Professeur de l’Université d’Ottawa en Ontario, Mme Verushka Lieutenant- Duval a été victime de censure institutionnelle et d’intimidation par ses étudiants. Sa faute ? Elle a prononcé, lors de son cours sur l’art et le genre, le mot qu’il ne faut pas dire, « nigger ».
Elle avait beau prononcer le mot dans le cadre de son enseignement, en expliquant sa réappropriation subversive par la communauté noire américaine, il semblerait qu’il lui soit interdit à cause de sa couleur de peau blanche, et donc forcément suprématiste. Une étudiante du cours, outrée de ce supposé racisme à son égard et soucieuse de dénoncer la discrimination systémique vécue à l’université, diffuse sur les médias sociaux l’adresse et le numéro de téléphone personnels du professeur.
Au bout d’un procès digne de 1984, le professeur est suspendu de ses fonctions pendant trois semaines, sans même avoir eu la possibilité de se justifier auprès des autorités
L’affaire prend une tournure sordide : l’Université d’Ottawa désavoue son employée. Le recteur, M. Jacques Frémont, dénonce, dans un communiqué le 19 octobre, le racisme systémique, ainsi que les « agressions et micro-agressions » qui imprègneraient le monde universitaire : « L’enseignante avait tout à fait le choix, dans ses propos, d’utiliser ou non le mot commençant par –n ; elle a choisi de le faire avec les conséquences que l’on sait ». Autrement dit, elle savait à quoi s’attendre. Elle a pris un risque, tant pis pour elle. On assiste à la situation ironique et désormais courante où un professeur qui répand les théories de l’intersectionnalité se fait dévorer par une gauche qu’il nourrissait. Au bout d’un procès digne de 1984, le professeur est suspendu de ses fonctions pendant trois semaines, sans même avoir eu la possibilité de se justifier auprès des autorités.
En se rangeant du côté des étudiants vautrés dans un discours victimaire, l’établissement révèle une terrible lâcheté, la même qui isola en France Samuel Paty, sans défense, face à un ennemi sanguinaire.
Depuis, divers politiciens prennent la parole soit pour soutenir les étudiants « racisés » et heurtés, soit pour défendre le professeur et plaider pour l’usage des « mots interdits » dans un contexte pédagogique. Le Premier ministre du Québec, François Legault, dont le gouvernement refuse de reconnaître « l’idéologie en provenance des États-Unis » qu’est le « racisme systémique », dénonce une « police de la censure ». La vice-première ministre, Geneviève Guilbault, a tenu aussi à souligner les intimidations que subissent les professeurs francophones dans cette affaire, qui soutiennent majoritairement la liberté académique face au monde anglophone. Pour une fois, les Québécois ont témoigné d’une étonnante unanimité à l’Assemblée nationale. Tous les partis – dont le Parti libéral du Québec, marquant une opposition à Justin Trudeau – se sont entendus pour signaler les dérives du politiquement correct.
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Au sein du gouvernement fédéral à Ottawa, on peine à afficher une position claire. Justin Trudeau s’est, quant à lui, lâchement retranché derrière « le respect des autres et l’écoute des communautés », ainsi que du combat contre « le racisme sous toutes ses formes ». Il n’a pas pu, cependant, fuir les questions sur la crise des caricatures qui fait rage actuellement en France.
Si Emmanuel Macron revendiquait leur diffusion et la liberté d’expression à la suite du meurtre de Samuel Paty, Trudeau, interrogé lors d’une conférence de presse le 30 octobre, affirmait sous le regard approbateur de la majorité anglophone du pays que « nous devons être conscients de l’impact de nos mots, de nos gestes sur d’autres, particulièrement ces communautés […] qui vivent énormément de discrimination encore », puisqu’il faut aussi éviter de « blesser de façon arbitraire ou inutile ». Invitant, finalement, à débattre de certaines limites à la liberté d’expression, Trudeau ne pose, en tout cas, aucune borne à la médiocrité et à la complicité.





