eu lieu et une cohabitation qui étouffe toujours plus la souveraineté française. Jean-Baptiste Noé

COMME EN 40

Le Drame de 1940 du Général André Beaufre. Perrin. 362 p. 19 €

Le général André Beaufre (1902-1975), l’un des principaux stratégistes français, fut membre du Grand quartier général au moment des événements de mai et juin 1940 : son analyse est ainsi particulièrement précieuse. Il l’a exposée dans un livre récemment réédité où alternent souvenirs de sa vie militaire et réflexions géostratégiques et militaires, le tout servi par une plume magnifique et un humour souvent acéré. En août 1939, le capitaine Beaufre participe à la mission militaire franco-britannique envoyée à Léningrad pour négocier une alliance avec la Russie soviétique. Le déroulement détaillé de ces négociations ratées fait l’objet d’un chapitre particulièrement intéressant, où se glissent çà et là quelques réflexions pertinentes sur une URSS alors assez peu connue.

La courte campagne de Norvège d’avril 1940 est pour lui une sorte de test où les deux adversaires ont pu confronter leurs méthodes avant l’affrontement décisif. Son constat est sans appel : « Notre infériorité paraît écrasante. Nous manquons d’imagination, de caractère et d’organisation… Et puis surtout on constate déjà les faiblesses qui nous seront fatales : manque de matériel moderne, de DCA, influence morale décisive des bombardements aériens, passivité de la troupe […] commandement sans résolution ». Il faut ajouter que la production d’armements, bouleversée par la réorganisation entreprise dans l’industrie par le ministre Dautry, marque le pas. Pour beaucoup de matériels, elle sera même inférieure en mai 1940 à son niveau de septembre 1939 ! « À la première épreuve, notre système militaire apparaît terriblement démodé », conclut-il. En mai, lorsque l’Allemagne attaquera, la doctrine française sera ainsi en retard d’une guerre. Face à un adversaire habile et manœuvrier, elle ne constituait plus alors qu’« un vaste outil inefficace, incapable de réactions rapides et d’adaptation, absolument inapte à l’offensive, donc à la manœuvre… La machine était vieille, rouillée et poussive ».

Malgré tout, le combat défensif et victorieux des 6 divisions de l’armée des Alpes face à 30 divisions italiennes montre pour Beaufre que « notre défaite résultait moins d’une faiblesse absolue que de l’énorme supériorité des méthodes de guerre innovées par les Allemands ». Retenons comme conclusion une réflexion qui demeure d’une certaine actualité : « Le vent de l’Histoire, quand il s’élève, domine la volonté des hommes, mais il dépend des hommes de prévoir ces tempêtes, de les réduire et même, à la limite, de savoir les utiliser ». Serge Gadal  

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