TARENTELLE ÉLECTRIQUE
Cavalluccio de Lalala Napoli, La Curieuse – L’Autre Distribution, 14 €
Populaires en Calabre et à Naples au XVIIIe siècle, les tarentelles – danses traditionnelles et formes musicales associées – possédaient une dimension thérapeutique dans la région des Pouilles, au sud de l’Italie. Depuis dix ans, le groupe Lalala Napoli explore ses racines italiennes imaginaires à travers le Naples fantasmé de François Castiello, chanteur accordéoniste. En sondant les profondeurs de la transe, du galop de la tarentelle, des parades rituelles d’anciennes technos napolitaines, six voix masculines scandent des hymnes à la liberté, d’humeur sauvage et picaresque. Imaginez Rossini convié de cavalcades calabraises en sérénades amoureuses dans l’entrelacs de mémoires anciennes et de sonorités nouvelles. Parmi le chant, l’accordéon, le violon, la batterie, la guitare et la contrebasse, s’élève le timbre strident de la Ciaramella, un instrument étrange : vingt-deux centimètres de bois de figuier apparenté à un petit hautbois qui fait retentir sur l’ensemble une couleur ancestrale. Réussissant une parfaite alchimie entre musique du monde et rock progressif, Cavalluccio représente une « tradition musicale du futur ». Alexandra Do Nascimento

ITINÉRAIRE MYSTIQUE
An east african Journey de Omar Sosa, MDC – Pias, 18 €
An east african Journey est le pèlerinage musical le plus personnel du pianiste et compositeur cubain Omar Sosa. Dix ans, sept pays et des kilomètres par milliers, un album longuement mûri, fruit de la collaboration avec huit artistes découverts lors d’une tournée en Afrique de l’est. Ce projet itinérant ambitieux est né de sessions enregistrées à Madagascar avec Rajery « le prince de la valiha » ; au Kenya avec le chanteur multiinstrumentiste Olith Ratego ; en Éthiopie avec le poète Seleshe Damessae ; au Burundi avec la voix de Steven Sogo ; en Zambie et à l’île Maurice auprès du percussionniste Menwar ; puis les compagnons de route habituels l’ont rejoint en studio à Paris : le producteur Steve Argüelles (batterie/percussions) et Christophe Minck (contrebasse/synthés) dont on savoure l’ingénieuse postproduction. Les séquences parisiennes ont ainsi été judicieusement intégrées à ces carnets de voyage. À son groove mystique unique, Omar Sosa agrège quelques mystères des traditions africaines, entouré de merveilleux artistes sachant mettre à l’honneur leurs instruments sacrés. Un album qui fera date ! Alexandra Do Nascimento

LE BLUES DE LA COVID
Tinfoil hat de Popa Chubby, Dixiefrog – Pias, 15 €
À peine huit mois après la sortie de l’excellent It’s a Mighty Hard Road, voici Tinfoil Hat, le nouveau manifeste de Popa Chubby sur fond de Covid 19. On pourrait émettre d’emblée quelques suspicions sur la qualité de ce nouvel album compte tenu de cette sortie si rapprochée, mais non : point de redite entre les deux. On y trouve au contraire une vigueur exceptionnelle, une patine sonore rappelant la grâce des premiers jets, ce qui constitue un formidable retour aux sources du rythm’n blues, et c’est bon ! Entièrement enregistré et joué « Home Made » avec ce supplément d’âme et de tripes que font souvent naître les grandes causes, Tinfoil Hat est un rouleau compresseur efficace et immédiatement accessible ! Dans sa base de la Hudson Valley, Popa Chubby, à l’aube de la soixantaine et après plus de trente ans de carrière, aura su concocter ce répertoire chargé d’émotions simples après un grand saut dans l’inconnu. Peurs, frustrations, douleurs, humour, joie, chagrin, résolutions sont assumées et associées au ton revendicatif si cher au genre, qui interpelle sur la gestion de la crise et la condition d’une humanité retranchée. Une réussite. Alexandra Do Nascimento

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SENSUALITÉ FLAMANDE
Sand de Balthazar, Pias, 14,99 €
Courtrai n’est pas Manchester – et encore moins Los Angeles – mais cela n’empêche pas une poignée d’artistes locaux de sortir du lot. Les jeunes prodiges de Balthazar sont de ceux-là. Avec leur nouvel opus, ils font une nouvelle fois la démonstration que le plat pays n’est pas en reste en matière de pop rock. Poursuivant une évolution amorcée avec Fever (2019), les Flamands ont rangé au placard leur image de formation indie pop. Exeunt les tonitruances du rock alternatif : Sand est un disque groovy et racé, empreint d’influences jazzy et traversé par des orchestrations à la dimension quasi-cinématographique. Comme le laissait présager son titre évoquant la fuite du temps, ce nouvel album contient sa dose de mélancolie. Coronavirus oblige, le groupe a été contraint de recourir à des samples de batterie et à des synthétiseurs de basse, ce qui n’enlève rien à la qualité de la musique. Bien au contraire, de véritables tubes potentiels émergent de Sand, comme en témoignent des morceaux envoûtants comme « Losers », « On a roll » ou « You won’t come around ». À la fois sensuel et apaisant ! Mathieu Bollon

LA B.O. DE VOTRE CARÊME
La conversione di Maddalena de Giovanni Bononcini / La Venexiana, Glossa Music, 18 €
L’oratorio était un genre musical typique de l’Italie du XVIIe siècle, conçu pour les périodes de carême où l’on s’interdisait le faste profane des opéras. Puisqu’il fallait tout de même faire venir les foules au spectacle, l’oratorio leur proposait une sorte d’opéra dégraissé, à thématique exclusivement biblique, dénué de mise en scène comme de costumes et portant plutôt à la méditation. Cette Conversion de Marie-Madeleine est sûrement l’une des merveilles du genre, qu’on doit à un grand compositeur oublié : Giovanni Bononcini. Violoncelliste surdoué, il fut pourtant demandé par toutes les cours d’Europe et fut même un des compositeurs les mieux payés de son époque. Dans cet oratorio composé pour la chapelle de la Hofburg, Bononcini déploie tout son art de la mélodie vocale, jusqu’à atteindre des sommets de perfection. Le choix de Marie-Madeleine comme personnage principal est loin d’être innocent puisqu’elle incarnait à cette époque l’essence du libre-arbitre mis en valeur par l’Église catholique, et à ce titre constituait un symbole de la Contre-Réforme. Ici elle est taraudée par deux voix intérieures opposées, l’Amour profane, représentant l’Orient païen et les plaisirs charnels, et l’Amour Divin qu’elle recherche en épousant les pas du Christ. Tout l’oratorio illustre ce combat intime. Signalons l’interprétation toujours magnifique de la Venexiana, ensemble baroque vénitien qui fait la part belle aux rondeurs des voix et rend à chaque instrument sa tessiture d’époque. Une perle. Marc Obregon






