Travail de composition préalable, hardiesse des arrangements, improvisation libre autour de la partition originale de Wolfgang Amadeus, tout concourt à l’émergence d’une lecture judicieusement réappropriée. Dimitri Naïditch est l’un des seuls pianistes à mener une carrière de compositeur de jazz et d’interprète classique à égalité, ce double parcours lui permettant d’aborder un tel matériau selon une perspective idéale.
Une générosité absolue
Mozart occupe une place unique dans l’histoire de la musique, probablement parce qu’aucun autre compositeur n’allie de cette manière la puissance d’un génie hors norme avec une âme aussi radieuse. Cette générosité absolue transparaît chez Naïditch, véhiculant l’esprit précoce et prolifique de Mozart, l’aspect visionnaire d’une écriture où symphonies, sonates, opéras et concertos sont portés au degré de perfection que l’on sait. Dans le monde du jazz, Dimitri Naïditch est réputé pour sa virtuosité, son enthousiasme proche de l’émerveillement et son extrême gentillesse. Cette notion d’amusement supérieur, signature de Dimitri, consonne avec le style mozartien, et la liberté du jazzman la remet à l’honneur quand il arrive que les interprétations classiques trop formatées l’étouffent.
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Retenue ou subversion
Les oeuvres reprises par Naïditch ont subi des traitements divers. Certaines lui ont visiblement imposé une certaine retenue. Une des plus belles pages musicales jamais écrites, l’Adagio du Concerto pour piano n°23 en La majeur reste proche de la structure initiale, quelques légères touches d’arrangement et d’improvisation s’y ajoutent à peine. Il en va de même pour la 40e Symphonie et Ah, vous dirai-je, maman. D’autres pièces sont révélées par un éclairage inaccoutumé, mêlant des styles modernes clairement identifiables. Le célèbre Andante du Concerto n°21 en Do majeur se transforme en rythm’n’blues, le mouvement lent de la Sonate N°16 en do majeur devient l’enlevée Bossonata servie par le timbre de velours de Cynthia Abraham. Ave verum corpus – petite chorale à pleurer ! – devient Mozart dans les étoiles et véhicule une charmante mélancolie. La réussite de Dimitri Naïditch est flagrante, ce grand improvisateur éclairant d’une nouvelle manière la part divine de la musique de Mozart qui fut lui-même, avant de devenir l’un des canons suprêmes de la Grande Musique, un grand improvisateur.






