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Patrick Hetzel (LR) : « Nous avons joué un rôle de lanceur d’alerte sur la question de l’euthanasie »

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Publié le

9 avril 2021

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Ce jeudi 8 avril, l’Assemblée nationale examinait une proposition de loi portée par Olivier Falorni visant à légaliser l’euthanasie. Cinq députés LR ont décidé d’obstruer l’examen du texte en déposant près de 2300 amendements, de sorte que le manque de temps a empêché le texte d’être voté. Assumant la manœuvre, le député LR du Bas-Rhin Patrick Hetzel se considère lanceur d’alerte. Entretien.
Hetzel

Avec Xavier Breton, Marc Le Fur, Julien Ravier et Frédéric Reiss, vous avez déposé près de 2300 amendements sur un total de 3000. Revendiquez-vous la stratégie d’obstruction ?

Je revendique le fait d’avoir dû lancer une alerte. Nous avons utilisé le seul moyen qui est possible en pareille situation. Je vous explique le contexte : monsieur Falorni avait déposé sa proposition de loi, et nous avons constaté avec effroi que la commission avait adopté ce texte. À partir de là, puisque le texte allait arriver en débat dans l’hémicycle, nous nous sommes rendus compte qu’il fallait réagir de manière forte pour envoyer un signal clair. Il y avait à la fois un problème de forme – le sujet n’a pas suffisamment été débattu – et un problème de fond, parce que nous sommes hostiles à ce texte. En clair, monsieur Falorni voulait faire passer ce texte en force et sans discussion sérieuse. À partir de là, il a paru logique de déposer un grand nombre d’amendements pour pouvoir intervenir dans le débat et ne pas se laisser emporter par un coup de force politique sur un sujet majeur de civilisation. Le terme affabulateur qui est communément repris par les médias est celui d’obstruction. Moi je considère – et je reprends par là le langage de certains de nos adversaires – que nous avons été lanceurs d’alerte sur la question de l’euthanasie.

Quelle a été l’ambiance et la teneur des débats à l’Assemblée ?

L’ambiance était à la très grande théâtralisation. Monsieur Falorni a défendu une vision manichéenne des choses : il avait trouvé l’opposant à désigner, et on sait bien que désigner un bouc-émissaire facile permet de cristalliser un groupe. Il nous a montrés du doigt en considérant que c’était de notre faute si le texte n’était pas adopté. En réalité, monsieur Falorni voulait faire un coup politique.

Lire aussi : « Soulager mais pas tuer » se mobilise contre l’euthanasie

Certes, il a le mot de dignité à la bouche dans chacune de ses phrases, mais la manière dont il a opéré hier sur un sujet aussi sensible que l’euthanasie a de quoi interroger. Est-ce que nous étions dans un débat digne et serein ? La réponse est non.

Le parti Les Républicains faisait-il front uni sur cette question ?

Clairement non. Le parti n’a pas fait front uni sur le sujet dans la mesure où chacun est libre – et c’est une ligne que l’on retrouve sur les questions sociétales. Il n’y avait pas véritablement de position de groupe.

Le regrettez-vous ?

Oui, à titre personnel je le regrette évidemment. J’appartiens au mouvement politique qui est celui de Jean Leonetti, lui qui a œuvré sur plusieurs décennies pour établir quelque chose d’extrêmement fort. Ce qu’a montré la journée d’hier, et je le déplore, c’est qu’y compris au sein de LR, cette contribution majeure de notre famille n’a pas été défendue. Je le regrette. D’aucuns ont voulu tirer un trait sur ce travail patient, réalisé avec beaucoup de précision et incarné au cours d’une vingtaine d’années par Jean Leonetti. C’est peut-être lié à des questions de culture politique.

Le vote d’un amendement de Guillaume Chiche sur l’article premier à 240 voix pour contre 48 laisse entendre que le texte aurait été voté si le vote final avait eu lieu. Vous y attendiez-vous et cela vous inquiète-t-il pour la suite ?

Quand vous regardez ce qui s’est passé en commission, les débats et votes d’hier étaient peu étonnants car correspondaient aux mêmes rapports de force politiques. Cependant, de manière plus générale, je reste étonné parce que je fais partie de ceux qui ne pensaient pas que ce texte allait passer la commission. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle nous n’avions plus d’autres choix que de déposer des amendements. Face à un risque de tsunami, il fallait élever une digue.

Fort heureusement, nous sommes encore un certain nombre à avoir le réflexe de rappeler cet interdit de tuer, et à jouer notre rôle de vigie. Cette espèce d’euphorie qui s’est exprimée hier dans une partie de la représentation nationale doit être une alerte

Quant à savoir si cela m’inquiète pour la suite, je dirai plutôt que cela m’alerte. Je ne suis pas d’un naturel inquiet parce que la peur n’écarte pas le danger. Je suis combatif, et il va falloir faire un vrai travail pour montrer que cette orientation est un changement civilisationnel majeur. Fort heureusement, nous sommes encore un certain nombre – et pas uniquement au sein de LR – à avoir le réflexe de rappeler cet interdit de tuer, et à jouer notre rôle de vigie. Cette espèce d’euphorie qui s’est exprimée hier dans une partie de la représentation nationale doit être une alerte.

À chacune des grandes lois sociétales, le camp conservateur donne l’impression de chercher à gagner du temps et à repousser les échéances, dont on sait pourtant qu’elles reviendront et peut-être adviendront. En tant que parlementaire, n’est-ce pas dépitant ? Est-il possible d’enrayer la dynamique progressiste ?

Il faut dire les choses. Certains ont le raisonnement qui suit : « Vous êtes contre mais tôt ou tard ça finira par passer ». Hier, un certain nombre de collègues nous avaient dit : « On ne déposera pas autant d’amendements que vous souhaitez le faire, on ne va pas rentrer dans cette logique-là, de toute manière le texte sera écarté par les sénateurs ». Ce n’est pas comme cela que j’envisage mon mandat. À un moment donné, quand on s’engage, il faut le faire pleinement. De ce point de vue-là, aussi longtemps qu’un texte n’est pas adopté, beaucoup de choses peuvent se passer. Je n’imagine pas une histoire à sens unique. Le débat démocratique, c’est aussi de pouvoir dire des choses et d’avoir le choix.

C’est pour cette raison que j’étais personnellement très mécontent de ce coup de monsieur Falorni : ce n’est pas sérieux de fonctionner comme ça. Quels que soient les rapports de force en présence, il faut que les points de vue aient le temps de s’exprimer. Tout au long des débats, monsieur Falorni a rejeté tout ce que l’on disait sans avancer aucun argument sur le fond. Le summum de l’hypocrisie, c’est que monsieur Falorni nous accuse de refuser le débat, alors que quand nous débattons, avançons des arguments et posons des questions. Il ne répond à rien et balaye d’un revers de main. C’est typiquement le réflexe de quelqu’un qui n’est pas dans le débat.

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