Skip to content

Vincenzo Sofo : « Ce gouvernement Draghi est une aberration orchestrée par le haut »

Par

Publié le

19 février 2021

Partage

Déçu par le ralliement de la Lega au gouvernement de Mario Draghi, Vincenzo Sofo a décidé de quitter le parti de Matteo Salvini. Le député européen a choisi de rejoindre Giorgia Meloni, présidente de Fratelli d’Italia, le parti souverainiste qui monte dans les sondages. Entretien.

Matteo Salvini s’est rallié à l’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi. Pouvez-vous expliquer l’attitude de votre ancien chef de file ?

Ce gouvernement est en réalité une aberration orchestrée par le haut, un peu sur le style de Mario Monti, en 2011. Le projet est toujours le même : faire converger de nombreux partis italiens pour voir émerger un grand parti centriste qui puisse gouverner quelque soit le résultat des élections. Le Président de la République a presqu’imposé à tous les partis de soutenir le gouvernement de Draghi, en charge de la répartition des 209 milliards d’euros du Recovery fund européen. C’est donc aussi un choix stratégique : la Lega a accepté car leur vraie question est de savoir où et comment utiliser ces milliards d’euros. Par là, la Lega a adopté un logiciel de syndicat territorial. Elle va changer et va prendre la route d’un parti plutôt libéral et modéré. La Lega s’inscrit dans l’héritage de la droite PdL (Il Popolo della Libertà) ou de Forza Italia, les grand rassemblements qu’avait fait Berlusconi. Ce sont les raisons pour lesquelles j’ai décidé de ne plus soutenir ce parti là. La Lega prend un chemin qui est loin de ce que j’ai pu y faire toutes ces années.

Salvini a t-il fait preuve selon vous, de pur opportunisme ou s’agit-il de la suite logique de son évolution politique ?

La crise du covid a créé une grande crise économique. C’est le nord de l’Italie qui a été cette fois touché. La Lega a historiquement un ancrage territorial dans le nord. Elle a donc subi la pression des grandes industries du nord qui leur ont dit qu’elles avaient besoin d’aide et de l’argent du Recovery fund.

La Lega restera un parti avec lequel s’allier dans de nombreuses batailles, mais elle ne peut plus rester ma maison

Ça a beaucoup joué sur le choix de Salvini, qui gouverne la Lombardie et d’autres grandes régions du nord. C’est la victoire de la vieille Lega sur le projet souverainiste de ces dernières années.

Vous songiez à quitter la Lega depuis longtemps ou cet évènement en a été le seul déclencheur ?

C’est un choix difficile car je militais dans la Lega depuis 10 ans. J’étais rentré dans la Lega en 2009 parce qu’elle était la seule alternative possible à droite, pour créer une droite nationale, identitaire et conservatrice. C’était une époque où la droite avait disparu en décidant de se dissoudre dans le mouvement de Berlusconi, il y avait des millions d’Italiens qui étaient restés sur le banc. C’est là que j’ai commencé à m’engager. J’avais monté mon think tank pour pousser à cette Lega nationale, à ce qu’elle s’occupe des questions sociales, identitaires et de la souveraineté. Moi je veux continuer dans ce parcours là et ce n’est pas possible dans un mouvement qui a fait le choix de soutenir Draghi. C’est un vrai changement de nature. La Lega restera un parti avec lequel s’allier dans de nombreuses batailles, mais elle ne peut plus rester ma maison.

Fratelli d’Italia devient-elle selon vous la seule alternative souverainiste ? Vous ralliez-vous totalement à sa ligne politique ou comptez-vous lui apporter quelque chose de différent ?

J’apprécie beaucoup et je trouve très intéressant le choix de Fratelli d’Italia de ne pas soutenir le gouvernement Draghi. Selon un sondage, 40% des Italiens ne voulaient pas ce gouvernement qui n’a pas été choisi par les élections. Fratelli d’Italia permet à ces millions d’Italiens d’avoir une voix. D’autant que si on regarde le dernier vote populaire de 2018, c’est la ligne souverainiste et sociale qui l’emporte, tout le contraire de ce qu’incarne ce nouveau gouvernement. Si Fratelli d’Italia avait décidé de soutenir ce gouvernement, nous aurions eu un gouvernement sans opposition. Et ça, c’est quelque chose qui s’apparente à une dictature. 

Lire aussi : Vincenzo Sofo, le fiancé de Marion Maréchal, rompt avec Salvini

Je ne suis pas entré officiellement dans Fratelli d’Italia. J’ai rejoint son groupe politique européen. J’ai de bons rapports avec eux, je les connais depuis longtemps mais je conserve pour l’instant mon indépendance, pour être libre de collaborer avec qui je veux. Mais il est clair que Fratelli d’Italia représente cette véritable alternative.

Devenue seule opposante au gouvernement, croyez-vous que Giorgia Meloni puisse gagner en importance en Italie ? Comment voyez-vous le proche avenir politique ?

Giorgia Meloni a commencé à monter lors des dernières élections européennes. Elle est maintenant à 16%. C’est d’autant plus intéressant que la loi électorale va sûrement être changée pour mettre en place un système proportionnel. Son parti peut devenir un allié nécessaire à la Lega. Alors que le consensus populaire glisse toujours plus vers la droite, la possibilité d’une future grande coalition de droite est très probable.

En marginalisant le souverainisme, ce gouvernement stérilise Salvini

C’est ce qui m’intéresse. Moi je me suis toujours engagé pour éviter un monopole centriste dans la politique italienne. C’est exactement ce qu’est ce gouvernement. Je pense que la Lega va être dévorée par ça. En marginalisant le souverainisme, ce gouvernement stérilise Salvini.

Vous avez rejoint le groupe politique européen des conservateurs (CRE). Croyez-vous que celui-ci soit davantage prometteur pour l’avenir de la droite souverainiste européenne ? 

Je pense que oui. Malheureusement, après les élections de 2019, nous n’avons pas réussi à faire une coalition entre les deux groupes, les conservateurs du CRE (Conservateurs et réformistes européens) et l’ENL (Europe des Nations et des Libertés), ce qui aurait été la meilleure des choses. Mais avec la dernière décision de la Lega, le groupe européen va perdre sa cohésion et son union politique. Et cela aura des conséquences quant à l’efficacité de son action politique. Au contraire, les conservateurs sont une famille politique intéressante qui unit le PiS polonais, l’espagnol Vox, Fratelli d’Italia et d’autres partis entre qui il y a une véritable cohésion. On a vu ces derniers jours se créer une véritable polémique entre la Lega et Alternativ für Deutschland. Je ne vois pas trop comment ce groupe pourra fonctionner.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest